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Développement et inégalités
Développement, IDH, pauvreté, inégalités entre et dans les États, objectifs de développement durable (programme de géographie de 2nde)
À propos de cette page
Les repères à connaître
15 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.
- 10 décembre 1948Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée à Paris par l'ONUSes articles 25 et 26 posent le droit à un niveau de vie suffisant et à l'éducation : le socle juridique du développement humain.
- 20 janvier 1949Discours d'investiture de Harry Truman (« point IV »)Il popularise l'expression « régions sous-développées » et l'idée d'un développement par rattrapage des États-Unis.
- 14 août 1952Alfred Sauvy invente l'expression « tiers monde » dans L'ObservateurPar analogie avec le tiers état de 1789, il désigne les pays pauvres qui veulent peser entre les deux blocs de la guerre froide.
- 1964Création de la CNUCED, dont la première conférence se tient à GenèveLes pays du Sud, nouvellement indépendants, obtiennent un forum pour réclamer un commerce mondial plus favorable.
- 1970L'ONU fixe l'objectif d'une aide publique au développement égale à 0,7 % du RNB des pays richesL'objectif sert toujours de référence ; seuls quelques pays l'atteignent durablement.
- 1971L'ONU crée la catégorie des pays les moins avancés (PMA)Elle isole les pays les plus pauvres et les plus vulnérables ; ils sont environ 45 aujourd'hui.
- 1980Rapport Brandt et ligne Nord-SudIl fixe l'image d'un monde coupé en deux, que l'essor des pays émergents rend aujourd'hui insuffisante.
- 1987Rapport Brundtland, Notre avenir à tous (ONU)Il définit le développement durable, qui répond aux besoins du présent sans compromettre ceux des générations futures.
- 1990Premier Rapport sur le développement humain du PNUD : naissance de l'IDHLe développement se mesure désormais par la santé, l'éducation et le niveau de vie, et non plus par le seul PIB.
- Juin 1992Sommet de la Terre à Rio de JaneiroLes États s'engagent à concilier développement économique, progrès social et protection de l'environnement.
- 2000Adoption des 8 objectifs du millénaire pour le développement (OMD), horizon 2015Premier programme mondial chiffré ; la cible de réduire de moitié la part de l'extrême pauvreté est atteinte dès 2010.
- 2010Le PNUD crée l'IDH ajusté aux inégalités et l'indice de pauvreté multidimensionnelleOn mesure enfin ce que l'IDH national masque : les écarts internes et les privations cumulées.
- 25 septembre 2015Adoption des 17 objectifs de développement durable (ODD) et de 169 cibles, horizon 2030Pour la première fois, les objectifs valent pour tous les pays, riches compris.
- 2020-2021Pandémie de Covid-19 : l'IDH mondial recule deux années de suiteEnviron 70 millions de personnes basculent dans l'extrême pauvreté en 2020 : les progrès sont réversibles.
- Juin 2025La Banque mondiale relève le seuil d'extrême pauvreté à 3 dollars par jour (en PPA)Le nombre de pauvres estimé augmente mécaniquement : on ne compare que des chiffres calculés avec le même seuil.
Le développement : une notion plus large que la croissance
Le développement désigne l'amélioration durable des conditions de vie de toute une population : revenus, mais aussi santé, éducation, logement, accès à l'eau et aux droits. Il ne se confond pas avec la croissance économique, simple augmentation de la production mesurée par le PIB. Un pays peut croître sans se développer si la rente du pétrole ou des mines reste captée par une minorité ; il peut à l'inverse améliorer la santé et l'éducation avec une croissance modeste.
La notion naît après 1945. Le 20 janvier 1949, dans son discours d'investiture à Washington, le président Harry Truman annonce un programme d'aide aux « régions sous-développées » : le monde est pensé comme une course où les pays « en retard » doivent rattraper l'Occident. Le 14 août 1952, le démographe Alfred Sauvy forge l'expression « tiers monde » dans L'Observateur. La décolonisation (Inde en 1947, la plupart des colonies africaines vers 1960) fait entrer ces États à l'ONU, où ils obtiennent en 1964 la création de la CNUCED.
À partir des années 1980, l'économiste indien Amartya Sen (prix Nobel d'économie 1998) déplace le regard : le développement est l'extension des « capabilités », ce qu'une personne est réellement libre de faire et d'être. Un revenu ne vaut que par ce qu'il permet.
