« Pouvoir » recouvre ici trois sens : la capacité du langage à tout exprimer, le droit de tout énoncer, et la convenance de le faire. Le sujet croise ainsi une question linguistique et une question morale et politique.
Le langage a-t-il des limites internes qui l’empêchent de tout dire, ou ses seules limites viennent-elles des règles que nous nous donnons ?
Le plan en trois parties
Le langage ne peut pas tout dire
- Ce dont on ne peut parler, il faut le taire : certaines choses se montrent sans s’énoncer.Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus
- Le vécu singulier est écrasé par les mots communs qui prétendent le rendre.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- Les langues n’ont pas toutes les mêmes ressources, et aucune n’est complète.Ricœur, Sur la traduction
Mais ces limites sont moins linguistiques que sociales
- La langue n’empêche pas de dire, elle oblige à dire d’une certaine manière : la contrainte est en elle.Barthes, Leçon
- Un pouvoir peut appauvrir le vocabulaire pour rendre certaines pensées difficiles à formuler.Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich
- Le droit à la parole est inégalement distribué : tout le monde ne peut pas tout dire, socialement.Bourdieu, Ce que parler veut dire
Tout dire n’est pas un idéal, c’est une question de responsabilité
- Dire, c’est faire : une parole peut blesser, humilier, engager, donc doit être jugée comme un acte.Austin, Quand dire, c’est faire
- Le repère légal / légitime permet de distinguer ce qui est permis et ce qui est juste de dire.Repère légal / légitime
- La parole n’appartient qu’à moitié à celui qui parle : dire suppose de tenir compte de celui qui reçoit.Montaigne, Essais, III, 13
Si la parole est un acte, une société libre est-elle celle où l’on peut tout dire, ou celle où l’on sait pourquoi l’on se tait ?