Maîtriser, c’est décider de ce que l’on dit, du sens que l’on émet et de l’effet produit. Le sujet met en tension l’expérience ordinaire d’un sujet qui choisit ses mots et le constat que la parole échappe : au moment où elle est dite, puis au moment où elle est reçue.
Parler est-il un acte dont nous sommes les auteurs, ou l’exercice d’une puissance qui nous traverse et nous déborde ?
Le plan en trois parties
Parler semble être l’acte volontaire par excellence
- Répondre à propos, à toute situation nouvelle, atteste une raison qui dispose de ses mots.Descartes, Discours de la méthode, V
- Les mots sont des signes institués que nous choisissons pour signifier nos idées.Locke, Essai sur l’entendement humain
- Dire, c’est engager sa personne : promettre, s’excuser, jurer sont des actes assumés.Austin, Quand dire, c’est faire
Mais la parole échappe à celui qui la prononce
- Le lapsus et le mot d’esprit montrent qu’un autre discours parle en nous.Lacan, Écrits
- Le mot commun écrase la nuance vécue : je dis moins et autre chose que ce que j’éprouve.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- La langue n’oblige pas seulement à ne pas dire, elle oblige à dire d’une certaine façon.Barthes, Leçon
La maîtrise est une conquête, jamais une propriété
- La parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l’écoute : son sens se fait à deux.Montaigne, Essais, III, 13
- La valeur d’une parole dépend de l’autorité sociale reconnue à celui qui la porte.Bourdieu, Ce que parler veut dire
- Reprendre la main, c’est travailler sa parole comme une expression à inventer, non comme un stock à répéter.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
Si l’on ne maîtrise jamais entièrement ses paroles, jusqu’où peut-on être tenu responsable de ce que l’on a dit ?