Ressources · 2ⁿᵈᵉ · Histoire-Géographie
Les migrations internationales
Flux migratoires, pays de départ et d'accueil, réfugiés, migrations Sud-Sud, remises, politiques migratoires (programme de géographie de 2nde)
À propos de cette page
Les repères à connaître
16 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.
- 1948Déclaration universelle des droits de l'homme (10 décembre, Paris)Ses articles 13 et 14 consacrent le droit de quitter tout pays et de chercher asile, mais pas celui d'entrer dans un autre pays.
- 1951Convention de Genève relative au statut des réfugiés (28 juillet)Elle définit le réfugié et interdit le refoulement : c'est la base du droit d'asile actuel.
- 1965Loi américaine sur l'immigration (3 octobre)Elle supprime les quotas par nationalité fixés en 1924 : les flux vers les États-Unis viennent désormais surtout d'Amérique latine et d'Asie.
- 1967Protocole de New YorkIl étend la Convention de 1951 aux réfugiés du monde entier, sans limite de date.
- 1973-1974Arrêt de l'immigration de travail en Allemagne (novembre 1973) et en France (juillet 1974)Après le choc pétrolier, l'Europe ferme la migration de travail ; le regroupement familial devient une voie d'entrée majeure.
- 1991Éclatement de l'URSSDes millions de personnes deviennent « migrantes » sans bouger, par l'apparition de nouvelles frontières : la Russie est à la fois pays d'accueil et de départ.
- 1995Entrée en application de l'espace Schengen (26 mars)Libre circulation à l'intérieur, contrôle renforcé à la frontière extérieure commune.
- 2004Création de l'agence européenne Frontex (26 octobre)Elle coordonne la surveillance des frontières extérieures de l'Union européenne.
- 2011Début de la guerre en SyriePlus grand exode de réfugiés des années 2010 : environ 6 millions de Syriens à l'étranger, dont plus de 3 millions en Turquie.
- 2013Naufrage de Lampedusa (3 octobre)Plus de 360 morts : la Méditerranée centrale devient la route migratoire la plus meurtrière ; l'Italie lance l'opération Mare Nostrum.
- 2015Environ 1,3 million de demandes d'asile dans l'Union européennePic des arrivées par la Grèce et les Balkans, surtout de Syriens, d'Afghans et d'Irakiens ; l'Union se divise sur l'accueil.
- 2016Déclaration UE-Turquie (18 mars)Renvoi vers la Turquie des migrants arrivés irrégulièrement en Grèce : symbole de l'externalisation du contrôle.
- 2017Exode des Rohingyas (à partir d'août)Plus de 700 000 personnes fuient la Birmanie pour le Bangladesh : un flux de réfugiés entre pays voisins du Sud.
- 2018Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (Marrakech, 10 décembre)Premier cadre mondial de coopération, 23 objectifs non contraignants ; 5 États votent contre à l'ONU.
- 2022Invasion de l'Ukraine (24 février) et protection temporaire de l'UE (4 mars)Plus de 6 millions de réfugiés ukrainiens ; première activation de la protection temporaire européenne.
- 2024Adoption du pacte européen sur la migration et l'asile (mai)Il réforme le système de Dublin ; son application commence en juin 2026.
Les migrations internationales : définir et mesurer
Selon les recommandations statistiques adoptées par l'ONU en 1998, un migrant international est une personne qui change de pays de résidence habituelle ; au-delà de douze mois, on parle de migrant de long terme. Le touriste, le pèlerin ou l'homme d'affaires en déplacement ne sont pas des migrants : leur séjour est temporaire et suppose un retour.
Le Département des affaires économiques et sociales de l'ONU (DAES) évalue le nombre de migrants à partir des recensements. Il passe de 153 millions en 1990 à 173 millions en 2000, 221 millions en 2010 et 281 millions en 2020 ; une estimation plus récente de l'ONU dépasse 300 millions en 2024. La hausse est forte en valeur absolue, mais la part des migrants dans la population mondiale reste faible : 2,9 % en 1990, 3,6 % en 2020. Plus de 96 % des humains vivent donc dans leur pays de naissance.
