Le silence est d’abord l’absence de parole ; pourtant il signifie souvent quelque chose, et parfois plus que les mots. Le sujet demande si le fait de signifier suffit à faire un langage.
Le silence signifie-t-il par lui-même, ou seulement sur le fond d’un langage qui lui donne sa valeur ?
Le plan en trois parties
Le silence signifie
- Se taire peut être un acte : le refus de répondre engage autant qu’une réponse.Austin, Quand dire, c’est faire
- Ce qui ne peut être dit se montre : le silence est parfois la seule attitude exacte.Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus
- L’ineffable du vécu appelle un silence qui respecte ce que les mots abîmeraient.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
Mais un langage suppose un système, ce que le silence n’a pas
- Une langue est un système d’unités qui se déterminent les unes par les autres : le silence n’en a pas.Saussure, Cours de linguistique générale
- Il n’y a langage humain que là où l’on peut répondre, reformuler, contredire.Benveniste, Problèmes de linguistique générale
- Le sens du silence dépend entièrement du contexte, faute de règle stable.Wittgenstein, Recherches philosophiques
Le silence est un moment du langage, non un autre langage
- Il ne signifie que pour qui attendait une parole : il se détache sur un fond de discours.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- Le silence imposé est un rapport de force, non une signification libre.Bourdieu, Ce que parler veut dire
- Le silence du poème fait partie de son dire : l’écart entre les mots est signifiant.Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?
Si le silence tire son sens de la parole, le silence de celui à qui l’on a interdit de parler signifie-t-il encore quelque chose ?