Le langage peut libérer en donnant accès au général, à l’absent, à la délibération commune ; il peut asservir en imposant des catégories et des formules héritées. Le sujet demande quel est l’effet dominant.
Le langage est-il l’instrument de notre libération, ou la forme la plus subtile de notre dépendance ?
Le plan en trois parties
Le langage libère
- Le signe arrache au présent sensible et permet de délibérer avant d’agir.Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
- Le logos permet de discuter du juste et de l’injuste, donc de vivre politiquement.Aristote, Politique, I, 2
- La parole crée l’espace public où chacun apparaît comme un être singulier.Arendt, Condition de l’homme moderne
Mais il assujettit aussi
- La langue oblige à dire d’une certaine façon, et l’on ne choisit pas ses catégories.Barthes, Leçon
- Les positions sociales pèsent sur ce que chacun peut dire et se faire entendre.Bourdieu, Ce que parler veut dire
- Une part du discours du sujet obéit à des lois qu’il ignore.Lacan, Écrits
La liberté se gagne dans le langage, par un certain usage
- Inventer sa parole plutôt que répéter la parole reçue est l’acte libre par excellence.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- Repérer les mots qui pensent à notre place est le premier geste d’affranchissement.Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich
- En disant « je », le sujet se donne comme auteur de ses propos et non comme porte-voix.Benveniste, Problèmes de linguistique générale
Si la liberté est un usage du langage, une société peut-elle être libre sans que ses citoyens apprennent à parler ?