On attribue aux mots un pouvoir quand on croit qu’ils produisent des effets réels : consoler, blesser, obliger. Le sujet demande si ce pouvoir appartient aux mots eux-mêmes ou aux conditions de leur emploi.
Les mots ont-ils par eux-mêmes une efficacité, ou ne font-ils qu’exprimer un pouvoir qui leur est extérieur ?
Le plan en trois parties
Les mots produisent des effets réels
- Dire, c’est faire : l’énoncé performatif crée l’obligation ou le statut qu’il énonce.Austin, Quand dire, c’est faire
- La parole publique fonde l’action commune et fait exister un monde partagé.Arendt, Condition de l’homme moderne
- Un vocabulaire imposé façonne les esprits jusqu’à rendre l’inacceptable banal.Klemperer, LTI, la langue du IIIe Reich
Mais ce pouvoir n’est pas dans les mots
- Le signe est arbitraire : aucune force n’habite les sons eux-mêmes.Saussure, Cours de linguistique générale
- L’efficacité d’une parole vient de l’autorité socialement reconnue au locuteur.Bourdieu, Ce que parler veut dire
- Un mot ne vaut que par l’usage réglé où il s’insère, non par une vertu propre.Wittgenstein, Recherches philosophiques
Le pouvoir des mots est celui d’une institution et d’une écoute
- La parole n’agit que si elle est reçue : le destinataire est la moitié de la force du discours.Montaigne, Essais, III, 13
- Un discours n’a d’autorité légitime que s’il peut être contesté par ceux qu’il engage.Habermas, Théorie de l’agir communicationnel
- Dire « je », c’est se poser comme responsable de ce que l’on fait par ses mots.Benveniste, Problèmes de linguistique générale
Si les mots ne valent que par l’autorité qui les porte, comment expliquer qu’une parole sans pouvoir puisse renverser un ordre établi ?