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La France : dynamiques démographiques, inégalités socio-économiques
Croissance et vieillissement des Français, inégalités sociales et territoriales, quartiers prioritaires (programme de géographie de 2nde)
À propos de cette page
Les repères à connaître
16 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.
- 4 et 19 octobre 1945Ordonnances créant la Sécurité socialeFondent le système de protection (maladie, vieillesse, famille) qui soutient la natalité, l'allongement de la vie et la réduction des inégalités.
- 1946-1964Baby-boomEntre 2,7 et 3 enfants par femme, plus de 800 000 naissances par an : ces générations nombreuses font vieillir la population aujourd'hui.
- 1963Création de la DATARDébut d'une politique nationale d'aménagement du territoire destinée à réduire les écarts entre Paris et les régions.
- 1967 et 1975Lois Neuwirth (contraception) et Veil (IVG)Accompagnent la maîtrise de la fécondité : l'ICF passe sous 2 enfants par femme au milieu des années 1970.
- 1977Opérations « Habitat et vie sociale »Acte de naissance de la politique de la ville, tournée vers les grands ensembles.
- 1993-1994Creux de la fécondité (environ 1,66)Point bas avant le rebond des années 2000.
- 1996Création des zones urbaines sensibles (ZUS)Premier grand zonage de la géographie prioritaire, remplacé par les QPV en 2015.
- 13 décembre 2000Loi SRUImpose un minimum de logements sociaux (20 %, puis 25 % en 2013) pour favoriser la mixité sociale.
- 1er août 2003Loi Borloo, création de l'ANRULance la rénovation urbaine massive des quartiers en difficulté.
- Automne 2005Émeutes urbaines parties de Clichy-sous-BoisRévèlent la persistance des fractures sociales et territoriales dans les quartiers populaires.
- 2010Sommet récent de la fécondité (2,03)Dernière année proche du seuil de remplacement ; la baisse commence ensuite.
- 2011Les premiers baby-boomers ont 65 ans ; Mayotte devient département (31 mars)Début du papy-boom ; entrée dans la République départementale du territoire le plus jeune de France.
- 21 février 2014Loi Lamy (programmation pour la ville et la cohésion urbaine)Crée les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), en vigueur au 1er janvier 2015.
- 17 novembre 2018Première mobilisation des Gilets jaunesRelance le débat sur les fractures entre métropoles, petites villes et campagnes.
- 2024ICF de 1,62 ; solde naturel de +17 000 ; cyclone Chido à Mayotte (14 décembre)Fécondité au plus bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale ; 68,6 millions d'habitants au 1er janvier 2025.
- 2025Solde naturel négatif (bilan provisoire de l'INSEE)Plus de décès que de naissances, une première depuis la Seconde Guerre mondiale : la croissance ne tient plus qu'aux migrations.
Une croissance démographique qui ralentit
Au recensement de 1946, la France métropolitaine compte environ 40,5 millions d'habitants ; au 1er janvier 2025, la France entière (Hexagone et départements d'outre-mer) en compte 68,6 millions selon l'INSEE. La population augmente toujours, mais de plus en plus lentement. Les mécanismes généraux (transition démographique) relèvent du chapitre « Des trajectoires démographiques différenciées » : on étudie ici le cas français.
Trois temps de la fécondité. Pendant le baby-boom (1946-1964), l'indicateur conjoncturel de fécondité (ICF) se situe entre 2,7 et 3 enfants par femme, avec plus de 800 000 naissances par an. La contraception (loi Neuwirth, 1967), l'IVG (loi Veil, 1975), l'allongement des études et le travail des femmes font passer l'ICF sous 2 au milieu des années 1970, jusqu'à un creux d'environ 1,66 en 1993-1994. Un rebond le maintient autour de 2 entre 2006 et 2014 (2,03 en 2010), puis il baisse sans interruption : 1,62 en 2024, le niveau le plus bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale.
Un moteur qui change. En 2024, l'INSEE compte 663 000 naissances pour 646 000 décès : le solde naturel tombe à +17 000, contre près de 280 000 autour de 2010. Le solde migratoire, estimé à +152 000, assure désormais l'essentiel de la croissance. Selon le bilan provisoire publié par l'INSEE en janvier 2026, les décès ont même dépassé les naissances en 2025, une première depuis la Seconde Guerre mondiale.
