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Lycée · Terminale · Philosophie

Le langage

Parole, pensée et vérité — la notion « le langage » au programme de Terminale

À propos de cette page
Trente sujets de dissertation sur « Le langage », dont ceux réellement tombés au bac, avec pour chacun l'analyse des termes, la problématique, un plan en trois parties et les auteurs à mobiliser. Au programme : Langage, langue, parole : trois mots qu'on confond, Le langage est-il le propre de l'homme ?, D'où viennent les langues : nature ou convention ?, Le langage exprime-t-il la pensée ou la forme-t-il ?. Les transitions et l'ouverture sont rédigées ; les arguments renvoient à la banque d'auteurs du chapitre. Idéal pour s'entraîner à trouver un problème et à construire un plan en temps limité. Sujets corrigés proposés gratuitement par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de terminale.

30 sujets, dont 11 réellement tombés au bac, placés en tête. Pour chacun : l'analyse des termes, le problème, un plan en trois parties et les auteurs à mobiliser — cliquables vers leur paragraphe rédigé.

  1. Sommes-nous prisonniers du langage ?Bac 2026 · Asie

    Analyse — « Prisonnier » désigne une clôture subie : le langage serait à la fois ce qui nous permet de penser et ce qui limite d’avance ce qui est pensable. Le sujet oppose la langue reçue, système de catégories que nul n’a choisi, à la parole, qui peut déplacer ses propres frontières.

    Problème — Le langage est-il la condition de la pensée ou la clôture qui lui interdit de se porter au-delà de ce que la langue a déjà prévu ?

    1. I. Le langage est un milieu dont nous ne sortons pas
    2. II. Mais cette contrainte est précisément ce qui nous délivre de l’immédiat
      • L’arbitraire du signe permet de parler de l’absent et du général, donc d’échapper à la situation présente. Saussure, Cours de linguistique générale
      • Le sujet ne préexiste pas à la langue : il se constitue en disant « je », la contrainte est une naissance. Benveniste, Problèmes de linguistique générale
      • La grammaire est une capacité créatrice, non un catalogue : tout locuteur forme des phrases jamais entendues. Chomsky, Le Langage et la pensée
    3. III. La liberté n’est pas hors du langage, elle est un certain usage du langage

    De I à II : si la langue nous précède, elle ne fait pas que nous retenir. Ce qui ressemble à des murs est aussi ce qui ouvre un espace : le signe arbitraire nous arrache au présent sensible et fait de nous des sujets.

    De II à III : reste que cette libération n’est jamais acquise, car la langue peut être occupée et durcie. Il faut donc distinguer, à l’intérieur du langage, l’usage qui enferme et l’usage qui invente.

    Ouverture — Si nous ne sommes prisonniers que de nos usages, une langue peut-elle être réformée volontairement sans devenir à son tour un instrument de contrainte ?

  2. Avons-nous la maîtrise de nos paroles ?Bac 2026 · Métropole

    Analyse — Maîtriser, c’est décider de ce que l’on dit, du sens que l’on émet et de l’effet produit. Le sujet met en tension l’expérience ordinaire d’un sujet qui choisit ses mots et le constat que la parole échappe : au moment où elle est dite, puis au moment où elle est reçue.

    Problème — Parler est-il un acte dont nous sommes les auteurs, ou l’exercice d’une puissance qui nous traverse et nous déborde ?

    1. I. Parler semble être l’acte volontaire par excellence
    2. II. Mais la parole échappe à celui qui la prononce
    3. III. La maîtrise est une conquête, jamais une propriété
      • La parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l’écoute : son sens se fait à deux. Montaigne, Essais, III, 13
      • La valeur d’une parole dépend de l’autorité sociale reconnue à celui qui la porte. Bourdieu, Ce que parler veut dire
      • Reprendre la main, c’est travailler sa parole comme une expression à inventer, non comme un stock à répéter. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

    De I à II : cette maîtrise ne vaut que si le locuteur est bien la source unique de ce qu’il dit. Or l’acte de parole se trouve pris dans des déterminations — inconscientes, sociales, linguistiques — qu’il n’a pas posées.

    De II à III : conclure à l’impuissance serait pourtant excessif, car nous corrigeons, reformulons, apprenons à mieux dire. La maîtrise n’est donc pas un point de départ mais un exercice, et cet exercice suppose autrui.

    Ouverture — Si l’on ne maîtrise jamais entièrement ses paroles, jusqu’où peut-on être tenu responsable de ce que l’on a dit ?

  3. Débattre, est-ce chercher la vérité ?Bac 2026 · Stmg métropole

    Analyse — Débattre, c’est confronter des thèses devant un tiers, avec une part de rivalité ; chercher la vérité, c’est viser un accord fondé sur des raisons et non sur la victoire. Le sujet demande si la forme conflictuelle du débat sert la recherche du vrai ou la détourne.

    Problème — La confrontation des discours est-elle le chemin qui mène au vrai, ou seulement la mise en scène d’un rapport de forces entre opinions ?

    1. I. Débattre, c’est soumettre son opinion à l’épreuve d’autrui
    2. II. Mais le débat obéit souvent à d’autres fins que le vrai
      • La rhétorique peut viser la persuasion sans se soucier du savoir : elle flatte au lieu d’instruire. Platon, Gorgias
      • Le poids d’une parole dépend du capital symbolique de celui qui la prononce, non de sa justesse. Bourdieu, Ce que parler veut dire
      • Le langage s’est formé pour le besoin de communiquer, donc pour la moyenne du troupeau, non pour le vrai. Nietzsche, Le Gai Savoir, § 354
    3. III. Le débat ne produit le vrai que sous conditions
      • Convaincre s’adresse à la raison de tous, persuader aux affects de quelques-uns : le débat vaut ce que vaut ce partage. Repère persuader / convaincre
      • La vérité n’est jamais propriété d’un camp, elle est un attribut des énoncés soumis à examen. Hobbes, Léviathan, I, 4
      • Une discussion honnête suppose des règles admises par tous : sincérité, réciprocité, égalité de parole. Habermas, Théorie de l’agir communicationnel

    De I à II : cette vertu du débat suppose que les interlocuteurs cherchent vraiment à savoir. Or on débat aussi pour gagner, et l’art de convaincre devient alors l’art de faire taire.

