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Lycée · Terminale · Philosophie

Le langage

Parole, pensée et vérité — la notion « le langage » au programme de Terminale

À propos de cette page
Ce lexique sur « Le langage » en terminale donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Langage, langue, parole : trois mots qu'on confond, Le langage est-il le propre de l'homme ?, D'où viennent les langues : nature ou convention ?, Le langage exprime-t-il la pensée ou la forme-t-il ?. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue des philosophes, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de dissertation. Les repères du programme (légal/légitime, en fait/en droit…) sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de terminale.

Langage

Faculté d'exprimer et de communiquer une pensée au moyen de signes articulés, universelle dans l'espèce humaine et indépendante de la langue particulière dans laquelle elle s'exerce.

Synonymes

  • Parole (sens large) — désigne la faculté chez les Anciens, là où le mot moderne insiste sur l'acte individuel
  • Logos — le terme grec unit langage et raison, ce que le français a séparé

Antonymes

  • Silence — peut être absence de langage, mais aussi un acte de langage à part entière — se taire, c'est répondre
  • Cri — exprime un état sans le signifier : il n'est adressé à personne en particulier

À ne pas confondre

  • Langue — le langage est la faculté, la langue le système hérité dans lequel elle s'exerce
  • Code — un code associe un signal fixe à une situation ; le langage combine librement ses unités et peut parler de l'absent

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : le logos désigne à la fois la parole, le compte et la raison — parler et penser ne se distinguent pas · Descartes : le langage devient le critère extérieur de la pensée, ce qui sépare l'homme de la machine animale · Saussure : le langage est décomposé en langue et parole, et devient objet de science · usage courant aujourd'hui : on parle du langage des fleurs, des maths, du corps, c'est-à-dire de tout système de signes.

Ce que le mot permet d'écrire — Ouvre la distinction fondatrice langage / langue / parole dès l'introduction. Permet de reformuler tout sujet en trois sujets distincts et de choisir lequel on traite : c'est le geste le mieux payé de la notion.

Langue

Système de signes partagé par une communauté, que l'individu reçoit sans pouvoir le modifier seul, et qui associe conventionnellement des sons à des concepts.

Synonymes

  • Idiome — insiste sur le caractère propre à un peuple, souvent avec une nuance d'étrangeté
  • Système linguistique — terme technique, neutre, qui efface la dimension héritée et affective de la langue

Antonymes

  • Parole — l'une est sociale et virtuelle, l'autre individuelle et actuelle
  • Langage formel — construit et univoque, il n'a ni histoire ni locuteurs natifs

À ne pas confondre

  • Dialecte — la différence est politique, non linguistique : une langue est un dialecte qui a un État
  • Nomenclature — une langue ne colle pas des étiquettes sur des choses déjà découpées, elle découpe elle-même le réel

Selon l'époque et le point de vue — Bible : Babel fait de la diversité des langues une punition et une perte · Leibniz : les langues sont « le meilleur miroir de l'esprit humain », leur diversité est une richesse à étudier · Herder et le romantisme : chaque langue porte le génie d'un peuple · Sapir et Whorf : la langue conditionne la perception du monde · usage courant : « avoir la langue bien pendue », où le mot glisse vers la parole.

Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable sur tous les sujets qui portent sur l'enfermement (« Sommes-nous prisonniers du langage ? ») : c'est la langue, non le langage, qui pourrait nous enfermer, et l'existence de la traduction est l'objection décisive.

Parole

Acte individuel par lequel un locuteur met en œuvre la langue dans une situation donnée, pour produire un énoncé singulier, éventuellement inédit.

