Lycée · Terminale · Philosophie
La nature et la culture
L'existence humaine et la culture — programme de philosophie Terminale (lycée général)
À propos de cette page
Nature et culture : deux notions à distinguer
La distinction nature / culture est fondamentale en philosophie. Elle traverse l'ensemble du programme de Terminale car elle interroge ce qui fait de l'homme un être à part dans le vivant.
Ces deux concepts s'opposent selon plusieurs axes :
| Dimension | Nature | Culture |
|---|---|---|
| Origine | donnée, innée | construite, acquise |
| Universalité | identique pour tous les vivants | variable selon les sociétés |
| Temporalité | stable, cyclique | historique, évolutive |
| Transmission | génétique (héréditaire) | éducative (sociale) |
L'état de nature : une fiction philosophique
Pour penser ce que la culture ajoute à l'homme, plusieurs philosophes ont construit le concept d'état de nature : une fiction théorique représentant l'homme avant toute société et toute institution.
Hobbes (Léviathan, 1651) : à l'état de nature, l'homme est animé par la compétition, la méfiance et la gloire. Sa vie y serait « solitaire, misérable, dangereuse, animale et courte » (bellum omnium contra omnes, guerre de tous contre tous). La culture (l'État, le contrat social) est donc nécessaire pour sortir de cette violence originelle.
Locke (Traité du gouvernement civil, 1690) : l'état de nature est déjà gouverné par la loi naturelle (raison). Les hommes y jouissent de droits naturels (vie, liberté, propriété). L'État vient garantir ces droits, non les créer.
Rousseau (Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, 1755) : l'homme à l'état de nature est un animal bon, solitaire, guidé par l'amour de soi et la pitié. La culture et la société ont introduit l'inégalité, l'amour-propre et la corruption.
La culture comme seconde nature de l'homme
L'animal est spécialisé par ses instincts ; l'homme, au contraire, est un être de manque (Arnold Gehlen) : sans fourrure, sans griffes, sans instincts précis, il est biologiquement inachevé. La culture vient compenser cette indétermination naturelle.
Ernst Cassirer (Essai sur l'homme, 1944) définit l'homme comme un animal symbolique : contrairement aux autres animaux, il ne réagit pas directement aux stimuli mais passe par des symboles (langage, mythe, art, science) pour appréhender le réel. La culture est donc la forme propre de l'existence humaine.
Aristote (Politique) : « L'homme est un animal politique (zôon politikon). » Ce qui signifie qu'il est par nature destiné à vivre dans la cité (polis), qui est elle-même une institution culturelle. La culture n'est pas contre-nature pour l'homme : elle accomplit sa nature.
Le langage : signe de la culture ?
Le langage est souvent présenté comme le critère par excellence de la culture. Mais qu'est-ce qui distingue le langage humain des communications animales ?
Descartes (Discours de la méthode, 1637) fait du langage le critère de l'humanité : les animaux peuvent imiter des sons, mais ils ne peuvent jamais combiner des mots pour répondre à toutes les situations. Le langage révèle la raison.
Hegel : le langage est l'existence de l'esprit. Par le mot, l'homme arrache la chose au singulier pour la porter dans l'universel. Nommer, c'est déjà penser.
La technique : l'homme transformateur de nature
La technique est une autre dimension fondamentale de la culture. Elle désigne l'ensemble des procédés, outils et savoir-faire par lesquels l'homme transforme la nature pour répondre à ses besoins.
Bergson (L'Évolution créatrice, 1907) : « L'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils. » L'homme est d'abord homo faber avant d'être homo sapiens.
Heidegger (La Question de la technique, 1953) : la technique moderne n'est pas neutre. Elle révèle la nature comme un « fonds disponible » à exploiter. Il voit dans la technique contemporaine un danger d'arraisonnement du monde, une menace pour l'humanité.
Relativisme culturel et universalité de la culture
Toutes les sociétés humaines ont une culture, mais les cultures sont multiples et diverses. Comment articuler cette diversité avec l'idée d'une humanité commune ?
Claude Lévi-Strauss (Race et histoire, 1952) : toutes les cultures sont équivalentes en dignité et en complexité. Ce qui ressemble à de la « sauvagerie » est souvent la limite de notre propre compréhension. Mais Lévi-Strauss ne tombe pas dans le relativisme absolu : il cherche des structures universelles (mythes, prohibition de l'inceste).
La prohibition de l'inceste est analysée par Lévi-Strauss (Les Structures élémentaires de la parenté, 1949) comme la règle qui marque le passage de la nature à la culture : universelle en tant que règle, elle est diverse dans ses formes d'application. C'est une règle universelle de portée culturelle, qui fonde l'échange et le lien social.
La culture corrompt-elle ou accomplit-elle l'homme ?
Cette tension est au cœur du thème et constitue l'enjeu principal des dissertations. Deux grandes réponses s'affrontent :
La culture accomplit l'homme (Aristote, Hegel, Cassirer) : l'homme sans culture n'est pas encore pleinement humain. La culture (langage, droit, art, science) développe ses potentialités rationnelles, morales, esthétiques. C'est par la culture que l'homme réalise son humanité.
La culture dénature et corrompt l'homme (Rousseau) : la société et la culture ont produit l'inégalité, la jalousie, l'amour-propre, la servitude. La « dépravation » de l'homme est le fruit de son histoire culturelle. Mais Rousseau ne prône pas un retour à l'état de nature : il cherche une culture juste (le contrat social).
Une troisième voie (Marx, Freud) : la culture est ambivalente. Pour Freud (Malaise dans la culture, 1929), la culture impose des renonciations pulsionnelles nécessaires à la vie collective, mais qui engendrent névrose et malaise. Elle est à la fois ce qui nous civilise et ce qui nous opprime.
- La nature = ce qui est donné, inné, universel ; la culture = ce qui est construit, acquis, transmis par l'éducation et la société.
- L'état de nature est une fiction théorique (Hobbes, Locke, Rousseau) pour penser l'homme avant la culture.
- La perfectibilité (Rousseau) : faculté humaine de se transformer, qui rend la culture possible et nécessaire.
- Le langage et la technique sont les deux grandes manifestations de la culture.
- Lévi-Strauss : la prohibition de l'inceste marque le passage de la nature à la culture (règle universelle, formes variables).
- La culture accomplit l'homme (Aristote, Hegel) ou le corrompt (Rousseau) — tension centrale du thème.
- Freud (Malaise dans la culture) : la culture est ambivalente — elle civilise et opprime à la fois.
Cours particuliers de philosophie à Marseille, en présentiel ou à distance — un prof qui s'adapte à ton rythme et reprend ce qui coince.
Soutien scolaire à Marseille · Cours particuliers au lycée · Aide aux devoirs