« En quel sens » interdit la réponse par oui ou par non : il faut distinguer des acceptions de « naître libre », liberté de droit, liberté de fait, capacité à devenir libre. Sur la notion de langage, ce sujet se traite en montrant que l’humain naît libre parce qu’il naît parlant, c’est-à-dire capable de se rapporter à autre chose qu’à son besoin immédiat.
La liberté est-elle un fait constaté à la naissance, un droit reconnu, ou une capacité que seule l’entrée dans le langage rend effective ?
Le plan en trois parties
Naître libre au sens du droit : une égalité affirmée, non constatée
- Dire que les hommes naissent libres, c’est énoncer un droit qui fonde une exigence politique.Repère en fait / en droit
- Une déclaration est un acte de langage : elle institue ce qu’elle énonce au lieu de le décrire.Austin, Quand dire, c’est faire
- Seul l’être doué de parole peut délibérer du juste et de l’injuste, donc être tenu pour un sujet de droit.Aristote, Politique, I, 2
En fait, le nouveau-né n’est pas libre : il est dépendant et déterminé
- Il hérite d’une langue, de catégories et d’un monde qu’il n’a pas choisis.Saussure, Cours de linguistique générale
- Sa place sociale pèse sur sa parole avant même qu’il parle.Bourdieu, Ce que parler veut dire
- Une part de son discours lui échappera toujours, parce qu’elle obéit à d’autres lois que sa volonté.Lacan, Écrits
On naît libre au sens où l’on naît capable de le devenir, et c’est le langage qui l’atteste
- En disant « je », l’enfant se pose comme sujet et cesse d’être un simple effet de son milieu.Benveniste, Problèmes de linguistique générale
- La capacité à former des phrases inédites montre une puissance créatrice qui n’est pas conditionnée.Chomsky, Le Langage et la pensée
- La liberté apparaît dans l’espace commun où l’on agit et l’on parle devant autrui.Arendt, Condition de l’homme moderne
Si la liberté commence avec la parole, que dire de ceux que l’on prive de parole : sont-ils moins libres, ou seulement empêchés de l’être ?