Synonymes

  • Énonciation — terme linguistique qui insiste sur l'acte, non sur son contenu
  • Discours — suppose une suite organisée et un destinataire, là où une parole peut tenir en un mot

Antonymes

  • Mutisme — impuissance ou refus, quand le silence peut être choisi et signifiant
  • Violence — opposition non symétrique : la violence commence là où la parole cesse, elle n'en est pas le contraire logique

À ne pas confondre

  • Bavardage — parler pour ne rien dire est encore parler, mais sans engager celui qui parle
  • Écriture — l'écrit se détache de son auteur et survit à la situation, ce que Platon reprochait déjà au Phèdre

Selon l'époque et le point de vue — Grecs : la parole est au cœur de la cité, mais Platon la soupçonne quand elle devient rhétorique · Montaigne : « la parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l'écoute » — elle appartient à la relation · Austin : parler est une action, non une description · usage courant : « donner sa parole », où le mot désigne l'engagement lui-même.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert sur les sujets de maîtrise et de responsabilité (« Avons-nous la maîtrise de nos paroles ? ») : on répond que la parole nous échappe non par faiblesse, mais parce qu'elle est par nature adressée.

Signe

Réalité sensible qui en remplace une autre pour un sujet capable de l'interpréter ; il unit un signifiant, forme perceptible, et un signifié, concept associé.

Synonymes

  • Marque — chez Hobbes, une marque sert à se souvenir pour soi, un signe à communiquer à autrui
  • Indice — l'indice est causé par ce qu'il indique — la fumée, le feu —, le signe linguistique ne l'est pas

Antonymes

  • Chose — le propre du signe est de ne pas être ce qu'il désigne : confondre les deux est la définition de la magie
  • Présence — le signe ne prend son sens que de l'absence de la chose, qu'il permet d'évoquer

À ne pas confondre

  • Symbole — le symbole garde un lien motivé avec ce qu'il représente (la balance et la justice), le signe linguistique est arbitraire
  • Image — l'image ressemble, le signe ne ressemble pas — c'est pourquoi il peut dire l'abstrait

Selon l'époque et le point de vue — Stoïciens : première analyse du signe en signifiant, signifié et chose · Aristote : « les sons émis par la voix sont les symboles des états de l'âme » · Saussure : le signe est arbitraire et ne vaut que par ses différences avec les autres · Benveniste : arbitraire pour le linguiste, mais nécessaire pour le sujet parlant.

Ce que le mot permet d'écrire — Permet de fonder l'analyse au lieu de l'illustrer : dire ce qu'est un signe rend possible la thèse selon laquelle le langage nous coupe des choses autant qu'il nous y relie.

Symbole

Signe dont le rapport à ce qu'il représente n'est pas entièrement arbitraire, mais motivé par une analogie, une convention culturelle ou une histoire partagée.

Synonymes

  • Emblème — n'a qu'une fonction de représentation collective, sans profondeur de sens
  • Allégorie — développe le symbole en récit ou en image complète

Antonymes

  • Signe arbitraire — le mot arbre pourrait être remplacé, la colombe de la paix beaucoup moins facilement

À ne pas confondre

  • Signal — le signal déclenche une réaction (le feu rouge), le symbole appelle une interprétation
  • Métaphore — la métaphore est un écart ponctuel dans un discours, le symbole une association stabilisée par une culture

Selon l'époque et le point de vue — Grec sumbolon : tesson d'hospitalité brisé en deux, dont les moitiés se reconnaissent — le symbole est d'abord un signe de reconnaissance · Moyen Âge : le monde entier est lu comme un livre de symboles · Freud : les symboles du rêve traduisent des désirs refoulés · Cassirer : l'homme est un animal symbolicum.

Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour élargir la notion au-delà de la langue : rites, drapeaux, monnaie, mathématiques. Permet de répondre que le langage n'est qu'un système symbolique parmi d'autres, mais le seul qui puisse parler des autres.

Signification

Contenu conceptuel qu'un signe véhicule dans une langue donnée, indépendamment de ce qu'un locuteur veut dire en l'employant dans une situation particulière.

Synonymes

  • Sens — le sens est souvent contextuel et orienté, la signification stable et consignée au dictionnaire
  • Acception — désigne l'une des significations recensées d'un mot, non le fait de signifier

Antonymes

  • Non-sens — un énoncé grammaticalement correct peut n'avoir aucune signification
  • Référence — pas un contraire mais un autre plan : deux expressions de sens différents peuvent désigner la même chose

À ne pas confondre

  • Dénotation / connotation — la première est le sens neutre partagé, la seconde la charge affective ou idéologique qui s'y ajoute
  • Usage — pour le second Wittgenstein, il n'y a pas de signification derrière l'usage : la signification est l'usage

Selon l'époque et le point de vue — Locke : les mots signifient les idées de celui qui parle, d'où les malentendus · Frege : distinction du sens et de la dénotation · Wittgenstein I : la proposition est une image logique du fait · Wittgenstein II : « la signification d'un mot est son usage dans le langage ».

