Dire que le langage est le propre de l’homme, c’est affirmer qu’il n’appartient qu’à lui et qu’il le définit. Le sujet suppose d’examiner à la fois les prétendants — animaux, machines — et la valeur d’un tel critère.
Le langage définit-il l’humanité, ou n’est-il qu’un trait distinctif parmi d’autres, que d’autres êtres pourraient partager ?
Le plan en trois parties
Le langage distingue l’homme de tout autre être connu
- Seul l’homme dispose du logos qui lui permet de débattre du juste, et non seulement de signaler ses états.Aristote, Politique, I, 2
- Aucun animal ne répond au sens de ce qu’on lui dit dans une situation inédite.Descartes, Discours de la méthode, V
- Le code animal ne connaît ni dialogue ni relais : il n’a pas la structure du langage.Benveniste, Problèmes de linguistique générale
Mais ce critère est plus fragile qu’il n’y paraît
- Si le langage n’était qu’un moyen de communiquer, il n’aurait rien d’exclusivement humain.Nietzsche, Le Gai Savoir, § 354
- Les signes institués ont une genèse : le langage est un acquis, non une essence donnée.Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
- Des systèmes peuvent produire des énoncés corrects sans rien signifier : l’efficacité n’est pas la parole.Wittgenstein, Recherches philosophiques
Le langage est moins une propriété qu’une condition d’humanité
- C’est dans et par le langage que l’homme se constitue comme sujet : il n’a pas le langage, il l’est.Benveniste, Problèmes de linguistique générale
- La capacité de former des phrases inédites relève d’une structure propre à l’espèce.Chomsky, Le Langage et la pensée
- Parler devant d’autres, c’est apparaître comme un individu unique dans un monde commun.Arendt, Condition de l’homme moderne
Si le langage constitue le sujet, faut-il dire d’une machine qui dit « je » qu’elle parle, ou qu’elle imite ?