    De II à III : il ne suffit donc pas de débattre pour chercher le vrai, mais rien ne prouve que le débat s’y oppose par nature. Tout dépend des règles que la discussion se donne.

    Ouverture — Un débat dont les règles seraient parfaitement respectées produirait-il un accord vrai, ou seulement un accord raisonnable ?

  4. Une bonne discussion nous conduit-elle nécessairement à la vérité ?Bac 2026 · Stmg polynésie française

    Analyse — « Bonne » peut signifier agréable, bien menée ou moralement correcte : l’ambiguïté est le cœur du sujet. « Nécessairement » impose de demander non si une discussion peut atteindre le vrai, mais si elle y conduit toujours.

    Problème — La qualité d’une discussion garantit-elle la vérité de ce sur quoi elle débouche, ou seulement la qualité de l’accord obtenu ?

    1. I. Une discussion bien conduite a tout pour approcher le vrai
      • L’examen mutuel élimine les opinions qui ne résistent pas à la contradiction. Platon, Gorgias
      • La vérité et la fausseté sont des attributs du discours : c’est donc bien dans l’échange de propositions qu’elles se décident. Hobbes, Léviathan, I, 4
      • Une définition rigoureuse des termes évite les malentendus qui font l’essentiel des faux désaccords. Locke, Essai sur l’entendement humain
    2. II. Mais un accord réussi n’est pas une vérité
    3. III. La discussion ne donne pas le vrai, elle en est l’épreuve

    De I à II : encore faut-il que le succès de la discussion soit le signe de sa vérité. Or une discussion peut être bonne au sens où elle satisfait ses participants, et fausse au sens où elle conclut mal.

    De II à III : plutôt que d’opposer la discussion et la vérité, il faut donc préciser ce que la première peut faire pour la seconde : non la produire, mais la mettre à l’épreuve.

    Ouverture — Si la discussion ne garantit pas le vrai, faut-il lui préférer la démonstration, ou admettre que certaines vérités n’ont d’autre lieu que le dialogue ?

  5. Peut-on parler sans savoir ?Bac 2024 · Amérique du nord

    Analyse — « Peut-on » demande à la fois la possibilité de fait et le droit : rien n’empêche de parler de ce que l’on ignore, mais est-ce légitime ? Le sujet joue sur deux savoirs : savoir de quoi l’on parle, et savoir ce que l’on dit.

    Problème — La parole suppose-t-elle un savoir préalable dont elle serait l’expression, ou peut-elle fonctionner à vide, voire être elle-même un moyen de savoir ?

    1. I. On parle constamment sans savoir
    2. II. Mais parler engage toujours un minimum de savoir
    3. III. Parler est souvent la manière même d’apprendre à savoir

    De I à II : ces paroles vides restent pourtant des paroles, et non du bruit. Il faut donc qu’un savoir minimal — celui des règles de la langue — soit toujours à l’œuvre chez qui parle.

    De II à III : on peut aller plus loin : si parler suppose de savoir user des mots, parler est aussi le moyen de former le savoir lui-même. L’ignorance n’est plus alors ce qui interdit la parole, mais ce qui la motive.

    Ouverture — Si l’on apprend en parlant, faut-il enseigner à se taire quand on ignore, ou à parler pour découvrir ce que l’on ignore ?

  6. En quel sens peut-on dire que les êtres humains naissent libres ?Bac 2024 · Stmg antilles guyane

    Analyse — « En quel sens » interdit la réponse par oui ou par non : il faut distinguer des acceptions de « naître libre », liberté de droit, liberté de fait, capacité à devenir libre. Sur la notion de langage, ce sujet se traite en montrant que l’humain naît libre parce qu’il naît parlant, c’est-à-dire capable de se rapporter à autre chose qu’à son besoin immédiat.

    Problème — La liberté est-elle un fait constaté à la naissance, un droit reconnu, ou une capacité que seule l’entrée dans le langage rend effective ?

    1. I. Naître libre au sens du droit : une égalité affirmée, non constatée
      • Dire que les hommes naissent libres, c’est énoncer un droit qui fonde une exigence politique. Repère en fait / en droit
      • Une déclaration est un acte de langage : elle institue ce qu’elle énonce au lieu de le décrire. Austin, Quand dire, c’est faire
      • Seul l’être doué de parole peut délibérer du juste et de l’injuste, donc être tenu pour un sujet de droit. Aristote, Politique, I, 2
    2. II. En fait, le nouveau-né n’est pas libre : il est dépendant et déterminé
      • Il hérite d’une langue, de catégories et d’un monde qu’il n’a pas choisis. Saussure, Cours de linguistique générale
      • Sa place sociale pèse sur sa parole avant même qu’il parle. Bourdieu, Ce que parler veut dire
      • Une part de son discours lui échappera toujours, parce qu’elle obéit à d’autres lois que sa volonté. Lacan, Écrits
    3. III. On naît libre au sens où l’on naît capable de le devenir, et c’est le langage qui l’atteste

    De I à II : ce droit proclamé ne décrit pourtant aucun état observable. L’enfant qui naît est le plus dépendant des vivants, et sa langue même lui vient d’ailleurs.

    De II à III : il faut donc renoncer à chercher une liberté déjà donnée pour chercher une liberté possible. Ce que la naissance apporte n’est pas la liberté, mais la capacité de parole par laquelle elle se conquiert.

    Ouverture — Si la liberté commence avec la parole, que dire de ceux que l’on prive de parole : sont-ils moins libres, ou seulement empêchés de l’être ?

  7. Le langage peut-il être fidèle à la réalité ?Bac 2023 · Asie

    Analyse — La fidélité suppose un modèle et une copie : le langage serait fidèle s’il reproduisait la réalité sans y ajouter ni en retrancher. Or le signe est arbitraire et le mot est général, tandis que les choses sont singulières.

    Problème — Le langage doit-il être jugé à sa ressemblance avec le réel, ou remplit-il sa fonction autrement qu’en le copiant ?