Une question vive. En 2023, l'INSEE dénombre 7,3 millions d'immigrés (personnes nées étrangères à l'étranger), soit 10,7 % de la population. Les uns jugent cet apport nécessaire face au vieillissement, les autres demandent une maîtrise plus stricte des entrées : le géographe expose ces positions sans trancher.
Le vieillissement, une tendance lourde
Le vieillissement démographique est l'augmentation de la part des personnes âgées dans la population. Les 65 ans et plus représentent environ 17 % des habitants en 2010 et près de 22 % au 1er janvier 2025 : ils sont désormais presque aussi nombreux que les moins de 20 ans.
Un vieillissement « par le haut ». L'espérance de vie à la naissance passe d'environ 69 ans pour les femmes et 63 ans pour les hommes en 1950 à 85,6 ans et 80,0 ans en 2024 (INSEE), grâce aux progrès médicaux, à l'accès aux soins garanti par la Sécurité sociale et au recul de la mortalité aux grands âges. L'épidémie de Covid-19 a provoqué un recul ponctuel en 2020, effacé depuis.
Un vieillissement « par le bas ». La baisse de la fécondité réduit la part des jeunes. Surtout, depuis 2011, les premiers enfants du baby-boom, nés en 1946, atteignent 65 ans : c'est le papy-boom. Depuis 2021, ils franchissent 75 ans, âge où la perte d'autonomie devient plus fréquente.
Des défis concrets. Les retraites sont financées par répartition : les cotisations des actifs paient les pensions. Le Conseil d'orientation des retraites compte environ 1,7 cotisant par retraité aujourd'hui, contre environ 4 en 1960. La dépendance des très âgés a conduit à créer en 2020 une cinquième branche de la Sécurité sociale, consacrée à l'autonomie. Il faut aussi adapter logements, transports et offre de soins.
Un vieillissement inégal selon les lieux. Il est très marqué dans les campagnes du Massif central et du Centre (Creuse, Nièvre, Lot : près d'un tiers d'habitants de 65 ans et plus) et sur les littoraux qui attirent les retraités (Charente-Maritime, Var, Alpes-Maritimes). Les métropoles étudiantes (Toulouse, Rennes, Lille) et la banlieue parisienne restent jeunes.
Une population qui se redistribue dans l'Hexagone
Entre 2015 et 2021, la population augmente de 0,3 % par an en moyenne selon les recensements de l'INSEE, mais cette moyenne cache des trajectoires opposées. Deux mécanismes jouent : le solde naturel, positif là où vivent beaucoup de jeunes adultes, et le solde migratoire interne, c'est-à-dire les déménagements d'une région à l'autre.
Les espaces attractifs. Les littoraux atlantique et méditerranéen, le Sud-Ouest, la vallée du Rhône et les Alpes du Nord gagnent des habitants par migration. On parle d'héliotropisme : l'attraction du soleil, du cadre de vie et des aménités, forte chez les retraités mais aussi chez les actifs. Les métropoles dynamiques (Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Nantes, Rennes, Lyon) attirent étudiants et jeunes actifs ; la Haute-Savoie profite de la proximité de Genève. Autour des villes, la périurbanisation, amorcée dans les années 1970, étend les couronnes de maisons individuelles et allonge les trajets domicile-travail.
Le cas de l'Île-de-France. Première région par la population (plus de 12 millions d'habitants), elle croît grâce à un solde naturel élevé, porté par sa population jeune, mais elle perd des habitants dans ses échanges avec les autres régions : on y arrive pour étudier et commencer sa carrière, on en part pour élever ses enfants ou prendre sa retraite.
Les espaces en déprise. La diagonale des faibles densités, de la Meuse aux Landes en passant par le Massif central, cumule faible densité, vieillissement et solde naturel négatif : la Lozère, département le moins peuplé, compte moins de 80 000 habitants. Le Nord-Est industriel (Ardennes, Haute-Marne, Vosges) perd aussi des habitants depuis les crises de la sidérurgie et du textile des années 1970-1980.
Les outre-mer, des trajectoires opposées
Les cinq départements et régions d'outre-mer (DROM) rassemblent environ 2,2 millions d'habitants, mais leurs dynamiques démographiques sont presque inverses.
Mayotte et la Guyane, des territoires très jeunes. Devenue département le 31 mars 2011, Mayotte connaît la fécondité la plus élevée de France (plus de 4 enfants par femme selon l'INSEE) et environ la moitié de ses habitants a moins de 18 ans. Sa croissance est aussi alimentée par une immigration venue surtout des Comores voisines. En Guyane, la fécondité avoisine 3,5 enfants par femme et la population augmente rapidement. Ces territoires doivent construire écoles, logements, réseaux d'eau et d'électricité au rythme de la croissance ; à Mayotte, le cyclone Chido (14 décembre 2024) a aggravé une situation déjà fragile.
