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Des trajectoires démographiques différenciées : les défis du nombre et du vieillissement
Transition démographique, fécondité, croissance, vieillissement, dividende démographique, politiques natalistes (programme de géographie de 2nde)
À propos de cette page
Les repères à connaître
15 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.
- 1798Malthus publie l'Essai sur le principe de populationPoint de départ du débat sur le « nombre » : la population croîtrait plus vite que les subsistances.
- Vers 18001 milliard d'êtres humainsIl a fallu toute l'histoire de l'humanité pour atteindre ce premier milliard : mesure l'accélération qui suit.
- 19272 milliards d'êtres humainsPlus d'un siècle pour le deuxième milliard : l'Europe est alors en pleine transition.
- 1934Adolphe Landry, La Révolution démographiquePremière formulation du modèle de la transition démographique, reprise par Frank Notestein en 1945.
- 19603 milliards d'êtres humainsTrente-trois ans seulement après le deuxième milliard : la mortalité s'effondre dans les pays du Sud après 1945.
- Années 1960Croissance mondiale maximale, un peu plus de 2 % par anSommet du rythme de croissance : depuis, le taux ne cesse de baisser.
- 1968Paul Ehrlich, The Population BombManifeste néomalthusien : la peur de la « surpopulation » domine les années 1960-1970.
- 1974Conférence mondiale de Bucarest ; 4 milliards d'humainsPremière conférence intergouvernementale sur la population : les pays du Sud y lient population et développement.
- 1979-1980Chine : politique de l'enfant uniqueL'exemple le plus radical de politique antinataliste, assouplie seulement en 2016.
- 1994Conférence du Caire (179 États)Rupture : on passe des quotas de naissances aux droits reproductifs et à l'éducation des filles.
- 2016 et 2021Chine : politique des deux, puis des trois enfantsRetournement nataliste d'un pays qui vieillit vite ; la fécondité ne remonte pas.
- 20228 milliards d'humains (15 novembre, date symbolique de l'ONU) ; la population chinoise commence à diminuerLe nombre continue d'augmenter alors que certains géants entrent en décroissance.
- 2023L'Inde devient le pays le plus peuplé ; ISF de 0,72 en Corée du SudDeux faits qui résument des trajectoires démographiques différenciées.
- 2024L'ONU recense 63 pays et territoires ayant déjà passé leur pic de populationLa décroissance démographique n'est plus un cas isolé (Japon, Chine, Allemagne, Russie).
- Années 2080Pic projeté de la population mondiale, environ 10,3 milliardsProjection moyenne de l'ONU (2024), suivie d'un léger recul : une hypothèse, pas une certitude.
De 1 à 8 milliards : une croissance qui ralentit
La population mondiale atteint 1 milliard vers 1800, 2 milliards en 1927, 3 milliards en 1960, puis 4 milliards en 1974, 5 en 1987, 6 en 1999 et 7 en 2011. Selon les Nations unies, le 8 milliardième habitant est né, de façon symbolique, le 15 novembre 2022. Il a fallu des millénaires pour atteindre le premier milliard, une douzaine d'années pour passer de 7 à 8.
Pourtant, la croissance ralentit. Le taux d'accroissement annuel de la population mondiale a culminé à un peu plus de 2 % par an dans les années 1960 ; il est passé sous 1 % en 2020. Si l'on ajoute encore un milliard d'habitants en une douzaine d'années, c'est que ce taux plus faible s'applique à une base beaucoup plus large : c'est l'effet de masse.
Les projections moyennes publiées par l'ONU en juillet 2024 (World Population Prospects 2024) annoncent un maximum d'environ 10,3 milliards vers le milieu des années 2080, suivi d'un léger recul. Une projection n'est pas une prévision certaine : elle repose sur des hypothèses de fécondité, de mortalité et de migrations.
La répartition est très inégale. L'Asie rassemble près de 6 humains sur 10 : l'Inde et la Chine dépassent chacune 1,4 milliard d'habitants. L'Afrique, avec environ 1,5 milliard d'habitants, compte près d'un humain sur cinq, mais porte l'essentiel de la croissance à venir : selon l'ONU (2022), plus de la moitié de l'augmentation attendue d'ici 2050 viendra de l'Afrique subsaharienne. La part de l'Europe, elle, recule (environ 9 %).