    1. I. Le langage semble fait pour dire ce qui est
      • Le nom est l’instrument qui distingue les choses selon leur être, et un nom peut être juste ou non. Platon, Cratyle
      • Une proposition est vraie quand les noms qui la composent sont assemblés conformément à ce qui est. Hobbes, Léviathan, I, 4
      • Un langage rigoureux, réglé comme un calcul, permettrait de trancher les désaccords au lieu de les nourrir. Leibniz, De l’art combinatoire
    2. II. Mais le signe ne ressemble pas à la chose
    3. III. La fidélité du langage n’est pas une ressemblance, mais une justesse d’usage
      • Le sens d’un mot est son usage : un énoncé est fidèle quand il fait ce qu’il doit faire dans la situation. Wittgenstein, Recherches philosophiques
      • Distinguer la vérité, qui qualifie un discours, et la réalité, qui est ce qui est, dissout le faux problème de la copie. Repère absolu / relatif
      • La parole expressive rejoint la réalité en la faisant apparaître autrement, non en la doublant. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception

    De I à II : cette confiance repose sur l’idée que les mots ressemblent à ce qu’ils désignent. Or la linguistique établit l’inverse : le signe est arbitraire, et rien dans le mot « arbre » ne fait un arbre.

    De II à III : faut-il pour autant conclure que le langage nous coupe du réel ? Ce serait maintenir le modèle de la copie tout en le déclarant impossible, alors qu’il faut plutôt en changer.

    Ouverture — Si la fidélité tient à l’usage, que faut-il exiger d’un témoignage : qu’il décrive exactement, ou qu’il fasse comprendre ce qui a eu lieu ?

  8. Le langage déforme-t-il la pensée ?Bac 2023 · Centres étrangers groupe 1

    Analyse — Déformer suppose une forme antérieure : le sujet présuppose une pensée déjà constituée que les mots viendraient abîmer. Toute la difficulté est de savoir si une telle pensée sans langage existe.

    Problème — Les mots trahissent-ils une pensée qui leur préexiste, ou n’y a-t-il de pensée déterminée que dans les mots ?

    1. I. Il semble que les mots trahissent ce que nous pensons
    2. II. Mais il n’y a pas de pensée informe avant les mots
    3. III. Ce n’est pas le langage qui déforme, mais un certain usage de la langue
      • Une langue occupée par un pouvoir impose des schémas qui abîment le jugement de ceux qui la parlent. Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich
      • La parole parlante retrouve l’écart entre ce qui est dit et ce qui se cherche : elle corrige la langue par elle-même. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
      • Chaque langue est une activité, jamais un moule figé : elle se reforme dans l’acte de parler. Humboldt, Introduction à l’œuvre sur le kavi

    De I à II : ces griefs supposent une pensée déjà formée avant sa mise en mots. Or, quand nous cherchons ce que nous pensons, nous ne trouvons rien de déterminé tant que la formule n’est pas venue.

    De II à III : si la pensée naît dans les mots, l’accusation doit être déplacée : ce n’est pas le langage en tant que tel qui déforme, mais certaines manières de s’en servir.

    Ouverture — Si une langue peut abîmer la pensée de ceux qui la parlent, à quelles conditions peut-on la soigner sans la censurer ?

  9. Le langage ne sert-il qu’à communiquer ?Bac 2022 · Antilles guyane

    Analyse — « Ne… que » réduit le langage à une fonction unique, la transmission d’informations d’un émetteur à un récepteur. Le sujet invite à chercher ce que le langage fait d’autre : penser, instituer un sujet, agir, créer.

    Problème — Le langage se ramène-t-il à un instrument de communication, ou faut-il, pour rendre compte de la communication elle-même, lui reconnaître d’autres pouvoirs ?

    1. I. Le langage paraît n’être qu’un instrument de transmission
    2. II. Mais le langage institue la pensée, le sujet et l’action
    3. III. Parce qu’il excède la communication, le langage peut aussi la manquer

    De I à II : cette définition vaudrait aussi bien pour un code animal ou pour un feu de signalisation. Elle manque donc ce qui fait la singularité du langage humain, qui n’a pas seulement un contenu mais un sujet et un destinataire.

    De II à III : si le langage fait plus que transmettre, il peut aussi transmettre mal, ou servir à tout autre chose. La communication apparaît alors comme une tâche difficile, non comme l’essence du langage.

    Ouverture — Si communiquer est une tâche et non une fonction, une machine qui converse parfaitement parle-t-elle, ou ne fait-elle que transmettre ?

  10. Le langage peut-il exprimer ce que nous vivons ?Bac 2022 · Antilles guyane (remplacement)

    Analyse — Exprimer, c’est faire passer au-dehors une intériorité : le sujet oppose la généralité des mots à la singularité du vécu. « Ce que nous vivons » désigne l’émotion, la douleur, l’amour, que nous disons souvent indicibles.

    Problème — Les mots peuvent-ils dire le singulier vécu, ou le manquent-ils nécessairement en le rendant général ?

    1. I. Le vécu semble résister aux mots
    2. II. Mais sans les mots, il n’y aurait pas d’expérience à exprimer
    3. III. Exprimer, c’est créer la parole qui manquait
      • La parole parlante invente une expression neuve là où la langue disponible ne suffit pas. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
      • La poésie ne communique pas un sens déjà là : elle fait entendre ce qu’aucune prose ne dirait. Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?
      • Une langue est une activité, non un stock : elle s’élargit de l’effort de chacun pour se dire. Humboldt, Introduction à l’œuvre sur le kavi

    De I à II : cette impuissance des mots suppose pourtant que le vécu soit déjà clair pour celui qui l’éprouve. Or nous ne savons souvent ce que nous ressentons qu’une fois trouvée la phrase qui le nomme.

    De II à III : il ne s’agit donc plus de choisir entre un vécu pur et des mots inadéquats, mais de reconnaître dans l’expression un travail : celui d’une parole qui se fabrique.

    Ouverture — Si l’expression est une invention, l’œuvre d’art est-elle un autre langage, ou le langage porté à sa limite ?

