Exprimer, c’est faire passer au-dehors une intériorité : le sujet oppose la généralité des mots à la singularité du vécu. « Ce que nous vivons » désigne l’émotion, la douleur, l’amour, que nous disons souvent indicibles.
Les mots peuvent-ils dire le singulier vécu, ou le manquent-ils nécessairement en le rendant général ?
Le plan en trois parties
Le vécu semble résister aux mots
- Le mot brutal, commun et stable, écrase les impressions délicates de la conscience individuelle.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- Ce qui se montre sans pouvoir se dire appelle le silence plutôt que le discours.Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus
- Le mot est toujours en retard sur la chose vécue, parce qu’il vient d’un stock déjà constitué.Saussure, Cours de linguistique générale
Mais sans les mots, il n’y aurait pas d’expérience à exprimer
- Le langage donne à l’émotion confuse une forme que la conscience peut reprendre.Hegel, Encyclopédie, Philosophie de l’esprit
- Le premier langage fut figuré et passionné : il est né pour dire ce que nous éprouvons.Rousseau, Essai sur l’origine des langues
- C’est en disant « je » que l’on s’approprie ce que l’on vit au lieu de le subir.Benveniste, Problèmes de linguistique générale
Exprimer, c’est créer la parole qui manquait
- La parole parlante invente une expression neuve là où la langue disponible ne suffit pas.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- La poésie ne communique pas un sens déjà là : elle fait entendre ce qu’aucune prose ne dirait.Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?
- Une langue est une activité, non un stock : elle s’élargit de l’effort de chacun pour se dire.Humboldt, Introduction à l’œuvre sur le kavi
Si l’expression est une invention, l’œuvre d’art est-elle un autre langage, ou le langage porté à sa limite ?