La transition démographique : un modèle, des calendriers
Pour expliquer ces évolutions, les démographes utilisent le modèle de la transition démographique, formulé par le Français Adolphe Landry (La Révolution démographique, 1934) puis par l'Américain Frank Notestein (1945). Il décrit le passage d'un régime démographique ancien, où natalité et mortalité sont fortes (de l'ordre de 35 à 40 ‰), à un régime moderne, où elles sont faibles.
| Phase | Natalité | Mortalité | Croissance |
|---|---|---|---|
| 1. Régime ancien | Forte | Forte et irrégulière (famines, épidémies) | Faible |
| 2. Début de transition | Forte | En forte baisse | Très rapide |
| 3. Fin de transition | En baisse | Faible | Qui ralentit |
| 4. Régime moderne | Faible | Faible | Faible ou nulle |
La mortalité baisse la première, grâce aux progrès de l'alimentation, de l'hygiène, de la vaccination puis des antibiotiques. La natalité ne suit qu'avec un décalage, car les comportements familiaux changent plus lentement : c'est ce décalage qui produit l'« explosion démographique » de la phase 2.
Le calendrier varie selon les régions. En Europe du Nord-Ouest, la transition commence au XVIIIe siècle et s'étale sur plus d'un siècle ; la France est un cas précoce, avec une baisse de la fécondité dès la fin du XVIIIe siècle. Dans les pays du Sud, la mortalité chute brutalement après 1945 avec la diffusion des vaccins et des antibiotiques : l'espérance de vie mondiale passe d'environ 46 ans en 1950 à environ 73 ans en 2024 (ONU). La transition y est souvent plus rapide : en Iran, la fécondité passe d'environ 6,5 enfants par femme au début des années 1980 à environ 2 vers 2000.
Des trajectoires démographiques différenciées
À l'échelle mondiale, l'indice synthétique de fécondité (ISF) est passé de près de 5 enfants par femme en 1950 à environ 2,25 en 2024 (ONU). Cette moyenne cache des trajectoires démographiques différenciées, que l'on peut regrouper en trois grandes situations.
1. Une transition inachevée, à forte fécondité. Elle concerne surtout l'Afrique subsaharienne, en particulier le Sahel. Au Niger, l'ISF reste proche de 6 enfants par femme, près de la moitié des habitants a moins de 15 ans et la population croît de plus de 3 % par an. Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique avec plus de 220 millions d'habitants, devrait continuer de croître fortement d'ici 2050.
2. Une fin de transition, autour du seuil de renouvellement (environ 2,1 enfants par femme). C'est le cas de l'Inde (ISF d'environ 2), de l'Indonésie ou du Bangladesh, passé de près de 7 enfants par femme au début des années 1970 à environ 2 aujourd'hui. Leur population continue pourtant d'augmenter par inertie démographique : les générations nombreuses nées quand la fécondité était forte sont en âge d'avoir des enfants. En avril 2023, selon l'ONU, l'Inde est devenue le pays le plus peuplé du monde, devant la Chine.
3. Des pays post-transitionnels à très basse fécondité. En Europe, en Asie orientale et dans une grande partie de l'Amérique latine, l'ISF est nettement sous le seuil : environ 1,2 au Japon et en Italie, environ 1,0 en Chine, 0,72 en Corée du Sud en 2023, le niveau le plus bas du monde. Les décès y dépassent souvent les naissances : la population du Japon diminue depuis son maximum de 2008 (environ 128 millions), celle de la Chine depuis 2022. Selon l'ONU (2024), 63 pays et territoires ont déjà passé leur pic de population.
Pourquoi la fécondité baisse-t-elle ?
La baisse de la fécondité est le moteur des trajectoires démographiques. Elle ne dépend pas d'un facteur unique, mais d'une combinaison de causes.
Le recul de la mortalité infantile. Quand la plupart des enfants survivent, les familles n'ont plus besoin d'en avoir beaucoup pour être sûres d'en élever quelques-uns. C'est pourquoi la baisse de la natalité suit celle de la mortalité, avec retard.
L'éducation des filles et le travail des femmes. Les enquêtes démographiques menées dans les pays du Sud montrent que les femmes scolarisées plus longtemps se marient plus tard, ont leur premier enfant plus tard et en ont moins. C'est l'un des facteurs les mieux établis.
L'urbanisation. En ville, un enfant coûte plus cher (logement, études) et ne participe pas aux travaux agricoles ; l'accès aux soins et à la contraception y est plus facile.
La contraception et les programmes publics. La diffusion de la contraception moderne à partir des années 1960, soutenue par des programmes de planning familial, accélère la baisse, surtout en Asie.
