Se comprendre suppose que le sens émis soit bien le sens reçu, ce que rien ne garantit ; « se » vise aussi la compréhension réciproque de deux sujets. Le sujet oppose le malentendu ordinaire à la réalité de nos accords.
La compréhension mutuelle est-elle un fait du langage, ou une tâche jamais achevée ?
Le plan en trois parties
Le langage paraît fait pour l’intercompréhension
- La langue est un code commun : le même signe vaut pour tous les membres d’une communauté.Saussure, Cours de linguistique générale
- Les mots sont institués pour faire connaître nos idées à autrui.Locke, Essai sur l’entendement humain
- La conscience elle-même se serait développée pour rendre nos états communicables.Nietzsche, Le Gai Savoir, § 354
Mais le malentendu est la règle
- Chacun met sous les mêmes mots des idées différentes : l’abus des mots est constant.Locke, Essai sur l’entendement humain
- Le vécu singulier ne passe pas dans le mot commun : ce que je dis n’est jamais ce que j’éprouve.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- Une part de notre discours nous échappe et échappe donc aussi à notre interlocuteur.Lacan, Écrits
Se comprendre est un travail commun, non un état
- La parole est moitié à celui qui écoute : comprendre suppose un effort partagé.Montaigne, Essais, III, 13
- La discussion rend explicites les prétentions de chacun et permet de lever les malentendus.Habermas, Théorie de l’agir communicationnel
- Traduire l’autre dans ses propres mots, en acceptant une perte, est le modèle de toute compréhension.Ricœur, Sur la traduction
Si la compréhension se construit, faut-il craindre les situations où l’on croit se comprendre sans avoir eu à s’expliquer ?