Mentir, c’est dire autre chose que ce que l’on croit vrai avec l’intention de tromper ; cela suppose de pouvoir dissocier le dit et le pensé. Le sujet demande si cette possibilité tient à la nature du langage.
Le mensonge est-il un accident du langage, ou la conséquence même de ce qui fait sa puissance ?
Le plan en trois parties
Le langage est fait pour dire le vrai
- Le nom sert à distinguer le réel : son emploi correct est premier, son détournement second.Platon, Cratyle
- Le vrai et le faux sont dans les énoncés : le langage est le lieu même où la vérité se dit.Hobbes, Léviathan, I, 4
- Communiquer suppose une présomption de sincérité, sans laquelle aucune parole ne serait reçue.Habermas, Théorie de l’agir communicationnel
Mais c’est le langage qui rend le mensonge possible
- L’arbitraire du signe permet de dire l’absent, donc de dire ce qui n’est pas.Saussure, Cours de linguistique générale
- Le signe institué détache le dit de la situation vécue : c’est là que loge le mensonge.Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
- La rhétorique exploite cet écart pour faire croire ce qu’elle ne sait pas.Platon, Gorgias
Mentir suppose plus qu’un langage : un sujet et un autre
- Mentir, c’est se poser comme sujet qui sait et vise un autre sujet : la structure « je-tu » y est requise.Benveniste, Problèmes de linguistique générale
- Le mensonge est un acte de parole, donc engage une responsabilité et non une simple erreur.Austin, Quand dire, c’est faire
- Se tromper soi-même est aussi possible : nous croyons vrais des mots qui ne sont que des métaphores usées.Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral
Si mentir suppose de savoir le vrai, le menteur est-il plus lucide que celui qui se raconte des histoires ?