Les normes culturelles et religieuses comptent, mais elles évoluent : l'Iran, république islamique depuis 1979, a connu l'une des baisses de fécondité les plus rapides de l'histoire. La religion n'explique donc pas, à elle seule, le niveau de fécondité d'un pays.
Dans les pays riches, la très basse fécondité relève d'autres causes : coût du logement et des études, difficulté à concilier emploi et vie familiale, recul de l'âge au premier enfant. Au Japon et en Corée du Sud, les femmes assument encore l'essentiel des tâches domestiques, ce que de nombreux chercheurs relient au report ou au renoncement aux naissances.
Le défi du nombre
Le débat est ancien. En 1798, le pasteur anglais Thomas Robert Malthus affirme dans son Essai sur le principe de population que la population, si rien ne la freine, croît plus vite que les subsistances ; dans l'édition de 1803, il préconise la « contrainte morale » (mariage tardif, chasteté). Au XXe siècle, les néomalthusiens relancent l'alarme : The Population Bomb de l'Américain Paul Ehrlich (1968), le rapport Les Limites à la croissance commandé par le Club de Rome (1972). À l'inverse, l'économiste danoise Ester Boserup soutient en 1965 que la pression démographique pousse les sociétés à intensifier leur agriculture et à innover.
Les faits ont en partie démenti Malthus : depuis 1950, la production alimentaire mondiale a augmenté plus vite que la population, notamment grâce à la révolution verte des années 1960-1970 en Asie. Mais là où la croissance reste forte, le nombre pose des défis concrets : scolariser une population dont près de la moitié a moins de 15 ans, comme au Niger ; employer les jeunes, dont 10 à 12 millions arrivent chaque année sur le marché du travail africain selon la Banque africaine de développement (2016) ; loger les citadins de villes comme Lagos ou Kinshasa, où s'étendent les quartiers informels.
La Corée du Sud, Taïwan puis la Chine en ont profité entre les années 1970 et 2010. L'Afrique subsaharienne pourrait en bénéficier dans les décennies à venir, si la fécondité baisse et si l'économie crée des emplois.
Le nombre croise enfin la question environnementale. Les uns y voient une pression supplémentaire sur les ressources ; les autres rappellent que l'empreinte écologique dépend surtout des modes de consommation, bien plus élevés dans les pays riches que dans les pays à forte fécondité.
Le défi du vieillissement
Le vieillissement démographique est l'augmentation de la part des personnes âgées (60 ou 65 ans et plus) dans la population. Il a deux causes : la baisse de la fécondité, qui rétrécit la base de la pyramide (vieillissement « par le bas »), et l'allongement de l'espérance de vie, qui élargit son sommet (vieillissement « par le haut »). Selon l'ONU, les 65 ans et plus représentaient environ 10 % de la population mondiale en 2022 ; ils devraient approcher 16 % en 2050.
Le Japon est le pays le plus âgé du monde : environ 29 % de ses habitants ont 65 ans ou plus en 2023. L'Europe suit : près d'un quart des Italiens ont 65 ans ou plus. La Chine vieillit plus vite encore, parce que sa fécondité s'est effondrée en quelques décennies : les 65 ans et plus y représentaient 13,5 % de la population au recensement de 2020. On dit souvent qu'elle risque d'être « vieille avant d'être riche ».
Les défis sont de trois ordres :
• financer les retraites : le rapport de dépendance se dégrade, moins d'actifs cotisent pour davantage de retraités ;
• soigner et accompagner : les dépenses de santé et de prise en charge de la dépendance augmentent ;
• trouver de la main-d'œuvre : la population en âge de travailler diminue au Japon, en Chine, en Italie ou en Allemagne.
Les réponses varient. La Chine a décidé en septembre 2024 de relever progressivement, à partir de 2025, l'âge légal de la retraite (de 60 à 63 ans pour les hommes). Le Japon encourage le travail des seniors, développe la robotique d'assistance et a créé en 2019 un titre de séjour pour des travailleurs étrangers dans les secteurs en pénurie. L'Allemagne a assoupli l'immigration de travail qualifié (loi entrée en vigueur en 2020). Ce recours à l'immigration fait débat : ses partisans y voient une réponse au manque de bras, ses opposants soulignent les enjeux d'intégration et privilégient d'autres leviers.
Les politiques de population : du contrôle aux droits
Une politique antinataliste cherche à réduire le nombre des naissances ; une politique nataliste cherche à l'augmenter.