Ce que le mot permet d'écrire — Arme contre les sujets sur la communication : on montre que se comprendre ne consiste pas à transférer un contenu, mais à partager un usage — ce qui explique à la fois les malentendus et leur réparation.

Communication

Transmission d'une information d'un émetteur à un récepteur au moyen d'un code commun ; le langage la rend possible, mais ne s'y réduit pas.

Synonymes

  • Information — purement quantitative et sans destinataire déterminé, elle ignore l'intention de dire
  • Échange — suppose la réciprocité, que la communication technique n'exige pas

Antonymes

  • Expression — on peut s'exprimer sans s'adresser à personne, comme dans un journal intime
  • Malentendu — n'est pas l'échec de la communication mais sa condition ordinaire, que la parole corrige peu à peu

À ne pas confondre

  • Langage — les animaux communiquent sans parler : la communication est un genre, le langage une espèce
  • Dialogue — communiquer, c'est transmettre ; dialoguer, c'est accepter d'être modifié par la réponse

Selon l'époque et le point de vue — Antiquité : la parole est d'emblée politique, elle sert à délibérer, non à informer · Shannon et Weaver (1948) : modèle technique émetteur-canal-récepteur, sans aucune place pour le sens · Benveniste : le langage sert d'abord à instituer un sujet et un interlocuteur · usage courant : « les communicants », où le mot glisse vers la persuasion.

Ce que le mot permet d'écrire — Clé du sujet tombé en 2022 (« Le langage ne sert-il qu'à communiquer ? ») : on liste les autres fonctions — penser, promettre, séduire, instituer, se constituer comme sujet — pour refuser le réductionnisme.

Concept

Représentation générale et abstraite qui rassemble sous une même unité une pluralité d'objets ou d'expériences, et que le mot fixe et rend transmissible.

Synonymes

  • Notion — plus vague, elle n'exige pas la définition rigoureuse que le concept suppose
  • Idée générale — vocabulaire empiriste : l'idée est dans un esprit, le concept est partageable

Antonymes

  • Intuition — saisie immédiate et singulière, sans médiation du signe
  • Perception — porte sur cet objet-ci, ici et maintenant, quand le concept vaut pour tous les cas

À ne pas confondre

  • Mot — le mot est le support sensible, le concept le contenu pensé : plusieurs langues, un seul concept
  • Image — on ne peut se faire l'image d'un triangle en général, mais on peut en avoir le concept

Selon l'époque et le point de vue — Platon : le nom vise l'Idée, réalité stable derrière les apparences · Aristote : le concept abstrait la forme commune à partir des individus · Hegel : le concept n'est atteint que dans le mot, qui nie la singularité sensible · Nietzsche : tout concept naît de l'oubli des différences entre cas non identiques.

Ce que le mot permet d'écrire — Permet d'expliquer pourquoi le langage manque nécessairement le singulier : il ne s'agit pas d'un défaut réparable de vocabulaire, mais de la structure même du concept. Sert sur Bergson comme sur Hegel.

Métaphore

Transport du sens d'un mot hors de son domaine propre, par lequel on désigne une chose au moyen du nom d'une autre en vertu d'une analogie.

Synonymes

  • Image — terme général de la critique littéraire, sans l'idée de transport qu'indique l'étymologie
  • Analogie — l'analogie est un rapport de proportion raisonné, la métaphore un usage de la langue

Antonymes

  • Sens propre — mais Nietzsche conteste qu'il y ait un sens propre : il n'y aurait que des métaphores usées
  • Univocité — exigée dans les langues scientifiques, qui proscrivent le double sens

À ne pas confondre

  • Comparaison — la comparaison garde le mot-outil et l'écart visible, la métaphore les supprime
  • Catachrèse — les pieds d'une table sont une métaphore morte, que plus personne ne perçoit comme telle

Selon l'époque et le point de vue — Aristote, Poétique : bien métaphoriser est le signe d'un don naturel, car c'est apercevoir le semblable · Rousseau : le premier langage fut figuré, le mot propre vient après · Nietzsche : la vérité est « une multitude mouvante de métaphores » oubliées · Ricœur : la métaphore vive crée du sens, elle n'orne pas.

