La formule joue sur l’idée qu’en changeant de langue on change le sens ; traduire serait alors toujours infidèle. Le sujet oblige à préciser à quoi la traduction doit être fidèle.
La traduction manque-t-elle nécessairement le sens de l’original, ou invente-t-elle une fidélité d’un autre ordre ?
Le plan en trois parties
Traduire semble impossible sans perte
- Chaque langue découpe le monde autrement : rien ne garantit l’équivalence des unités.Saussure, Cours de linguistique générale
- La langue porte une vision du monde propre à une communauté historique.Humboldt, Introduction à l’œuvre sur le kavi
- Les catégories linguistiques orientent la pensée : les changer, c’est changer ce qui est pensé.Sapir et Whorf, hypothèse de la relativité linguistique
Mais la traduction se pratique et réussit
- Le fait de traduire prouve qu’un sens circule entre les langues, même sans équivalence terme à terme.Ricœur, Sur la traduction
- Les langues partagent des structures fondamentales qui rendent l’apprentissage et le passage possibles.Chomsky, Le Langage et la pensée
- Le sens tient à l’usage, et les usages se comparent d’une pratique à l’autre.Wittgenstein, Recherches philosophiques
La fidélité du traducteur n’est pas la copie
- Traduire, c’est accueillir l’étranger dans sa langue en acceptant un renoncement : une hospitalité, non un décalque.Ricœur, Sur la traduction
- Le traducteur produit une parole parlante : il invente l’expression qui manquait dans sa langue.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- La poésie, réputée intraduisible, oblige à recréer un effet plutôt qu’à transporter un contenu.Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?
Si traduire est accueillir, une machine qui traduit sans comprendre peut-elle être fidèle à autre chose qu’aux mots ?