Les Antilles, un vieillissement accéléré. La Martinique et la Guadeloupe perdent des habitants depuis la fin des années 2000 : les jeunes adultes partent étudier ou travailler dans l'Hexagone, tandis que la fécondité a nettement baissé. D'après les projections de l'INSEE, la Martinique pourrait devenir, d'ici le milieu du siècle, l'une des régions les plus âgées de France. La Réunion, la plus peuplée (près de 900 000 habitants), continue de croître, mais plus lentement.
Des retards de développement persistants. Chômage, cherté de la vie et pauvreté y sont nettement plus élevés que dans l'Hexagone : selon l'INSEE, 77 % des habitants de Mayotte vivaient sous le seuil de pauvreté national en 2018. Le vieillissement des Antilles et la jeunesse de Mayotte posent donc des défis opposés, mais dans un même contexte de fragilité économique.
Mesurer les inégalités socio-économiques
Le revenu et la pauvreté. L'INSEE mesure le niveau de vie : le revenu disponible du ménage, après impôts et prestations sociales, divisé par le nombre d'unités de consommation. Est pauvre, au sens monétaire, une personne dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian, soit 1 216 euros par mois en 2022. Cette année-là, 14,4 % de la population, soit 9,1 millions de personnes, vit sous ce seuil (INSEE). Les familles monoparentales, les chômeurs et les jeunes adultes sont les plus exposés.
Les écarts entre les plus aisés et les plus modestes. Le rapport interdécile (D9/D1) compare le niveau de vie au-dessus duquel se trouvent les 10 % les plus aisés à celui au-dessous duquel se trouvent les 10 % les plus modestes : il est de l'ordre de 3,5 en France. Les inégalités de patrimoine sont bien plus fortes : les 10 % des ménages les mieux dotés en détiennent près de la moitié.
Santé, diplôme, emploi. Selon l'INSEE (2018), les 5 % d'hommes les plus aisés vivent en moyenne 13 ans de plus que les 5 % les plus modestes ; l'écart est d'environ 8 ans chez les femmes. Le chômage frappe d'abord les non-diplômés, et la réussite scolaire reste fortement liée à l'origine sociale.
Un modèle redistributif. Depuis 1945, l'impôt progressif et les prestations (allocations familiales, minima sociaux, aides au logement) réduisent nettement les écarts de revenu. La France est l'un des pays de l'OCDE où les dépenses sociales sont les plus élevées ; le débat porte sur leur coût et leur efficacité.
Des inégalités inscrites dans l'espace, à toutes les échelles
Les inégalités sociales s'inscrivent dans l'espace : c'est en changeant d'échelle qu'on les comprend.
À l'échelle régionale. L'Île-de-France produit près de 30 % du PIB national pour environ 18 % de la population : elle concentre sièges sociaux, emplois qualifiés et hauts revenus. Les grandes métropoles régionales profitent aussi de la métropolisation, qui concentre richesses et fonctions de commandement.
À l'échelle départementale. La carte de la pauvreté dessine un arc qui va du Nord et du Nord-Est, marqués par la désindustrialisation, au pourtour méditerranéen (Pyrénées-Orientales, Aude, Gard, Vaucluse, Bouches-du-Rhône), où se combinent chômage, emplois saisonniers et arrivée de ménages modestes. L'Ouest (Vendée, Bretagne) et les Alpes du Nord (Haute-Savoie, Savoie) ont au contraire des taux faibles. Dans les DROM, le taux de pauvreté est de deux à plus de cinq fois supérieur à celui de l'Hexagone.
À l'échelle locale. Les écarts les plus forts s'observent souvent entre quartiers voisins : c'est la ségrégation socio-spatiale. La Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de l'Hexagone (plus d'un habitant sur quatre sous le seuil), jouxte Paris et les Hauts-de-Seine, parmi les plus riches. Les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), souvent des grands ensembles construits des années 1950 aux années 1970, regroupent plus de 5 millions d'habitants ; le taux de pauvreté y dépasse 40 %, soit environ trois fois la moyenne nationale.