  11. Discuter, est-ce renoncer à la violence ?Bac 2021 · Métropole, la réunion, mayotte (jour 1)

    Analyse — Discuter, c’est régler un différend par des paroles ; renoncer à la violence, c’est abandonner la contrainte physique comme moyen. Le sujet demande si le passage aux mots supprime la violence ou la déplace.

    Problème — La parole est-elle le contraire de la violence, ou peut-elle en devenir la forme la plus efficace ?

    1. I. Discuter, c’est substituer l’argument à la force
    2. II. Mais les mots peuvent être des armes
    3. III. La discussion n’exclut la violence que si elle se donne des règles
      • Convaincre s’adresse à la raison de tous, persuader force l’assentiment : seule la première renonce vraiment. Repère persuader / convaincre
      • La parole n’est pas la propriété de celui qui la tient : discuter suppose de laisser à l’autre sa part. Montaigne, Essais, III, 13
      • Les inégalités de statut peuvent transformer une discussion en rapport de forces : l’égalité de parole doit être garantie. Bourdieu, Ce que parler veut dire

    De I à II : cette substitution n’est pourtant complète que si les paroles ne frappent pas. Or l’humiliation, la calomnie et la propagande montrent que l’on peut faire par la parole ce que l’on faisait par les coups.

    De II à III : il faut donc distinguer les discussions qui abandonnent la violence de celles qui la raffinent. La différence ne tient pas à l’usage des mots, mais aux règles qui l’encadrent.

    Ouverture — Si la discussion suppose des règles communes, que faire de celui qui parle sans jamais accepter d’avoir tort ?

  12. Les mots nous éloignent-ils des choses ?

    Analyse — Le mot est général et arbitraire, la chose singulière et présente : d’où le soupçon d’un écran interposé entre nous et le réel. Mais « éloigner » peut aussi signifier libérer de la présence immédiate.

    Problème — Le langage est-il l’écran qui nous sépare des choses, ou la distance grâce à laquelle nous pouvons les connaître ?

    1. I. Le mot s’interpose entre la chose et nous
    2. II. Mais cet éloignement est la condition de la connaissance
      • Nommer, c’est distinguer : le nom sépare les choses au lieu de les confondre. Platon, Cratyle
      • Le signe permet de parler de l’absent, donc de former des raisonnements et des sciences. Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
      • Un langage réglé rend le raisonnement contrôlable, comme un calcul. Leibniz, De l’art combinatoire
    3. III. Le rapport aux choses passe par un usage juste des mots

    De I à II : ce reproche oublie que sans les mots, nous serions collés au présent. Le recul introduit par le signe est ce qui permet de comparer, de généraliser et de démontrer.

    De II à III : la question n’est donc pas la distance, mais sa qualité. Certains usages du langage rapprochent du réel, d’autres l’escamotent, et il faut savoir les distinguer.

    Ouverture — Si le mot juste rapproche des choses, la recherche scientifique d’un vocabulaire exact suffit-elle à nous donner le réel ?

  13. Peut-on penser sans langage ?

    Analyse — Penser peut signifier se représenter, calculer, juger ; le langage, un système de signes articulés. Le sujet se joue sur l’existence ou non d’une pensée déterminée antérieure aux mots.

    Problème — Le langage est-il le vêtement d’une pensée qui existerait sans lui, ou la condition même de la pensée déterminée ?

    1. I. Des formes de pensée semblent se passer de mots
    2. II. Mais une pensée sans mots reste indéterminée
    3. III. Penser, c’est travailler dans le langage et contre lui

    De I à II : ces expériences prouvent qu’il y a une vie mentale sans mots, non qu’il y a une pensée articulée sans langage. Or penser, au sens fort, c’est juger, distinguer, enchaîner.

    De II à III : reconnaître que nous pensons dans les mots n’oblige pas à faire de la pensée l’esclave de la langue. Encore faut-il décrire ce travail par lequel la pensée déborde ce dont elle hérite.

    Ouverture — Si penser suppose une langue, comment expliquer que nous changions de langue sans cesser d’être nous-mêmes ?

  14. Parler, est-ce le contraire d’agir ?

    Analyse — Le sens commun oppose les paroles, qui ne coûtent rien, et les actes, qui changent le monde. Le sujet interroge cette opposition en montrant que certaines paroles sont elles-mêmes des actes.

    Problème — La parole est-elle un substitut de l’action, ou une de ses formes, voire sa condition ?

    1. I. Parler paraît être le contraire d’agir
    2. II. Mais certaines paroles sont des actes
    3. III. Parler et agir se conditionnent mutuellement
      • L’efficacité d’une parole tient aux conditions sociales qui autorisent celui qui la prononce. Bourdieu, Ce que parler veut dire
      • Une parole n’agit que si elle est reçue : son effet se joue chez celui qui écoute. Montaigne, Essais, III, 13
      • L’action commune suppose une discussion préalable où chacun peut justifier ce qu’il propose. Habermas, Théorie de l’agir communicationnel

    De I à II : cette opposition vaut pour les paroles qui décrivent, non pour celles qui engagent. Un « je promets » ne rapporte rien : il crée une obligation qui n’existait pas.

    De II à III : si dire c’est parfois faire, tout dépend des conditions dans lesquelles la parole est prononcée et reçue. L’acte de parole n’a pas d’effet magique.

    Ouverture — Si la parole agit, faut-il juger les discours comme on juge les actes, y compris devant un tribunal ?

  15. La langue que nous parlons détermine-t-elle notre vision du monde ?

    Analyse — La thèse relativiste soutient que chaque langue découpe le réel à sa façon et impose ce découpage à ses locuteurs. Le sujet oppose ce conditionnement à l’universalité de la raison et à la possibilité de la traduction.

    Problème — Notre langue nous impose-t-elle une manière de voir dont nous ne pourrions pas sortir, ou n’est-elle qu’un moyen parmi d’autres d’exprimer une pensée commune ?