Ce que le mot permet d'écrire — Décisive sur « Le langage peut-il être fidèle à la réalité ? » : si tout mot abstrait est une métaphore usée, la fidélité du langage n'est pas un idéal manqué mais une illusion rétrospective.

Rhétorique

Art de bien parler, c'est-à-dire de disposer les moyens propres à emporter l'adhésion d'un auditoire, indépendamment de la vérité de ce qui est soutenu.

Synonymes

  • Éloquence — désigne le talent effectif, la rhétorique l'art enseignable qui le forme
  • Art oratoire — restreint au discours public, quand la rhétorique vaut aussi pour l'écrit

Antonymes

  • Dialectique — chez Platon, la dialectique cherche le vrai avec un interlocuteur, la rhétorique l'assentiment d'une foule
  • Démonstration — contraint par la seule nécessité des raisons, sans égard pour l'auditoire

À ne pas confondre

  • Sophistique — la rhétorique peut servir le vrai, la sophistique se définit par l'indifférence au vrai
  • Propagande — la propagande supprime la possibilité de la réponse, la rhétorique la suppose

Selon l'époque et le point de vue — Sophistes : enseigner à rendre forte la thèse faible · Platon, Gorgias : la rhétorique est une flatterie, un savoir-faire sans savoir · Aristote : réhabilitation, la rhétorique est l'art de trouver les moyens de persuader sur les affaires humaines, où la démonstration est impossible · Pascal : persuader, c'est agréer autant que convaincre.

Ce que le mot permet d'écrire — Au cœur de « Débattre, est-ce chercher la vérité ? » et de « Peut-on parler sans savoir ? ». Permet d'éviter la condamnation naïve : sans rhétorique, le vrai reste sans force dans la cité.

Sophisme

Raisonnement qui a l'apparence de la rigueur mais viole une règle logique, employé pour tromper l'auditeur ou le réduire au silence.

Synonymes

  • Paralogisme — même erreur, mais commise de bonne foi : la différence est dans l'intention
  • Argument fallacieux — formulation moderne, souvent appliquée aux procédés rhétoriques plus qu'aux formes logiques

Antonymes

  • Syllogisme valide — conserve la vérité des prémisses à la conclusion
  • Réfutation — le sophisme simule la réfutation sans l'accomplir

À ne pas confondre

  • Mensonge — le menteur affirme le faux, le sophiste rend le faux démontrable
  • Erreur — l'erreur est subie, le sophisme est fabriqué

Selon l'époque et le point de vue — Aristote consacre aux sophismes un traité entier, les Réfutations sophistiques · Platon montre dans l'Euthydème des sophistes prouvant n'importe quoi · Âge classique : la logique devient l'art d'éviter les pièges du langage ordinaire · aujourd'hui : les biais argumentatifs de la vie publique en sont la version ordinaire.

Ce que le mot permet d'écrire — Montre que le langage peut produire une contrainte sans vérité. Utile en deuxième partie pour établir que la force d'un discours ne prouve rien de son contenu.

Performatif

Énoncé qui accomplit l'acte qu'il énonce au moment où il est prononcé, et qui n'est donc ni vrai ni faux, mais réussi ou manqué selon les circonstances.

Synonymes

  • Acte de langage — catégorie plus large, qui inclut aussi les énoncés descriptifs en tant qu'actes

Antonymes

  • Constatif — décrit un état de choses et peut être dit vrai ou faux — c'est le couple qu'Austin oppose

À ne pas confondre

  • Promesse non tenue — l'acte a bien eu lieu : c'est même parce qu'il a eu lieu qu'on peut reprocher de ne pas l'avoir tenue
  • Ordre — l'ordre vise une action future d'autrui, le performatif accomplit l'acte sur-le-champ

Selon l'époque et le point de vue — Austin, conférences de 1955, Quand dire, c'est faire : découverte du performatif, puis généralisation à tout énoncé · Searle : typologie des actes de langage · Bourdieu objecte que l'efficacité vient de l'autorité sociale du locuteur, non des mots · droit : le contrat, le jugement, le serment sont des performatifs institués.