Un débat : la « France périphérique ». En 2014, le géographe Christophe Guilluy oppose des métropoles mondialisées à une France des petites villes et des campagnes où vivrait la majorité des classes populaires. Le mouvement des Gilets jaunes (à partir du 17 novembre 2018), né d'une hausse des taxes sur les carburants, a relancé ce débat. Beaucoup de géographes jugent cette opposition trop simple : les métropoles concentrent aussi une grande partie des pauvres, et de nombreux espaces ruraux de l'Ouest sont prospères.
Réduire les écarts : redistribution, politique de la ville, aménagement
Réduire les inégalités territoriales est un objectif de l'État depuis l'après-guerre : la DATAR, créée en 1963, cherche à rééquilibrer le territoire entre Paris et les régions.
La politique de la ville. Après la construction des grands ensembles, l'État lance en 1977 les opérations « Habitat et vie sociale ». Les violences urbaines de l'été 1981 aux Minguettes (Vénissieux) conduisent au développement social des quartiers. Suivent un ministère de la Ville (1990), les zones urbaines sensibles (1996), puis l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), créée par la loi Borloo du 1er août 2003, qui finance démolitions, reconstructions et réhabilitations. Après les émeutes de l'automne 2005, la loi Lamy du 21 février 2014 simplifie la géographie prioritaire : les QPV, délimités selon le seul revenu des habitants, remplacent les anciens zonages au 1er janvier 2015.
La mixité sociale. La loi SRU du 13 décembre 2000 impose aux communes urbaines d'une certaine taille de compter au moins 20 % de logements sociaux, taux porté à 25 % dans la plupart des cas en 2013, sous peine de pénalités financières.
Les villes moyennes et les campagnes. Le programme Action cœur de ville (2018) aide 222 villes moyennes à revitaliser leur centre ; Petites villes de demain (2020) accompagne environ 1 600 communes ; les espaces France services (depuis 2019) regroupent des guichets publics au plus près des habitants.
Un bilan discuté. La rénovation a transformé le bâti de centaines de quartiers, mais les écarts de revenu et de chômage persistent. Les uns y voient un échec ; les autres rappellent que ces quartiers accueillent sans cesse de nouveaux ménages modestes, tandis que ceux dont la situation s'améliore déménagent.
Les pièges du chapitre
• Croissance ralentie n'est pas déclin. En 2024, la population augmente encore, grâce au solde migratoire ; c'est le solde naturel qui devient quasi nul, puis négatif en 2025.
• ICF et taux de natalité ne sont pas synonymes. L'ICF compte des enfants par femme (1,62 en 2024) ; le taux de natalité rapporte les naissances à toute la population (pour mille habitants).
• Vieillir ne veut pas dire mourir plus tôt. Le vieillissement vient de l'allongement de la vie et du papy-boom, pas d'une hausse de la mortalité.
• La pauvreté monétaire est relative. Le seuil vaut 60 % du niveau de vie médian : si tous les revenus montent, le seuil monte aussi.
• Une moyenne départementale cache des écarts. Paris a un niveau de vie médian élevé mais compte des quartiers prioritaires ; « rural » ne veut pas dire « pauvre » (Vendée, Haute-Savoie).
• Les outre-mer ne forment pas un bloc : Mayotte rajeunit la France, les Antilles la font vieillir.
• Sur l'immigration, exposez les données et les positions en présence, sans jugement de valeur.
- La France compte 68,6 millions d'habitants au 1er janvier 2025 ; sa croissance ralentit : ICF de 1,62 en 2024, solde naturel de +17 000 (négatif en 2025), solde migratoire d'environ +152 000.
- Elle vieillit par le haut (espérance de vie de 85,6 ans pour les femmes, 80,0 ans pour les hommes) et par le bas (papy-boom depuis 2011) : près de 22 % de 65 ans et plus, d'où les défis des retraites et de la dépendance.
- La population se redistribue vers l'Ouest, le Sud, les littoraux et les métropoles ; la diagonale des faibles densités et le Nord-Est perdent des habitants ; Mayotte et la Guyane sont très jeunes, les Antilles vieillissent.
- Les inégalités se mesurent par le niveau de vie (14,4 % de pauvres en 2022, seuil à 60 % du médian), le patrimoine, l'emploi et la santé (13 ans d'écart d'espérance de vie chez les hommes).
- Elles s'inscrivent dans l'espace à toutes les échelles : Île-de-France et métropoles, arc de pauvreté du Nord et du Midi, DROM, QPV.
- Réponses publiques : redistribution (1945), politique de la ville (1977 → ANRU 2003 → QPV 2014), loi SRU (2000), programmes pour les villes moyennes et les campagnes ; résultats débattus.
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.
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