Le sujet met en jeu le rapport du dicible et de l’être : ce qui échappe au langage est-il rien, ou seulement innommé ? Il faut distinguer l’inexprimé, l’inexprimable de fait et l’indicible de droit.
Faut-il tenir le langage pour la mesure de ce qui est, ou admettre un réel qui excède tout énoncé possible ?
Le plan en trois parties
Ce qui ne se dit pas semble ne pas exister pour nous
- Les limites de ma langue sont les limites de mon monde : hors d’elles, rien n’a de place.Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus
- Sans langue, la pensée n’est qu’une masse indistincte : rien n’y est un objet.Saussure, Cours de linguistique générale
- C’est dans les mots que nous pensons : ce qui reste hors d’eux demeure une brume.Hegel, Encyclopédie, Philosophie de l’esprit
Mais beaucoup de ce qui est ne se laisse pas dire
- La durée vécue, continue et singulière, ne passe pas dans les mots qui la découpent.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- Il y a de l’inexprimable, qui se montre : c’est le mystique.Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus
- Le langage est une grille de métaphores : ce qu’elle ne retient pas n’en est pas moins réel.Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral
L’indicible est une frontière mobile, non une région séparée
- La parole créatrice conquiert sans cesse sur l’inexprimé ce que la langue reçue ne disait pas.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- Une langue est une activité en expansion : ce qu’elle ne dit pas encore, elle peut apprendre à le dire.Humboldt, Introduction à l’œuvre sur le kavi
- Le repère en fait / en droit permet de distinguer ce qui n’est pas encore dit de ce qui ne pourrait jamais l’être.Repère en fait / en droit
Si la frontière du dicible recule, que faut-il conclure des expériences dont aucune époque n’a jamais réussi à parler ?