À propos de cette page
Ce cours de philosophie en terminale sur « La nature et la culture » suit le programme officiel de philosophie de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Nature et culture : deux notions à distinguer, L'état de nature : une fiction philosophique, La culture comme seconde nature de l'homme, Le langage : signe de la culture ?. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en philosophie.
Au programme
1 · Nature et culture : deux notions à distinguer
2 · L'état de nature : une fiction philosophique
3 · La culture comme seconde nature de l'homme
4 · Le langage : signe de la culture ?
5 · La technique : l'homme transformateur de nature
6 · Relativisme culturel et universalité de la culture
7 · La culture corrompt-elle ou accomplit-elle l'homme ?
1Nature et culture : deux notions à distinguer
La distinction nature / culture est fondamentale en philosophie. Elle traverse l'ensemble du programme de Terminale car elle interroge ce qui fait de l'homme un être à part dans le vivant.
Définition. La nature désigne ce qui existe indépendamment de toute intervention humaine : ce qui est donné, spontané, universel. La culture désigne au contraire l'ensemble des productions, normes, valeurs, institutions, savoirs et pratiques issus de l'activité humaine : ce qui est construit, acquis, transmis.
Ces deux concepts s'opposent selon plusieurs axes :
| Dimension | Nature | Culture |
|---|
| Origine | donnée, innée | construite, acquise |
| Universalité | identique pour tous les vivants | variable selon les sociétés |
| Temporalité | stable, cyclique | historique, évolutive |
| Transmission | génétique (héréditaire) | éducative (sociale) |
Attention ! L'opposition nature / culture n'est pas absolue. Certains philosophes (Merleau-Ponty, Bourdieu) montrent que la culture s'inscrit dans le corps, la perception, les habitudes. Il ne faut donc pas traiter la frontière comme un mur imperméable.
2L'état de nature : une fiction philosophique
Pour penser ce que la culture ajoute à l'homme, plusieurs philosophes ont construit le concept d'état de nature : une fiction théorique représentant l'homme avant toute société et toute institution.
Repère. L'état de nature n'est pas un état historique réel, mais un outil conceptuel servant à dégager les caractéristiques naturelles de l'homme par contraste avec les caractéristiques culturelles.
Hobbes (Léviathan, 1651) : à l'état de nature, l'homme est animé par la compétition, la méfiance et la gloire. Sa vie y serait « solitaire, misérable, dangereuse, animale et courte » (bellum omnium contra omnes, guerre de tous contre tous). La culture (l'État, le contrat social) est donc nécessaire pour sortir de cette violence originelle.
Locke (Traité du gouvernement civil, 1690) : l'état de nature est déjà gouverné par la loi naturelle (raison). Les hommes y jouissent de droits naturels (vie, liberté, propriété). L'État vient garantir ces droits, non les créer.
Rousseau (Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 1755) : l'homme à l'état de nature est un animal bon, solitaire, guidé par l'amour de soi et la pitié. La culture et la société ont introduit l'inégalité, l'amour-propre et la corruption.
Exemple. Pour Rousseau, l'enfant sauvage (comme l'enfant-loup Victor de l'Aveyron) illustrerait un état pré-culturel. Mais il n'est pas pour autant pleinement humain : sans langage ni éducation, il reste à la frontière de l'humanité.
3La culture comme seconde nature de l'homme
L'animal est spécialisé par ses instincts ; l'homme, au contraire, est un être de manque (Arnold Gehlen) : sans fourrure, sans griffes, sans instincts précis, il est biologiquement inachevé. La culture vient compenser cette indétermination naturelle.
Repère clé. La perfectibilité (Rousseau) est la faculté proprement humaine de se transformer, de s'améliorer, d'acquérir de nouvelles compétences. C'est elle qui rend la culture possible — et nécessaire.
Ernst Cassirer (Essai sur l'homme, 1944) définit l'homme comme un animal symbolique : contrairement aux autres animaux, il ne réagit pas directement aux stimuli mais passe par des symboles (langage, mythe, art, science) pour appréhender le réel. La culture est donc la forme propre de l'existence humaine.
Aristote (Politique) : « L'homme est un animal politique (zôon politikon). » Ce qui signifie qu'il est par nature destiné à vivre dans la cité (polis), qui est elle-même une institution culturelle. La culture n'est pas contre-nature pour l'homme : elle accomplit sa nature.
Astuce. Retenez la formule : pour Aristote, la nature finalise l'homme vers la culture. Pour Rousseau, la culture le dénature. Cette tension est au cœur du sujet.
4Le langage : signe de la culture ?
Le langage est souvent présenté comme le critère par excellence de la culture. Mais qu'est-ce qui distingue le langage humain des communications animales ?
Définition. Le langage est un système de signes arbitraires (Saussure) permettant d'exprimer des pensées, de nommer le monde, de communiquer et de transmettre une culture. Il se distingue du simple signal (réflexe ou signal instinctif) par son arbitraire, sa double articulation et sa productivité infinie.
Descartes (Discours de la méthode, 1637) fait du langage le critère de l'humanité : les animaux peuvent imiter des sons, mais ils ne peuvent jamais combiner des mots pour répondre à toutes les situations. Le langage révèle la raison.
Hegel : le langage est l'existence de l'esprit. Par le mot, l'homme arrache la chose au singulier pour la porter dans l'universel. Nommer, c'est déjà penser.