Les femmes forment environ 48 % des migrants en 2020 ; beaucoup partent seules, comme employées de maison dans le golfe Persique ou infirmières en Amérique du Nord. Les migrants sont surtout des adultes d'âge actif, ce qui explique le poids de l'argent qu'ils envoient à leur famille.
Une géographie des flux : pôles d'accueil et corridors
En 2020, l'Europe (87 millions de migrants) et l'Asie (86 millions) en accueillent le plus, devant l'Amérique du Nord (59 millions). Le total asiatique tient pour une large part aux pays du golfe Persique. On distingue ainsi trois grands pôles d'accueil — l'Amérique du Nord, l'Europe occidentale et le Golfe — et des pôles secondaires : Russie, Australie, Afrique du Sud, Côte d'Ivoire. L'Asie est aussi la première région de départ, et l'Inde le premier pays d'émigration (environ 18 millions d'émigrés en 2020).
| Corridor | Ordre de grandeur | Type de flux |
|---|---|---|
| Mexique → États-Unis | ≈ 11 millions de personnes nées au Mexique (2020) | Sud-Nord, travail et famille |
| Inde → Émirats arabes unis | ≈ 3,5 millions (2020) | Sud-Sud, travail temporaire |
| Syrie → Turquie | plus de 3 millions de réfugiés (début des années 2020) | Sud-Sud, migration forcée |
| Venezuela → Colombie | près de 3 millions (2023) | Sud-Sud, crise politique et économique |
| Russie ↔ Ukraine, Kazakhstan | plusieurs millions | héritage de l'URSS (1991) |
Trois logiques expliquent cette carte. La première est un gradient de richesse : les flux vont des pays pauvres ou instables vers des pays plus riches, qu'ils soient au Nord ou au Sud. La deuxième est la proximité : une grande partie des migrants reste dans sa région d'origine, comme les Européens qui circulent dans l'Union européenne ou les Burkinabè installés en Côte d'Ivoire. La troisième est l'histoire : les liens coloniaux orientent encore les Algériens vers la France ou les Indiens vers le Royaume-Uni, et l'éclatement de l'URSS en 1991 a transformé des millions de personnes en « migrants » sans qu'elles se déplacent, par la simple apparition de nouvelles frontières.
Pourquoi partir ? Des causes multiples et combinées
Dès 1885, le géographe Ernst Georg Ravenstein, installé à Londres, cherche des « lois » aux migrations. En 1966, l'Américain Everett Lee propose un modèle devenu classique : des facteurs de répulsion dans le pays de départ (pauvreté, chômage, guerre, persécution), des facteurs d'attraction dans le pays d'arrivée (emplois, salaires, sécurité, libertés) et des obstacles entre les deux (distance, coût, frontières, visas).
Les écarts de richesse restent le premier moteur : un ouvrier népalais gagne au Qatar un salaire sans équivalent chez lui. Les écarts démographiques s'y ajoutent : l'âge médian est inférieur à 20 ans en Afrique subsaharienne et supérieur à 44 ans dans l'Union européenne, où le vieillissement crée des besoins de main-d'œuvre dans le soin, le bâtiment ou l'agriculture. Les réseaux sont décisifs : le premier migrant d'un village finance souvent le départ d'un frère ou d'un cousin, l'accueille et l'aide à trouver un emploi. Enfin, les politiques des États ouvrent ou ferment des routes : le programme Bracero (1942-1964) a organisé la venue de travailleurs mexicains aux États-Unis et posé les bases d'un corridor toujours actif.
Les causes environnementales (sécheresses au Sahel, cyclones, montée des eaux) comptent de plus en plus, mais elles se combinent aux autres : elles aggravent une pauvreté ou un conflit et provoquent surtout des déplacements internes et temporaires.
Réfugiés et déplacés : les migrations contraintes
Certaines migrations ne sont pas choisies. La Convention de Genève du 28 juillet 1951 définit le réfugié comme une personne qui a quitté son pays et craint « avec raison » d'y être persécutée pour sa race, sa religion, sa nationalité, son appartenance à un groupe social ou ses opinions politiques. Le protocole de New York de 1967 supprime la limite de date de la Convention. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), créé en décembre 1950, veille à son application.
