« Peut-on » demande à la fois la possibilité de fait et le droit : rien n’empêche de parler de ce que l’on ignore, mais est-ce légitime ? Le sujet joue sur deux savoirs : savoir de quoi l’on parle, et savoir ce que l’on dit.
La parole suppose-t-elle un savoir préalable dont elle serait l’expression, ou peut-elle fonctionner à vide, voire être elle-même un moyen de savoir ?
Le plan en trois parties
On parle constamment sans savoir
- L’abus des mots fait tenir pour des connaissances des sons vides de contenu.Locke, Essai sur l’entendement humain
- L’orateur habile parle de tout sans rien connaître : il produit la croyance, pas le savoir.Platon, Gorgias
- Nos concepts sont d’anciennes métaphores oubliées que nous prenons pour des vérités.Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral
Mais parler engage toujours un minimum de savoir
- Employer un mot, c’est savoir l’usage qui le règle dans une pratique partagée.Wittgenstein, Recherches philosophiques
- Répondre à propos suppose de comprendre ce qui est dit, non d’émettre des sons appris.Descartes, Discours de la méthode, V
- Dire le vrai ou le faux suppose de composer des noms selon des règles : parler, c’est déjà juger.Hobbes, Léviathan, I, 4
Parler est souvent la manière même d’apprendre à savoir
- La pensée ne précède pas les mots, elle s’achève en eux : on découvre ce qu’on pense en le disant.Hegel, Encyclopédie, Philosophie de l’esprit
- La parole parlante est une prise de risque : elle cherche son sens au lieu de le transmettre.Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception
- Ce que l’on ne peut pas encore dire n’est pas nécessairement inconnaissable : il reste à inventer les mots.Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus
Si l’on apprend en parlant, faut-il enseigner à se taire quand on ignore, ou à parler pour découvrir ce que l’on ignore ?