Exemple. Les études sur les chimpanzés (Washoe, Kanzi) ont montré qu'ils peuvent apprendre un langage des signes limité. Cela pose la question des degrés de culture : y a-t-il une culture animale (transmission de comportements appris) ou la culture est-elle strictement humaine ?
Attention ! Ne confondez pas langage (faculté) et langue (système particulier à une communauté). L'étude des langues montre la diversité culturelle ; la capacité de langage est, elle, universelle.
5La technique : l'homme transformateur de nature
La technique est une autre dimension fondamentale de la culture. Elle désigne l'ensemble des procédés, outils et savoir-faire par lesquels l'homme transforme la nature pour répondre à ses besoins.
Définition. La technique est une activité finalisée, guidée par un savoir, visant à transformer le réel. Elle se distingue de l'instinct (programmé, fixe) et de l'art (expression, esthétique).
Bergson (L'Évolution créatrice, 1907) : « L'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils. » L'homme est d'abord homo faber avant d'être homo sapiens.
Heidegger (La Question de la technique, 1953) : la technique moderne n'est pas neutre. Elle révèle la nature comme un « fonds disponible » à exploiter. Il voit dans la technique contemporaine un danger d'arraisonnement du monde, une menace pour l'humanité.
Astuce. Pour la dissertation, retenez l'opposition entre technique comme libération (Marx : la technique émancipe du travail pénible) et technique comme aliénation (Heidegger : la technique moderne asservit l'homme à la productivité).
6Relativisme culturel et universalité de la culture
Toutes les sociétés humaines ont une culture, mais les cultures sont multiples et diverses. Comment articuler cette diversité avec l'idée d'une humanité commune ?
Repères. Relativisme culturel : chaque culture possède ses propres valeurs, normes et visions du monde ; aucune n'est supérieure aux autres. Universalisme : il existe des valeurs ou des structures communes à toutes les cultures (droits humains, prohibition de l'inceste, etc.).
Claude Lévi-Strauss (Race et histoire, 1952) : toutes les cultures sont équivalentes en dignité et en complexité. Ce qui ressemble à de la « sauvagerie » est souvent la limite de notre propre compréhension. Mais Lévi-Strauss ne tombe pas dans le relativisme absolu : il cherche des structures universelles (mythes, prohibition de l'inceste).
La prohibition de l'inceste est analysée par Lévi-Strauss (Les Structures élémentaires de la parenté, 1949) comme la règle qui marque le passage de la nature à la culture : universelle en tant que règle, elle est diverse dans ses formes d'application. C'est une règle universelle de portée culturelle, qui fonde l'échange et le lien social.
Exemple. Les droits de l'homme (Déclaration de 1948) prétendent à l'universalité. Certains (relativistes) y voient une imposture ethnocentrique. D'autres (universalistes) y voient la traduction de valeurs transcendant les cultures particulières.
Attention ! Le relativisme culturel est une méthode descriptive (comprendre sans juger), mais il ne peut être érigé en doctrine morale absolue, sous peine de légitimer toutes les pratiques, y compris les plus violentes.
7La culture corrompt-elle ou accomplit-elle l'homme ?
Cette tension est au cœur du thème et constitue l'enjeu principal des dissertations. Deux grandes réponses s'affrontent :
La culture accomplit l'homme (Aristote, Hegel, Cassirer) : l'homme sans culture n'est pas encore pleinement humain. La culture (langage, droit, art, science) développe ses potentialités rationnelles, morales, esthétiques. C'est par la culture que l'homme réalise son humanité.
La culture dénature et corrompt l'homme (Rousseau) : la société et la culture ont produit l'inégalité, la jalousie, l'amour-propre, la servitude. La « dépravation » de l'homme est le fruit de son histoire culturelle. Mais Rousseau ne prône pas un retour à l'état de nature : il cherche une culture juste (le contrat social).
Une troisième voie (Marx, Freud) : la culture est ambivalente. Pour Freud (Malaise dans la culture, 1929), la culture impose des renonciations pulsionnelles nécessaires à la vie collective, mais qui engendrent névrose et malaise. Elle est à la fois ce qui nous civilise et ce qui nous opprime.
À retenir. La question « La culture dénature-t-elle l'homme ? » suppose de questionner si la nature humaine est bonne ou mauvaise, et si la culture ajoute ou retranche quelque chose à cette nature. Il n'y a pas de réponse univoque : c'est l'enjeu du problème philosophique.
Méthode dissertation. Pour traiter le sujet, construisez toujours une problématique qui met en tension les deux thèses, puis dégagez un troisième moment dialectique. Évitez le plan « pour / contre / synthèse » mécanique : construisez plutôt les positions philosophiques avec leurs arguments.
★À retenir
À retenir — La nature et la culture :
• La nature = ce qui est donné, inné, universel ; la culture = ce qui est construit, acquis, transmis par l'éducation et la société.
• L'état de nature est une fiction théorique (Hobbes, Locke, Rousseau) pour penser l'homme avant la culture.
• La perfectibilité (Rousseau) : faculté humaine de se transformer, qui rend la culture possible et nécessaire.
• Le langage et la technique sont les deux grandes manifestations de la culture.
• Lévi-Strauss : la prohibition de l'inceste marque le passage de la nature à la culture (règle universelle, formes variables).
• La culture accomplit l'homme (Aristote, Hegel) ou le corrompt (Rousseau) — tension centrale du thème.
• Freud (Malaise dans la culture) : la culture est ambivalente — elle civilise et opprime à la fois.