    1. I. Chaque langue impose un découpage du monde
    2. II. Mais les langues ne sont pas des mondes clos
      • Toute langue humaine dispose des mêmes ressources fondamentales, ce qui suppose une structure commune. Chomsky, Le Langage et la pensée
      • On peut définir et redéfinir les termes : la langue n’interdit pas de penser ce qu’elle ne nomme pas encore. Locke, Essai sur l’entendement humain
      • Un langage formel commun peut être construit pour raisonner indépendamment des langues naturelles. Leibniz, De l’art combinatoire
    3. III. La langue conditionne sans déterminer, et la traduction le prouve
      • Traduire est difficile mais possible : l’écart entre les langues se travaille, il ne se subit pas. Ricœur, Sur la traduction
      • Le sujet parlant peut déplacer sa langue en inventant l’expression qui lui manque. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
      • Le repère universel / particulier permet de distinguer ce qui est propre à une langue et ce qui vaut pour tout locuteur. Repère universel / particulier

    De I à II : si chaque langue enfermait ses locuteurs, aucune traduction, aucun apprentissage ne serait possible. Or nous apprenons d’autres langues et y reconnaissons nos propres pensées.

    De II à III : plutôt que de choisir entre déterminisme et indifférence de la langue, il faut décrire une influence réelle mais surmontable, dont la traduction offre l’épreuve.

    Ouverture — Si la traduction est toujours possible mais jamais parfaite, que perd-on exactement en passant d’une langue à une autre ?

  16. Peut-on tout dire ?

    Analyse — « Pouvoir » recouvre ici trois sens : la capacité du langage à tout exprimer, le droit de tout énoncer, et la convenance de le faire. Le sujet croise ainsi une question linguistique et une question morale et politique.

    Problème — Le langage a-t-il des limites internes qui l’empêchent de tout dire, ou ses seules limites viennent-elles des règles que nous nous donnons ?

    1. I. Le langage ne peut pas tout dire
    2. II. Mais ces limites sont moins linguistiques que sociales
      • La langue n’empêche pas de dire, elle oblige à dire d’une certaine manière : la contrainte est en elle. Barthes, Leçon
      • Un pouvoir peut appauvrir le vocabulaire pour rendre certaines pensées difficiles à formuler. Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich
      • Le droit à la parole est inégalement distribué : tout le monde ne peut pas tout dire, socialement. Bourdieu, Ce que parler veut dire
    3. III. Tout dire n’est pas un idéal, c’est une question de responsabilité
      • Dire, c’est faire : une parole peut blesser, humilier, engager, donc doit être jugée comme un acte. Austin, Quand dire, c’est faire
      • Le repère légal / légitime permet de distinguer ce qui est permis et ce qui est juste de dire. Repère légal / légitime
      • La parole n’appartient qu’à moitié à celui qui parle : dire suppose de tenir compte de celui qui reçoit. Montaigne, Essais, III, 13

    De I à II : ces limites tiennent à l’écart entre le mot et le vécu, non à une interdiction. Or ce qui nous empêche le plus souvent de tout dire vient d’ailleurs : des institutions et des rapports de force.

    De II à III : reste à savoir si la levée de toutes les interdictions serait un progrès. Puisque la parole agit, la question devient morale : que devons-nous dire, et devant qui ?

    Ouverture — Si la parole est un acte, une société libre est-elle celle où l’on peut tout dire, ou celle où l’on sait pourquoi l’on se tait ?

  17. Le silence est-il un langage ?

    Analyse — Le silence est d’abord l’absence de parole ; pourtant il signifie souvent quelque chose, et parfois plus que les mots. Le sujet demande si le fait de signifier suffit à faire un langage.

    Problème — Le silence signifie-t-il par lui-même, ou seulement sur le fond d’un langage qui lui donne sa valeur ?

    1. I. Le silence signifie
    2. II. Mais un langage suppose un système, ce que le silence n’a pas
    3. III. Le silence est un moment du langage, non un autre langage
      • Il ne signifie que pour qui attendait une parole : il se détache sur un fond de discours. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
      • Le silence imposé est un rapport de force, non une signification libre. Bourdieu, Ce que parler veut dire
      • Le silence du poème fait partie de son dire : l’écart entre les mots est signifiant. Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?

    De I à II : signifier ne suffit cependant pas à faire un langage, sinon la fumée et les nuages en seraient un. Encore faut-il un système d’unités articulées et la possibilité d’une réponse.

    De II à III : plutôt que d’en faire un langage à part, il faut voir dans le silence un effet du langage lui-même, qui n’existe que par contraste avec la parole attendue.

    Ouverture — Si le silence tire son sens de la parole, le silence de celui à qui l’on a interdit de parler signifie-t-il encore quelque chose ?

  18. Les animaux ont-ils un langage ?

    Analyse — Les animaux communiquent, transmettent des informations et coordonnent leurs actions ; la question est de savoir si cela suffit à parler de langage. Le sujet impose de distinguer code, signal et langage articulé.

    Problème — La communication animale diffère-t-elle du langage humain par degré, ou par nature ?

    1. I. Les animaux communiquent réellement
      • Les signaux animaux transmettent des informations précises et efficaces sur le milieu. Benveniste, Problèmes de linguistique générale
      • Toute communication repose sur des signes : à ce titre, les cris animaux sont bien des signes. Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
      • Si le langage n’était qu’un outil de communication, rien ne distinguerait l’abeille de l’homme. Nietzsche, Le Gai Savoir, § 354
    2. II. Mais leur code n’est pas un langage
      • La danse de l’abeille est un message sans dialogue : nulle abeille ne répond ni ne transmet un message reçu. Benveniste, Problèmes de linguistique générale
      • Aucun animal n’arrange des paroles pour répondre au sens de ce qu’on lui dit dans une situation nouvelle. Descartes, Discours de la méthode, V
      • La créativité syntaxique humaine, qui produit des phrases inédites, n’a pas d’équivalent animal. Chomsky, Le Langage et la pensée
    3. III. Ce que la comparaison révèle du langage humain
      • Le langage humain institue un sujet qui dit « je » et un interlocuteur qui peut répondre « tu ». Benveniste, Problèmes de linguistique générale
      • Le logos permet de discuter du juste, et non seulement de signaler le plaisir et la douleur. Aristote, Politique, I, 2
      • Le langage humain se fabrique en parlant : il est activité et non répertoire fixe. Humboldt, Introduction à l’œuvre sur le kavi

    De I à II : communiquer n’est cependant pas parler. Un code transmet un contenu fixe ; un langage permet de dire ce qui n’a jamais été dit, et d’en discuter.

