Penser peut signifier se représenter, calculer, juger ; le langage, un système de signes articulés. Le sujet se joue sur l’existence ou non d’une pensée déterminée antérieure aux mots.
Le langage est-il le vêtement d’une pensée qui existerait sans lui, ou la condition même de la pensée déterminée ?
Le plan en trois parties
Des formes de pensée semblent se passer de mots
- L’image, le geste et le cri précèdent la langue instituée dans l’histoire de l’esprit.Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines
- Le vécu immédiat est saisi sans l’intermédiaire des mots, et s’altère quand on le nomme.Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience
- Une part de ce que nous comprenons se montre sans pouvoir s’énoncer.Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus
Mais une pensée sans mots reste indéterminée
- C’est dans les mots que nous pensons : hors d’eux, la pensée n’a pas de contours.Hegel, Encyclopédie, Philosophie de l’esprit
- Sans langue, la pensée est une masse amorphe que rien ne découpe en unités.Saussure, Cours de linguistique générale
- Le langage est ce qui rend possible la pensée, non un habit ajouté après coup.Benveniste, Problèmes de linguistique générale
Penser, c’est travailler dans le langage et contre lui
- Penser, c’est maîtriser des usages réglés, et non contempler des idées silencieuses.Wittgenstein, Recherches philosophiques
- La pensée neuve naît quand la parole force la langue disponible à dire davantage.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- Toute langue est une énergie en acte : penser, c’est participer à son mouvement.Humboldt, Introduction à l’œuvre sur le kavi
Si penser suppose une langue, comment expliquer que nous changions de langue sans cesser d’être nous-mêmes ?