Ce que le mot permet d'écrire — Retourne les sujets qui opposent parler et agir. Sur « Le langage ne sert-il qu'à communiquer ? », il fournit la troisième partie toute faite : parler, c'est instituer.

Ineffable

Ce qui ne peut être dit — soit parce qu'aucun mot n'en existe, soit parce que la nature même du signe, toujours général, en interdit l'expression.

Synonymes

  • Indicible — simple constat d'impuissance, sans la connotation sacrée de l'ineffable
  • Inexprimable — porte sur l'expression en général, y compris non verbale

Antonymes

  • Articulable — ce qui peut être décomposé en unités et donc formulé
  • Communicable — on peut parfois faire éprouver sans pouvoir dire, par la musique ou le poème

À ne pas confondre

  • Tacite — ce qui n'est pas dit parce qu'il est entendu, non parce qu'il ne peut l'être
  • Silence — le silence peut être plein de sens, l'ineffable est un manque du langage

Selon l'époque et le point de vue — Mystiques : Dieu est au-delà de tout nom, la théologie n'en dit que ce qu'il n'est pas · Bergson : les états de conscience sont inexprimables parce que mouvants et singuliers · Wittgenstein : « ce dont on ne peut parler, il faut le taire » — l'indicible existe mais se montre · Adorno et la question de dire l'extermination.

Ce que le mot permet d'écrire — Nourrit la deuxième partie de « Le langage peut-il exprimer ce que nous vivons ? ». La réponse forte consiste à opposer la poésie : elle ne sort pas de la langue, elle en force les limites.

Dialogue

Échange réglé de paroles entre deux interlocuteurs qui acceptent d'être modifiés par la réponse de l'autre, et où la vérité se cherche à deux plutôt qu'elle ne s'assène.

Synonymes

  • Discussion — peut viser une décision commune plutôt que le vrai
  • Entretien — suppose une asymétrie — un interrogeant, un interrogé

Antonymes

  • Monologue — n'attend aucune réponse et ne s'expose à aucune réfutation
  • Polémique — vise à vaincre l'adversaire, non à examiner la thèse

À ne pas confondre

  • Négociation — on y cherche un compromis entre des intérêts, non l'accord sur le vrai
  • Conversation — peut n'avoir d'autre but que le plaisir d'être ensemble

Selon l'époque et le point de vue — Socrate : la dialectique est l'art d'accoucher les esprits par questions et réponses · Platon écrit en dialogues, contre la rhétorique continue des sophistes · Modernes : le dialogue devient forme littéraire (Diderot) · Habermas : l'éthique de la discussion fonde la norme sur l'accord des participants argumentant librement.

Ce que le mot permet d'écrire — Cœur des sujets 2026 sur le débat et la vérité. Permet d'introduire la distinction décisive entre l'éristique, qui veut vaincre, et la dialectique, qui accepte d'avoir tort.

Les repères du programme

Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.

Persuader / convaincre

Persuader, c'est obtenir l'adhésion par tous les moyens, y compris affectifs, en s'adressant à ce que l'auditeur a de particulier ; convaincre, c'est l'obtenir par des raisons que tout esprit rationnel pourrait reprendre à son compte.

Ce qu'il débloque — Débloque tous les sujets qui portent sur la valeur de la parole publique : la rhétorique, le débat, l'éloquence, la manipulation. Il déplace la question de l'efficacité vers celle de la légitimité.

Exemple — Sur « Débattre, est-ce chercher la vérité ? », il permet de montrer qu'un débat gagné n'est pas un débat conclu : l'orateur du Gorgias persuade sans savoir, quand Socrate ne convainc qu'en acceptant d'être réfuté.

Universel / général / particulier / singulier

L'universel vaut pour tous les cas sans exception et en droit ; le général vaut pour la plupart, par constatation ; le particulier vaut pour une partie ; le singulier ne vaut que pour cet être-ci, unique.