    De II à III : cette différence ne doit pas servir à mépriser l’animal, mais à comprendre ce que nous faisons quand nous parlons : nous nous instituons comme sujets devant un autre.

    Ouverture — Si le critère du langage est la réponse, que dire des systèmes artificiels qui répondent à tout sans rien vouloir dire ?

  19. Faut-il se méfier des mots ?

    Analyse — Se méfier, c’est suspendre sa confiance sans nécessairement rejeter ; les mots sont à la fois nos instruments de pensée et les véhicules des préjugés. Le sujet demande quelle attitude tenir à l’égard de l’outil qui nous sert à penser.

    Problème — La méfiance envers les mots est-elle une condition de la lucidité, ou une défiance ruineuse envers l’instrument même de la pensée ?

    1. I. Il y a de bonnes raisons de se méfier des mots
    2. II. Mais se méfier de tous les mots, c’est renoncer à penser
      • Nous pensons dans les mots : sans confiance en eux, aucune pensée déterminée n’est possible. Hegel, Encyclopédie, Philosophie de l’esprit
      • Les signes institués sont ce qui a rendu possible l’analyse et la science. Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
      • La vérité elle-même est un attribut du discours : la refuser aux mots, c’est la perdre. Hobbes, Léviathan, I, 4
    3. III. La bonne méfiance est un travail sur les mots

    De I à II : cette méfiance ne peut pourtant pas être générale, car elle s’énonce elle-même avec des mots. Refuser en bloc le langage reviendrait à scier la branche sur laquelle la critique repose.

    De II à III : il faut donc remplacer la défiance par une méthode : non pas fuir les mots, mais les définir, en suivre l’usage et repérer ceux qui font passer un intérêt pour une évidence.

    Ouverture — Si la vigilance sur les mots est un travail permanent, à qui revient-il de l’exercer : au philosophe, au citoyen, ou à l’école ?

  20. L’art dit-il ce que les mots ne peuvent pas dire ?

    Analyse — Le sujet présuppose que le langage a des limites et que l’art les franchirait ; il faut donc examiner ces deux thèses. « Dire » désigne ici la communication d’un sens, qui peut passer par d’autres voies que la parole.

    Problème — L’œuvre d’art exprime-t-elle un sens inaccessible au langage, ou faut-il la comprendre comme une autre manière de parler ?

    1. I. L’art semble dire l’indicible
    2. II. Mais l’art est lui-même un usage du langage ou un langage
    3. III. L’art déplace les limites du dicible au lieu de les franchir
      • L’œuvre est une parole parlante : elle crée l’expression qui manquait au lieu de répéter l’acquis. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
      • La langue est une activité qui s’enrichit de ces inventions, et l’indicible d’hier se dit aujourd’hui. Humboldt, Introduction à l’œuvre sur le kavi
      • Ce que l’œuvre produit est reçu, discuté, traduit : elle entre dans l’espace commun du sens. Ricœur, Sur la traduction

    De I à II : cette thèse suppose que l’art soit hors du langage. Or la poésie est faite de mots, le roman de phrases, et même la peinture se commente et s’enseigne.

    De II à III : la bonne formulation n’est donc pas que l’art dise l’indicible, mais qu’il recule la frontière de ce qui peut être dit, y compris par les mots.

    Ouverture — Si l’art élargit le dicible, une expérience restée sans œuvre et sans mots a-t-elle jamais eu un sens ?

  21. Apprendre à parler, est-ce apprendre à penser ?

    Analyse — Apprendre à parler, c’est acquérir une langue et ses usages ; apprendre à penser, c’est acquérir la capacité de juger et de raisonner. Le sujet demande si la première acquisition contient la seconde.

    Problème — L’apprentissage d’une langue est-il l’apprentissage de la pensée elle-même, ou seulement celui d’un moyen de l’exprimer ?

    1. I. Apprendre une langue, c’est apprendre des mots, pas des raisonnements
      • On peut répéter correctement des formules sans rien comprendre : le perroquet en donne l’image. Descartes, Discours de la méthode, V
      • Beaucoup emploient des mots dont ils n’ont pas l’idée : le vocabulaire n’est pas le savoir. Locke, Essai sur l’entendement humain
      • La maîtrise du code social peut masquer l’absence de jugement personnel. Bourdieu, Ce que parler veut dire
    2. II. Mais acquérir une langue, c’est acquérir les distinctions qui rendent la pensée possible
    3. III. Apprendre à penser suppose d’apprendre à se servir de la langue contre l’habitude

    De I à II : ces exemples montrent seulement qu’on peut mal parler, non que la langue soit indifférente à la pensée. Or l’enfant qui apprend « hier » et « demain » apprend à penser le temps.

    De II à III : si la langue donne les moyens de penser, elle fournit aussi des automatismes. Apprendre à penser, c’est donc apprendre un second usage de ce que l’on a d’abord reçu.

    Ouverture — Si l’on apprend à penser en apprenant à parler, que devrait enseigner en priorité une école : des mots, ou l’art de s’en défier ?

  22. Nommer, est-ce connaître ?

    Analyse — Nommer, c’est appliquer un mot à une chose ; connaître, c’est en saisir la nature ou les propriétés. Le sujet demande si le nom apporte un savoir ou seulement l’illusion d’en avoir un.

    Problème — Le nom donne-t-il accès à la chose nommée, ou dispense-t-il seulement de la connaître ?

    1. I. Nommer paraît être le premier acte de la connaissance
      • Le nom est un instrument qui sert à distinguer les êtres selon ce qu’ils sont. Platon, Cratyle
      • Les signes institués permettent de fixer les idées et de les composer : sans eux, pas de science. Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
      • Une nomenclature réglée rend le raisonnement contrôlable comme un calcul. Leibniz, De l’art combinatoire
    2. II. Mais le nom peut tenir lieu de connaissance
    3. III. Nommer est une opération à évaluer selon son usage

    De I à II : cette confiance dans le nom suppose que le mot contienne la chose. Or un enfant qui nomme toutes les étoiles n’en connaît aucune, et la médecine a longtemps nommé des maladies qu’elle ne comprenait pas.