Réduire le nombre. L'Inde lance dès 1952 un programme national de planning familial. Pendant l'état d'urgence décrété par Indira Gandhi (1975-1977), des campagnes de stérilisation, souvent forcées, touchent des millions de personnes et provoquent un rejet durable. En Chine, la politique de l'enfant unique, mise en place en 1979-1980, impose un seul enfant à la plupart des couples urbains, par des amendes, des pressions et des avortements forcés. Combinée à la préférence pour les fils, elle déséquilibre le rapport de masculinité à la naissance : plus de 115 garçons pour 100 filles dans les années 2000. Elle est assouplie en 2016 (deux enfants), puis en 2021 (trois enfants).
Du contrôle aux droits. À la conférence de Bucarest (1974), de nombreux pays du Sud soutiennent que le développement est la meilleure réponse à la croissance démographique. À la conférence du Caire (1994), 179 États adoptent un programme d'action qui écarte les quotas et la contrainte : il place au centre la santé reproductive, les droits des femmes et l'éducation des filles.
Relancer la natalité. Face à la très basse fécondité, de nombreux États adoptent des mesures natalistes : « capital maternel » versé en Russie depuis 2007, plan hongrois de protection des familles en 2019 (prêt effacé à la naissance du troisième enfant, exonération d'impôt sur le revenu à vie pour les mères de quatre enfants), plans successifs en Corée du Sud depuis 2006. Leurs effets sont limités : les aides avancent parfois des naissances sans relever durablement la fécondité, et l'ISF sud-coréen a baissé jusqu'en 2023. Les démographes insistent plutôt sur la conciliation entre travail et famille : crèches, congés parentaux, logement.
Pièges à éviter
1. Confondre taux de natalité et fécondité. Le taux de natalité rapporte les naissances à toute la population (en ‰) ; l'ISF mesure le nombre moyen d'enfants par femme. Dans un pays âgé, le taux de natalité peut baisser alors que l'ISF est stable, simplement parce qu'il y a moins de femmes en âge d'avoir des enfants.
2. Croire qu'un ISF sous 2,1 fait baisser la population tout de suite. L'inertie démographique maintient la croissance pendant des décennies (Inde), et les migrations peuvent la prolonger.
3. Présenter la transition comme une loi. C'est un modèle construit sur l'expérience européenne : il n'impose ni calendrier ni point d'arrivée. Écrivez « la plupart des pays ont suivi ce schéma », pas « tous les pays doivent passer par ces phases ».
4. Assimiler vieillissement et baisse de la population. Un pays peut vieillir en continuant de croître (Inde, États-Unis) ; la décroissance n'arrive que lorsque les décès dépassent durablement les naissances sans que les migrations compensent.
5. Parler de « surpopulation » sans précaution. Le mot est normatif : il suppose un rapport entre population et ressources. Une forte densité n'est pas une surpopulation : les Pays-Bas, très densément peuplés, ne connaissent pas les difficultés du Sahel, bien moins dense.
6. Oublier le pluriel du titre. Le sujet porte sur des trajectoires différenciées : chaque affirmation générale doit être localisée et datée (« au Niger en 2023 », « au Japon depuis 2008 »).
7. Écrire que l'espérance de vie de 30 ans signifie qu'on mourait à 30 ans. Une faible espérance de vie à la naissance reflète surtout une forte mortalité infantile : les adultes pouvaient vivre bien plus longtemps.
- 8 milliards d'humains en 2022, une croissance passée sous 1 % par an en 2020, un pic projeté d'environ 10,3 milliards vers le milieu des années 2080 (ONU, 2024).
- La transition démographique (Landry, 1934) décrit le passage de natalité et mortalité fortes à natalité et mortalité faibles ; la mortalité baisse la première.
- Des trajectoires différenciées : forte fécondité au Sahel (Niger, près de 6 enfants par femme), seuil de renouvellement atteint en Inde, très basse fécondité en Asie orientale et en Europe (Corée du Sud, 0,72 en 2023).
- Défi du nombre : scolariser, employer, loger ; le dividende démographique est une fenêtre d'opportunité.
- Défi du vieillissement : retraites, soins, main-d'œuvre (Japon, environ 29 % de 65 ans et plus ; Chine « vieille avant d'être riche »).
- Politiques : antinatalistes (Chine 1979-1980, Inde 1975-1977), tournant des droits au Caire (1994), politiques natalistes aux effets limités.
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