« Bonne » peut signifier agréable, bien menée ou moralement correcte : l’ambiguïté est le cœur du sujet. « Nécessairement » impose de demander non si une discussion peut atteindre le vrai, mais si elle y conduit toujours.
La qualité d’une discussion garantit-elle la vérité de ce sur quoi elle débouche, ou seulement la qualité de l’accord obtenu ?
Le plan en trois parties
Une discussion bien conduite a tout pour approcher le vrai
- L’examen mutuel élimine les opinions qui ne résistent pas à la contradiction.Platon, Gorgias
- La vérité et la fausseté sont des attributs du discours : c’est donc bien dans l’échange de propositions qu’elles se décident.Hobbes, Léviathan, I, 4
- Une définition rigoureuse des termes évite les malentendus qui font l’essentiel des faux désaccords.Locke, Essai sur l’entendement humain
Mais un accord réussi n’est pas une vérité
- On peut se comprendre parfaitement et se tromper ensemble : le consensus n’est pas un critère.Nietzsche, Le Gai Savoir, § 354
- Les mots communs uniformisent l’expérience et font disparaître ce qu’elle a d’irréductible.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- Une discussion peut être excellente en apparence et reproduire les hiérarchies sociales qui la traversent.Bourdieu, Ce que parler veut dire
La discussion ne donne pas le vrai, elle en est l’épreuve
- Elle produit des prétentions à la validité que chacun doit pouvoir défendre : c’est une procédure, pas un oracle.Habermas, Théorie de l’agir communicationnel
- La vérité se conquiert contre le vraisemblable, ce qui suppose que la discussion accepte d’être démentie par les faits.Repère en fait / en droit
- Dire ce que l’on croit vrai engage le sujet : la discussion vaut par la sincérité qu’elle exige.Benveniste, Problèmes de linguistique générale
Si la discussion ne garantit pas le vrai, faut-il lui préférer la démonstration, ou admettre que certaines vérités n’ont d’autre lieu que le dialogue ?