    De II à III : il ne faut donc ni identifier ni séparer nommer et connaître, mais demander à quelles conditions un nom fait avancer un savoir.

    Ouverture — Si nommer peut ouvrir une connaissance, à quoi reconnaît-on un nom bien formé dans une science naissante ?

  23. Convaincre et persuader, est-ce la même chose ?

    Analyse — Convaincre s’adresse à la raison par des preuves ; persuader s’adresse à la sensibilité par des moyens variés. La difficulté est que toute parole efficace mêle les deux.

    Problème — La distinction entre convaincre et persuader est-elle une différence de nature ou seulement de moyens employés ?

    1. I. Deux opérations que tout oppose en droit
      • Convaincre s’adresse à la raison de tout auditeur, persuader à l’affect de tel auditoire. Repère persuader / convaincre
      • La rhétorique produit la croyance sans le savoir, et n’a pas besoin de la vérité pour réussir. Platon, Gorgias
      • Un langage rigoureux viserait l’accord par le calcul, sans passion ni effet de tribune. Leibniz, De l’art combinatoire
    2. II. Mais en fait, aucune parole ne convainc sans persuader
    3. III. La différence tient à ce qu’on laisse à l’auditeur

    De I à II : cette opposition est claire en droit, mais introuvable en fait. Un professeur qui démontre choisit ses exemples, sa voix et son rythme : il persuade pour convaincre.

    De II à III : il faut donc chercher le critère ailleurs que dans les moyens employés : dans la liberté que le discours laisse ou non à celui qui le reçoit.

    Ouverture — Si le critère est la liberté de l’auditeur, une publicité qui dirait strictement la vérité serait-elle pour autant honnête ?

  24. Y a-t-il un pouvoir des mots ?

    Analyse — On attribue aux mots un pouvoir quand on croit qu’ils produisent des effets réels : consoler, blesser, obliger. Le sujet demande si ce pouvoir appartient aux mots eux-mêmes ou aux conditions de leur emploi.

    Problème — Les mots ont-ils par eux-mêmes une efficacité, ou ne font-ils qu’exprimer un pouvoir qui leur est extérieur ?

    1. I. Les mots produisent des effets réels
    2. II. Mais ce pouvoir n’est pas dans les mots
    3. III. Le pouvoir des mots est celui d’une institution et d’une écoute

    De I à II : ces effets ne prouvent pourtant pas que la force soit dans les mots. Un « je vous déclare unis » prononcé par un passant ne marie personne.

    De II à III : si le pouvoir vient des institutions et des positions, il reste à comprendre pourquoi nous nous y soumettons. La réponse tient à l’écoute, donc à ce que nous accordons à celui qui parle.

    Ouverture — Si les mots ne valent que par l’autorité qui les porte, comment expliquer qu’une parole sans pouvoir puisse renverser un ordre établi ?

  25. Le langage rend-il le mensonge possible ?

    Analyse — Mentir, c’est dire autre chose que ce que l’on croit vrai avec l’intention de tromper ; cela suppose de pouvoir dissocier le dit et le pensé. Le sujet demande si cette possibilité tient à la nature du langage.

    Problème — Le mensonge est-il un accident du langage, ou la conséquence même de ce qui fait sa puissance ?

    1. I. Le langage est fait pour dire le vrai
    2. II. Mais c’est le langage qui rend le mensonge possible
      • L’arbitraire du signe permet de dire l’absent, donc de dire ce qui n’est pas. Saussure, Cours de linguistique générale
      • Le signe institué détache le dit de la situation vécue : c’est là que loge le mensonge. Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
      • La rhétorique exploite cet écart pour faire croire ce qu’elle ne sait pas. Platon, Gorgias
    3. III. Mentir suppose plus qu’un langage : un sujet et un autre

    De I à II : si le langage était par nature véridique, le mensonge resterait inexplicable. Or c’est précisément le pouvoir de parler de ce qui n’est pas présent qui permet de parler de ce qui n’est pas.

    De II à III : le langage fournit cependant le moyen, non la volonté. Il faut un sujet qui vise un autre sujet pour qu’un énoncé faux devienne un mensonge.

    Ouverture — Si mentir suppose de savoir le vrai, le menteur est-il plus lucide que celui qui se raconte des histoires ?

  26. Toute traduction est-elle une trahison ?

    Analyse — La formule joue sur l’idée qu’en changeant de langue on change le sens ; traduire serait alors toujours infidèle. Le sujet oblige à préciser à quoi la traduction doit être fidèle.

    Problème — La traduction manque-t-elle nécessairement le sens de l’original, ou invente-t-elle une fidélité d’un autre ordre ?

    1. I. Traduire semble impossible sans perte
    2. II. Mais la traduction se pratique et réussit
      • Le fait de traduire prouve qu’un sens circule entre les langues, même sans équivalence terme à terme. Ricœur, Sur la traduction
      • Les langues partagent des structures fondamentales qui rendent l’apprentissage et le passage possibles. Chomsky, Le Langage et la pensée
      • Le sens tient à l’usage, et les usages se comparent d’une pratique à l’autre. Wittgenstein, Recherches philosophiques
    3. III. La fidélité du traducteur n’est pas la copie
      • Traduire, c’est accueillir l’étranger dans sa langue en acceptant un renoncement : une hospitalité, non un décalque. Ricœur, Sur la traduction
      • Le traducteur produit une parole parlante : il invente l’expression qui manquait dans sa langue. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
      • La poésie, réputée intraduisible, oblige à recréer un effet plutôt qu’à transporter un contenu. Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?

    De I à II : cette impossibilité de principe se heurte à un fait massif : nous lisons Homère, Kant et les textes de loi en français. Ce qui devrait être impossible se pratique tous les jours.

    De II à III : il faut alors renoncer au modèle du transport intégral. La question n’est plus de savoir si l’on perd, mais ce que l’on gagne à faire passer une œuvre dans une autre langue.

    Ouverture — Si traduire est accueillir, une machine qui traduit sans comprendre peut-elle être fidèle à autre chose qu’aux mots ?

