Apprendre à parler, c’est acquérir une langue et ses usages ; apprendre à penser, c’est acquérir la capacité de juger et de raisonner. Le sujet demande si la première acquisition contient la seconde.
L’apprentissage d’une langue est-il l’apprentissage de la pensée elle-même, ou seulement celui d’un moyen de l’exprimer ?
Le plan en trois parties
Apprendre une langue, c’est apprendre des mots, pas des raisonnements
- On peut répéter correctement des formules sans rien comprendre : le perroquet en donne l’image.Descartes, Discours de la méthode, V
- Beaucoup emploient des mots dont ils n’ont pas l’idée : le vocabulaire n’est pas le savoir.Locke, Essai sur l’entendement humain
- La maîtrise du code social peut masquer l’absence de jugement personnel.Bourdieu, Ce que parler veut dire
Mais acquérir une langue, c’est acquérir les distinctions qui rendent la pensée possible
- La langue découpe l’indistinct en unités : apprendre ses mots, c’est apprendre à distinguer.Saussure, Cours de linguistique générale
- Les signes institués fondent la mémoire volontaire, la comparaison et l’analyse.Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
- Nous pensons dans les mots : l’enfant qui entre dans la langue entre dans la pensée.Hegel, Encyclopédie, Philosophie de l’esprit
Apprendre à penser suppose d’apprendre à se servir de la langue contre l’habitude
- Maîtriser un mot, c’est savoir jouer le jeu où il fonctionne, donc contrôler ses propres usages.Wittgenstein, Recherches philosophiques
- L’élève apprend à penser quand il cesse de répéter la parole parlée pour chercher la sienne.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- Se former, c’est aussi apprendre à reconnaître les mots qui pensent à notre place.Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich
Si l’on apprend à penser en apprenant à parler, que devrait enseigner en priorité une école : des mots, ou l’art de s’en défier ?