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Le langage

Parole, pensée et vérité — la notion « le langage » au programme de Terminale

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Le langage

Fiche méthode : dissertation et explication de texte

(Philosophie Terminale · Notion : le langage)

La démarche pour tout sujet sur le langage

1. J’analyse les termes. Je distingue le langage (la faculté), la langue (le système social reçu) et la parole (l’acte individuel), puis je dis lequel des trois le sujet met en jeu ; je pèse chaque mot (« peut-on », « faut-il », « ne… que »).

2. Je formule le problème. Deux réponses défendables s’opposent ; je les écris sous forme d’une question qui les met en tension.

3. Je construis trois moments. Chaque partie naît d’une difficulté laissée par la précédente, avec des auteurs exactement attribués.

4. Je conclus. Bilan, réponse explicite au problème, ouverture.

Le réflexe — je nomme l’alternative entre le langage comme instrument d’une pensée déjà faite et le langage comme ce qui forme la pensée : c’est elle qui transforme une conversation en problème.

Cas 1 · Problématiser un sujet sur le langage

Réflexe — je repère à quel niveau le sujet se place (faculté, langue ou parole) et j’oppose deux réponses défendables.

Exemple. « Sommes-nous prisonniers du langage ? »

Le sujet change de sens selon le niveau visé : la faculté (on ne pense pas sans signes), la langue (ma langue m’impose-t-elle une vision du monde, comme le soutiennent Sapir et Whorf ?), la parole (liberté d’expression, censure). D’un côté, la langue est un système social que l’individu ne peut ni inventer ni modifier seul ; de l’autre, la parole peut dire ce que personne n’a peut-être jamais dit.

Problème : le langage est-il la clôture de notre pensée, ou la condition qui lui permet de déplacer ses propres frontières ?

Attention — « prisonnier » suppose une clôture subie : je ne réponds pas sur la seule censure, qui concerne la parole et non le langage.

Cas 2 · Construire le plan

Réflexe — le mouvement le plus sûr : I. discuter pour savoir (Socrate) ; II. débattre pour vaincre (Gorgias, Pascal) ; III. la discussion comme épreuve sans violence (Habermas, Arendt).

Exemple. « Débattre, est-ce chercher la vérité ? »

I. Discuter, c’est s’exposer à être réfuté : la dialectique de Socrate veut savoir, quand l’éristique veut vaincre.

II. Mais le débat peut être un rapport de forces : la rhétorique du Gorgias fabrique la conviction sans la vérité, et Pascal rappelle que persuader consiste autant à agréer qu’à convaincre.

III. Certaines vérités, un théorème ou un résultat d’expérience, s’imposent sans accord ; la discussion n’est donc pas un moyen de produire le vrai, mais la seule épreuve à laquelle nos opinions puissent être soumises sans violence.

Attention — chaque partie doit naître d’une difficulté laissée par la précédente : le repère persuader / convaincre fournit ici la transition entre I et II.

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Cas 3 · Mobiliser un auteur

Réflexe — thèse exactement attribuée, puis argument, puis exemple analysé, puis limite qui fait avancer le devoir.

Exemple. Utiliser Descartes dans une partie sur le propre de l’homme.

Thèse : la capacité de combiner librement des mots pour former des énoncés nouveaux est le seul signe certain d’une pensée (Discours de la méthode, cinquième partie).

Argument : ce n’est pas l’organe qui manque aux bêtes, puisque la pie et le perroquet articulent des sons, c’est la pensée.

Exemple analysé : le perroquet répète une phrase apprise ; le plus démuni des hommes, lui, compose une phrase que personne ne lui a apprise.

Limite : le critère est extérieur et comportemental : il permet de refuser la pensée aux bêtes, mais laisse entière la question de leur sensibilité, que Descartes ramène au mécanisme de la machine animale.

Attention — un exemple personnel ne prouve rien : un exemple précis, analysé, tiré de l’histoire, des sciences ou de la littérature.

Cas 4 · Expliquer un texte sur le langage

Réflexe — je dégage la thèse du texte, la thèse qu’il combat, puis j’explique chaque concept dans l’ordre du texte.

Exemple. Merleau-Ponty : « La parole, chez celui qui parle, ne traduit pas une pensée déjà faite, mais l’accomplit. »

Thèse : la parole n’habille pas une pensée achevée ; c’est en parlant que la pensée s’achève et se découvre elle-même.

Thèse combattue : l’instrumentalisme, qui se représente le langage comme un vêtement et les mots comme des étiquettes posées sur des idées (Locke).

Concept à expliquer : « accomplit » : chercher son mot, ce n’est pas traduire, c’est achever de penser ; l’écrivain qui rature fabrique l’idée en cherchant.

Attention — Merleau-Ponty ne nie pas l’expérience du silence : il refuse l’idée d’une pensée intégralement constituée avant son expression.

Cas 5 · Éviter les contresens

Réflexe — avant d’écrire une thèse, je vérifie qu’elle ne tombe pas dans le contresens classique sur l’auteur.

Exemple. Trois contresens fréquents.

Saussure : arbitraire ne veut pas dire libre ; le mot est immotivé par rapport à la chose, mais le locuteur ne choisit rien, il reçoit sa langue.

Wittgenstein ne nie pas qu’il y ait de l’indicible : l’éthique, l’esthétique, le sens du monde en relèvent ; il interdit seulement d’en bavarder.

Barthes : le mot « fasciste » est une provocation qui nomme une contrainte structurelle, non une thèse politique sur les langues.

Les pièges

  • Confondre langage, langue et parole.
  • Confondre l’origine et le fondement : savoir comment les langues sont apparues ne dit rien de ce qui les rend valides aujourd’hui.
  • Transformer la partie sur le pouvoir des mots en réquisitoire : si toute parole était manipulation, la dénonciation de la manipulation en serait une aussi.
  • Présenter Orwell ou Sapir comme une démonstration : la version forte de la thèse, on ne pense que ce que sa langue permet, reste discutée.

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