Selon le HCR, 117 millions de personnes sont déplacées de force dans le monde fin 2023 : environ 43 millions de réfugiés (y compris les réfugiés palestiniens relevant de l'UNRWA), 68 millions de déplacés internes qui n'ont franchi aucune frontière, et des millions de demandeurs d'asile. Le total a plus que doublé en dix ans.
L'expression « réfugié climatique » n'a pas de valeur juridique : la Convention de 1951 ne retient pas ce motif. En 2020, le Comité des droits de l'homme de l'ONU a toutefois admis, tout en rejetant la demande du Kiribatien Ioane Teitiota, que les effets du changement climatique pourraient un jour interdire le renvoi d'une personne dans son pays.
Les migrations Sud-Sud, une réalité massive et méconnue
Les migrations ne vont pas seulement du Sud vers le Nord. Selon les estimations de l'ONU et de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), les migrations Sud-Sud ont un volume du même ordre de grandeur que les migrations Sud-Nord. Elles sont souvent de courte distance, moins coûteuses, et plus difficiles à mesurer, car une partie des passages n'est pas enregistrée.
Le golfe Persique est le grand pôle Sud-Sud. Après la hausse des prix du pétrole de 1973, les monarchies du Golfe financent d'immenses chantiers avec des travailleurs venus d'Égypte, puis d'Inde, du Pakistan, du Bangladesh, du Népal et des Philippines. En 2020, les migrants forment environ 88 % de la population des Émirats arabes unis et 77 % de celle du Qatar. Ils travaillent sous le système de la kafala, qui lie le travailleur à un employeur-garant ; leurs contrats temporaires ne donnent presque jamais accès à la nationalité. Sous la pression des critiques, avant la Coupe du monde de 2022, le Qatar annonce en 2020 un salaire minimum et le droit de changer d'employeur ; leur application reste discutée.
En Afrique, environ la moitié des émigrés africains vivent dans un autre pays du continent. La Côte d'Ivoire attire depuis son indépendance (1960) des planteurs et des ouvriers du Burkina Faso et du Mali ; l'Afrique du Sud reçoit des travailleurs du Zimbabwe et du Mozambique ; la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) prévoit depuis 1979 la libre circulation de ses ressortissants.
En Asie et en Amérique latine, la Malaisie et la Thaïlande emploient des travailleurs indonésiens, birmans ou cambodgiens ; la Colombie, le Pérou et le Chili accueillent la majorité des Vénézuéliens partis depuis 2015.
Des effets pour les pays de départ et d'accueil
Pour les pays de départ, les remises (en anglais remittances) sont l'effet le plus visible. Selon la Banque mondiale, les migrants ont envoyé environ 650 milliards de dollars vers les pays à revenu faible et intermédiaire en 2023, bien plus que l'aide publique au développement reçue par ces pays. L'Inde reçoit plus de 100 milliards de dollars par an depuis 2022, le Mexique plus de 60 milliards. Pour de petits pays, cet argent est vital : il représente près de la moitié du PIB du Tadjikistan, dont les émigrés travaillent surtout en Russie, et environ un quart de celui du Népal. Les remises financent la nourriture, la scolarité, la santé, parfois une maison ou un commerce ; mais leur coût d'envoi dépasse encore 6 % en moyenne, loin de l'objectif de 3 % fixé en 2015 par les objectifs de développement durable.
Le départ des plus qualifiés pose la question de la fuite des cerveaux : des médecins et des infirmiers formés en Afrique ou aux Philippines exercent en Europe ou en Amérique du Nord. Les chercheurs insistent aussi sur la circulation des compétences : des ingénieurs indiens passés par la Silicon Valley, souvent grâce au visa américain H-1B créé en 1990, ont contribué à l'essor informatique de Bangalore. La diaspora investit, crée des entreprises et pèse sur la vie politique du pays d'origine.
Pour les pays d'accueil, les migrants occupent des emplois dans le bâtiment, le soin, l'agriculture ou la restauration, et compensent en partie le vieillissement. Les effets font débat : les uns soulignent l'apport économique et démographique, les autres les coûts d'intégration, la pression sur certains salaires peu qualifiés ou les tensions identitaires. En géographie, on expose ces positions et leurs arguments sans trancher, en s'appuyant sur des cas précis.