Ce qu'il débloque — Sert à formuler rigoureusement le reproche fait au langage : il ne manque pas le particulier, qu'il dit fort bien, il manque le singulier, parce que tout mot est un concept.

Exemple — Sur « Le langage peut-il exprimer ce que nous vivons ? », il permet de transformer l'impression vague d'un manque de mots en thèse : dire douleur, c'est ranger ma douleur sous un universel qu'elle partage avec toutes les autres.

Origine / fondement

L'origine est le commencement dans le temps, ce dont une réalité est issue en fait ; le fondement est ce qui la justifie en droit, indépendamment de son histoire.

Ce qu'il débloque — Évite la faute la plus fréquente de la notion, qui consiste à croire qu'en racontant la naissance des langues on a dit ce qui fait leur valeur ou leur autorité.

Exemple — Sur l'origine du langage, Rousseau montre que les premières langues furent passionnelles — mais cela ne fonde en rien la légitimité de la langue savante d'aujourd'hui, qui se juge à sa rigueur.

Contingent / nécessaire / possible

Est contingent ce qui est mais aurait pu ne pas être ; nécessaire ce qui ne peut pas ne pas être ; possible ce dont l'existence n'implique pas contradiction.

Ce qu'il débloque — Donne sa formulation exacte à l'arbitraire du signe : le lien entre un son et un concept est contingent pour le linguiste, mais vécu comme nécessaire par celui qui parle.

Exemple — Sur « Sommes-nous prisonniers du langage ? », il permet de répondre que la langue est une contrainte contingente, donc historique, donc modifiable — ce que prouve l'existence même des néologismes et des traductions.

Croire / savoir

Croire, c'est tenir pour vrai sans preuve suffisante, avec une adhésion qui peut être ferme ; savoir, c'est tenir pour vrai avec des raisons que l'on peut produire et soumettre à autrui.

Ce qu'il débloque — Indispensable dès qu'un sujet met en rapport la parole et la compétence de celui qui parle : on peut parler avec assurance sans savoir, et savoir sans pouvoir dire.

Exemple — Sur « Peut-on parler sans savoir ? », il permet le plan entier : l'orateur du Gorgias parle sans savoir et le fait remarquer, l'enfant apprend la langue avant d'en connaître les règles, et Socrate ne sait qu'une chose, qu'il ne sait rien — ce qui ne l'empêche pas de parler.

Médiat / immédiat

Est immédiat ce qui est donné sans intermédiaire ; est médiat ce qui n'est atteint qu'à travers un terme tiers, ici le signe.

Ce qu'il débloque — Formule la thèse centrale du chapitre : le langage est une médiation, et toute médiation à la fois relie et sépare.

Exemple — Sur « Le langage peut-il être fidèle à la réalité ? », Bergson soutient que nous lisons les étiquettes au lieu de voir les choses ; on répond que sans cette médiation, il n'y aurait pas de perception d'un monde commun, mais une suite d'impressions incommunicables.

Identité / égalité / différence

L'identité est le rapport d'une chose à elle-même ; l'égalité une équivalence sous un rapport déterminé ; la différence ce qui distingue deux termes sans les hiérarchiser.

Ce qu'il débloque — Rend intelligible la thèse la plus technique de la notion, celle de la valeur différentielle : un signe ne vaut pas par ce qu'il contient, mais par ce que les autres ne sont pas.

Exemple — Saussure écrit que « dans la langue il n'y a que des différences sans termes positifs » : mouton et sheep n'ont pas la même valeur parce que l'anglais dispose en outre de mutton pour la viande.

Expliquer / comprendre

Expliquer, c'est rapporter un phénomène à ses causes selon des lois ; comprendre, c'est saisir un sens, donc l'intention d'un sujet qui a voulu dire quelque chose.

Ce qu'il débloque — Sépare l'étude scientifique du langage de l'interprétation des discours, et justifie qu'on ne traite pas un poème comme on traite un signal.

Exemple — On explique l'évolution phonétique d'un mot par des lois régulières ; on ne comprend un texte qu'en cherchant ce que son auteur a voulu y dire, et le sens excède toujours ce que la grammaire seule permet d'en déduire.

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