Le sujet présuppose que le langage a des limites et que l’art les franchirait ; il faut donc examiner ces deux thèses. « Dire » désigne ici la communication d’un sens, qui peut passer par d’autres voies que la parole.
L’œuvre d’art exprime-t-elle un sens inaccessible au langage, ou faut-il la comprendre comme une autre manière de parler ?
Le plan en trois parties
L’art semble dire l’indicible
- La musique atteint des états que le mot commun ne peut que déformer.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- Là où l’énoncé cesse, il reste ce qui se montre : l’œuvre le donne à voir.Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus
- Le poète ne se sert pas des mots comme de signes : il les traite comme des choses.Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?
Mais l’art est lui-même un usage du langage ou un langage
- Les premières langues étaient chantées et figurées : la poésie n’est pas hors du langage, elle en est l’origine.Rousseau, Essai sur l’origine des langues
- Signifier suppose un système et des règles : l’art n’échappe pas à cette condition.Saussure, Cours de linguistique générale
- Le sens d’une œuvre se prouve dans l’usage qu’en font ceux qui la reçoivent et la commentent.Wittgenstein, Recherches philosophiques
L’art déplace les limites du dicible au lieu de les franchir
- L’œuvre est une parole parlante : elle crée l’expression qui manquait au lieu de répéter l’acquis.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- La langue est une activité qui s’enrichit de ces inventions, et l’indicible d’hier se dit aujourd’hui.Humboldt, Introduction à l’œuvre sur le kavi
- Ce que l’œuvre produit est reçu, discuté, traduit : elle entre dans l’espace commun du sens.Ricœur, Sur la traduction
Si l’art élargit le dicible, une expérience restée sans œuvre et sans mots a-t-elle jamais eu un sens ?