Les politiques migratoires : sélectionner, contrôler, coopérer
Chaque État décide souverainement qui peut entrer, séjourner et s'installer sur son territoire : c'est sa politique migratoire. Trois logiques se combinent.
Sélectionner. Le Canada adopte en 1967 un système à points qui classe les candidats selon leur qualification. Aux États-Unis, la loi du 3 octobre 1965 supprime les quotas par nationalité fixés en 1924 et ouvre le pays à l'Asie et à l'Amérique latine. L'Allemagne, vieillissante, facilite depuis le 1er mars 2020 la venue de travailleurs qualifiés. Des pays de départ organisent aussi l'émigration : les Philippines encadrent depuis 1974 le placement de leurs travailleurs à l'étranger.
Contrôler. Les États-Unis fortifient leur frontière avec le Mexique, longue de plus de 3 000 km, par le Secure Fence Act de 2006. L'espace Schengen, appliqué depuis le 26 mars 1995, supprime les contrôles aux frontières intérieures mais renforce la frontière extérieure, surveillée depuis 2004 par l'agence Frontex. En 2015, environ 1,3 million de demandes d'asile sont déposées dans l'Union ; la déclaration UE-Turquie du 18 mars 2016 prévoit le renvoi vers la Turquie des migrants arrivés irrégulièrement en Grèce. Cette externalisation du contrôle se poursuit avec la Libye (2017) et la Tunisie (2023). Les routes se déplacent et deviennent plus dangereuses : l'OIM recense plus de 25 000 morts et disparus en Méditerranée depuis 2014.
Coopérer. Le 4 mars 2022, l'UE active pour la première fois la protection temporaire, au profit des Ukrainiens. Le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (Marrakech, 10 décembre 2018) fixe 23 objectifs non contraignants. En 2024, l'UE adopte un pacte sur la migration et l'asile, applicable à partir de juin 2026, qui réforme le système de Dublin (1990), selon lequel le pays de première entrée examine en principe la demande d'asile. Ces politiques sont discutées : leurs partisans y voient la condition d'un accueil maîtrisé, leurs critiques un risque pour le droit d'asile.
Pièges à éviter
- « Les migrants viennent surtout d'Afrique et vont en Europe. » Faux : l'Asie est la première région de départ, et environ la moitié des émigrés africains vivent dans un autre pays d'Afrique.
- Confondre migrant, réfugié et demandeur d'asile. Le réfugié a un statut juridique (1951) ; le demandeur d'asile attend une décision ; « migrant » est le terme général.
- Confondre immigré et étranger. Un immigré naturalisé est français ; un enfant né en France de parents étrangers peut être étranger sans être immigré.
- Présenter le « réfugié climatique » comme un statut. Ce statut n'existe pas ; on parle de migrants environnementaux ou de déplacés liés aux catastrophes.
- Croire que la misère extrême fait partir. Les plus pauvres migrent peu : le départ a un coût.
- Confondre stock et flux. 281 millions (2020) est un stock, pas un nombre d'arrivées annuelles.
- Oublier les échelles. Le flux Mexique-États-Unis se lit à l'échelle mondiale, régionale (la frontière, les villes jumelles Tijuana et San Diego) et locale (un village de départ).
- Prendre parti. Sur l'immigration, la copie expose les arguments en présence ; elle ne milite pas.
- 281 millions de migrants internationaux en 2020 (ONU), soit 3,6 % de la population mondiale : un phénomène en forte hausse, mais minoritaire.
- Trois grands pôles d'accueil (Amérique du Nord, Europe occidentale, golfe Persique) ; l'Asie est la première région de départ, l'Inde le premier pays d'émigration.
- Les migrations Sud-Sud ont un volume comparable aux migrations Sud-Nord.
- 117 millions de déplacés de force fin 2023 (HCR), surtout des déplacés internes ; les réfugiés vivent en majorité dans un pays voisin.
- Les remises (≈ 650 milliards de dollars en 2023) font vivre des millions de familles ; la fuite des cerveaux est en partie compensée par la circulation des compétences.
- Les États sélectionnent, contrôlent et coopèrent : Schengen (1995), Frontex (2004), déclaration UE-Turquie (2016), Pacte mondial (2018), pacte européen (2024).
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.
Prof d'histoire-géo à Marseille · Cours particuliers au lycée · Aide aux devoirs