Analyse des termes
Le sens commun oppose les paroles, qui ne coûtent rien, et les actes, qui changent le monde. Le sujet interroge cette opposition en montrant que certaines paroles sont elles-mêmes des actes.
Problématique
La parole est-elle un substitut de l’action, ou une de ses formes, voire sa condition ?
Le plan en trois parties
I
Parler paraît être le contraire d’agir
- Le discours peut remplacer l’action et dispenser de faire ce que l’on annonce.Platon, Gorgias
- Les mots décrivent un état de fait sans le modifier : dire n’est pas faire.Hobbes, Léviathan, I, 4
- La parole peut être fuite : on parle de ce qu’on n’ose pas vivre.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
TransitionCette opposition vaut pour les paroles qui décrivent, non pour celles qui engagent. Un « je promets » ne rapporte rien : il crée une obligation qui n’existait pas.
II
Mais certaines paroles sont des actes
- Promettre, baptiser, déclarer la guerre : l’énoncé accomplit ce qu’il énonce.Austin, Quand dire, c’est faire
- La parole publique est le mode propre de l’action politique, celui par lequel on apparaît aux autres.Arendt, Condition de l’homme moderne
- Le langage délibératif fonde la cité : sans lui, aucune décision commune.Aristote, Politique, I, 2
TransitionSi dire c’est parfois faire, tout dépend des conditions dans lesquelles la parole est prononcée et reçue. L’acte de parole n’a pas d’effet magique.
III
Parler et agir se conditionnent mutuellement
- L’efficacité d’une parole tient aux conditions sociales qui autorisent celui qui la prononce.Bourdieu, Ce que parler veut dire
- Une parole n’agit que si elle est reçue : son effet se joue chez celui qui écoute.Montaigne, Essais, III, 13
- L’action commune suppose une discussion préalable où chacun peut justifier ce qu’il propose.Habermas, Théorie de l’agir communicationnel
Ouverture
Si la parole agit, faut-il juger les discours comme on juge les actes, y compris devant un tribunal ?