  27. Peut-on se comprendre ?

    Analyse — Se comprendre suppose que le sens émis soit bien le sens reçu, ce que rien ne garantit ; « se » vise aussi la compréhension réciproque de deux sujets. Le sujet oppose le malentendu ordinaire à la réalité de nos accords.

    Problème — La compréhension mutuelle est-elle un fait du langage, ou une tâche jamais achevée ?

    1. I. Le langage paraît fait pour l’intercompréhension
    2. II. Mais le malentendu est la règle
    3. III. Se comprendre est un travail commun, non un état
      • La parole est moitié à celui qui écoute : comprendre suppose un effort partagé. Montaigne, Essais, III, 13
      • La discussion rend explicites les prétentions de chacun et permet de lever les malentendus. Habermas, Théorie de l’agir communicationnel
      • Traduire l’autre dans ses propres mots, en acceptant une perte, est le modèle de toute compréhension. Ricœur, Sur la traduction

    De I à II : ce code commun n’assure pourtant que l’identité des mots, non celle des sens. Deux interlocuteurs peuvent employer le même terme et ne pas parler de la même chose.

    De II à III : il serait absurde d’en conclure que nous ne nous comprenons jamais, puisque nous réparons sans cesse nos malentendus. Se comprendre n’est pas un point de départ, mais un résultat obtenu.

    Ouverture — Si la compréhension se construit, faut-il craindre les situations où l’on croit se comprendre sans avoir eu à s’expliquer ?

  28. Le langage nous rend-il libres ?

    Analyse — Le langage peut libérer en donnant accès au général, à l’absent, à la délibération commune ; il peut asservir en imposant des catégories et des formules héritées. Le sujet demande quel est l’effet dominant.

    Problème — Le langage est-il l’instrument de notre libération, ou la forme la plus subtile de notre dépendance ?

    1. I. Le langage libère
      • Le signe arrache au présent sensible et permet de délibérer avant d’agir. Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
      • Le logos permet de discuter du juste et de l’injuste, donc de vivre politiquement. Aristote, Politique, I, 2
      • La parole crée l’espace public où chacun apparaît comme un être singulier. Arendt, Condition de l’homme moderne
    2. II. Mais il assujettit aussi
      • La langue oblige à dire d’une certaine façon, et l’on ne choisit pas ses catégories. Barthes, Leçon
      • Les positions sociales pèsent sur ce que chacun peut dire et se faire entendre. Bourdieu, Ce que parler veut dire
      • Une part du discours du sujet obéit à des lois qu’il ignore. Lacan, Écrits
    3. III. La liberté se gagne dans le langage, par un certain usage

    De I à II : ces pouvoirs sont réels, mais ils s’exercent dans une langue que nul n’a choisie. Ce qui libère du monde immédiat peut enchaîner à un ordre hérité.

    De II à III : puisqu’on ne peut sortir du langage, la liberté ne peut être qu’intérieure à lui. Elle prend la forme d’un travail sur sa propre parole.

    Ouverture — Si la liberté est un usage du langage, une société peut-elle être libre sans que ses citoyens apprennent à parler ?

  29. Ce qui ne peut pas se dire existe-t-il ?

    Analyse — Le sujet met en jeu le rapport du dicible et de l’être : ce qui échappe au langage est-il rien, ou seulement innommé ? Il faut distinguer l’inexprimé, l’inexprimable de fait et l’indicible de droit.

    Problème — Faut-il tenir le langage pour la mesure de ce qui est, ou admettre un réel qui excède tout énoncé possible ?

    1. I. Ce qui ne se dit pas semble ne pas exister pour nous
    2. II. Mais beaucoup de ce qui est ne se laisse pas dire
    3. III. L’indicible est une frontière mobile, non une région séparée
      • La parole créatrice conquiert sans cesse sur l’inexprimé ce que la langue reçue ne disait pas. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
      • Une langue est une activité en expansion : ce qu’elle ne dit pas encore, elle peut apprendre à le dire. Humboldt, Introduction à l’œuvre sur le kavi
      • Le repère en fait / en droit permet de distinguer ce qui n’est pas encore dit de ce qui ne pourrait jamais l’être. Repère en fait / en droit

    De I à II : faire du dicible la mesure de l’être reviendrait à décréter que la douleur muette n’existe pas. Or c’est souvent ce qui compte le plus qui se dit le plus mal.

    De II à III : plutôt que de poser un domaine réservé de l’indicible, il vaut mieux observer que la frontière du dicible se déplace, sous l’effet des sciences, des œuvres et des langues.

    Ouverture — Si la frontière du dicible recule, que faut-il conclure des expériences dont aucune époque n’a jamais réussi à parler ?

  30. Le langage est-il le propre de l’homme ?

    Analyse — Dire que le langage est le propre de l’homme, c’est affirmer qu’il n’appartient qu’à lui et qu’il le définit. Le sujet suppose d’examiner à la fois les prétendants — animaux, machines — et la valeur d’un tel critère.

    Problème — Le langage définit-il l’humanité, ou n’est-il qu’un trait distinctif parmi d’autres, que d’autres êtres pourraient partager ?

    1. I. Le langage distingue l’homme de tout autre être connu
    2. II. Mais ce critère est plus fragile qu’il n’y paraît
      • Si le langage n’était qu’un moyen de communiquer, il n’aurait rien d’exclusivement humain. Nietzsche, Le Gai Savoir, § 354
      • Les signes institués ont une genèse : le langage est un acquis, non une essence donnée. Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
      • Des systèmes peuvent produire des énoncés corrects sans rien signifier : l’efficacité n’est pas la parole. Wittgenstein, Recherches philosophiques
    3. III. Le langage est moins une propriété qu’une condition d’humanité

    De I à II : ces arguments supposent une définition exigeante du langage. Dès qu’on l’assouplit, la frontière se brouille, et l’on trouve des systèmes de signes chez l’animal comme dans la machine.

    De II à III : la question n’est donc pas de savoir qui possède le langage comme un bien, mais ce que le langage fait de celui qui parle.

    Ouverture — Si le langage constitue le sujet, faut-il dire d’une machine qui dit « je » qu’elle parle, ou qu’elle imite ?

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