La fidélité suppose un modèle et une copie : le langage serait fidèle s’il reproduisait la réalité sans y ajouter ni en retrancher. Or le signe est arbitraire et le mot est général, tandis que les choses sont singulières.
Le langage doit-il être jugé à sa ressemblance avec le réel, ou remplit-il sa fonction autrement qu’en le copiant ?
Le plan en trois parties
Le langage semble fait pour dire ce qui est
- Le nom est l’instrument qui distingue les choses selon leur être, et un nom peut être juste ou non.Platon, Cratyle
- Une proposition est vraie quand les noms qui la composent sont assemblés conformément à ce qui est.Hobbes, Léviathan, I, 4
- Un langage rigoureux, réglé comme un calcul, permettrait de trancher les désaccords au lieu de les nourrir.Leibniz, De l’art combinatoire
Mais le signe ne ressemble pas à la chose
- Le lien entre le son et l’idée est arbitraire : aucune langue ne copie le monde.Saussure, Cours de linguistique générale
- Nos mots sont des métaphores usées : ils transposent, ils ne décalquent pas.Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral
- Le mot général recouvre le singulier vécu et en efface la nuance.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
La fidélité du langage n’est pas une ressemblance, mais une justesse d’usage
- Le sens d’un mot est son usage : un énoncé est fidèle quand il fait ce qu’il doit faire dans la situation.Wittgenstein, Recherches philosophiques
- Distinguer la vérité, qui qualifie un discours, et la réalité, qui est ce qui est, dissout le faux problème de la copie.Repère absolu / relatif
- La parole expressive rejoint la réalité en la faisant apparaître autrement, non en la doublant.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
Si la fidélité tient à l’usage, que faut-il exiger d’un témoignage : qu’il décrive exactement, ou qu’il fasse comprendre ce qui a eu lieu ?