Enfin, le rapport Brundtland (ONU, 1987) introduit le temps long : le développement durable répond « aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Ses trois piliers, économique, social et environnemental, sont consacrés au Sommet de la Terre de Rio en juin 1992.
Mesurer le développement : du PIB par habitant à l'IDH
Premier indicateur utilisé, le PIB par habitant divise la richesse produite en un an par la population. On l'exprime en parité de pouvoir d'achat (PPA) pour neutraliser les écarts de prix : un dollar n'achète pas la même chose à Oslo et à Niamey. Mais c'est une moyenne : il ne dit rien de la répartition des revenus, ni de la santé, ni de l'éducation.
En 1990, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) publie son premier Rapport sur le développement humain, conçu par l'économiste pakistanais Mahbub ul Haq avec Amartya Sen. Il crée l'indice de développement humain (IDH), compris entre 0 et 1 :
| Dimension | Indicateur |
|---|---|
| Santé | Espérance de vie à la naissance |
| Éducation | Durée moyenne de scolarisation des adultes de 25 ans et plus ; durée attendue de scolarisation des enfants |
| Niveau de vie | Revenu national brut (RNB) par habitant en PPA |
Le PNUD distingue quatre groupes : IDH très élevé (0,800 et plus), élevé (0,700 à 0,799), moyen (0,550 à 0,699) et faible (moins de 0,550). Dans le rapport publié en mars 2024 (données 2022), la Suisse et la Norvège dépassent 0,96, la France est vers 0,91, l'Inde vers 0,64 et la Somalie, dernière des 193 pays classés, vers 0,38.
L'IDH a deux limites : c'est une moyenne nationale, qui masque les écarts internes, et il ignore l'environnement. Le PNUD l'a complété par l'IDH ajusté aux inégalités (2010), l'indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM, 2010, avec l'université d'Oxford), l'indice d'inégalité de genre (2010) et, depuis 2020, un IDH ajusté aux pressions exercées sur la planète (émissions de CO2, empreinte matérielle).
Un monde inégalement développé : Nords, Suds, émergents et PMA
À l'échelle mondiale, l'IDH dessine un gradient plutôt qu'une coupure nette. Les IDH très élevés se trouvent en Amérique du Nord, en Europe, au Japon, en Corée du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande, mais aussi dans les monarchies pétrolières du Golfe (Émirats arabes unis, Qatar, Arabie saoudite) et au Chili ou en Argentine. Les IDH faibles se concentrent en Afrique subsaharienne, au Sahel (Niger, Tchad, Mali) et en Afrique centrale, ainsi qu'en Afghanistan et au Yémen, deux pays ravagés par la guerre.
La ligne Nord-Sud, popularisée par le rapport Brandt en 1980, ne suffit plus. Entre les deux pôles s'est glissé un groupe de pays émergents à croissance rapide : la Chine, dont l'IDH passe de moins de 0,50 en 1990 à près de 0,79 en 2022, mais aussi l'Inde, le Brésil, l'Indonésie, le Mexique ou la Turquie. On parle désormais des Nords et des Suds : il existe des Suds en rattrapage et des Suds en marge.
À l'autre extrémité, l'ONU identifie depuis 1971 les pays les moins avancés (PMA), selon trois critères : revenu, capital humain, vulnérabilité économique. Ils sont environ 45, dont plus des deux tiers en Afrique, auxquels s'ajoutent Haïti, le Bangladesh, le Népal ou le Yémen. Quelques pays sortent de la liste : le Botswana en 1994, le Cap-Vert en 2007, le Bhoutan en 2023.
Les facteurs de ces écarts se combinent : héritage colonial et économies dépendantes de l'exportation de matières premières (cacao, cuivre, pétrole) ; conflits, qui détruisent écoles et hôpitaux (Syrie depuis 2011) ; enclavement (Niger, Tchad) ; forte croissance de la population, qui impose de scolariser et soigner toujours plus d'enfants ; qualité des institutions et des politiques publiques. Aucun facteur n'explique tout : la Corée du Sud, d'un niveau de revenu comparable à celui du Ghana vers 1960, est devenue un pays très développé.
La pauvreté : un recul massif mais inachevé
La Banque mondiale définit l'extrême pauvreté par un seuil de revenu exprimé en PPA : 1 dollar par jour en 1990, 1,25 dollar en 2008, 1,90 dollar en 2015, 2,15 dollars en 2022, et 3 dollars depuis juin 2025. Le seuil est relevé pour suivre les prix ; c'est pourquoi les chiffres changent d'une publication à l'autre.
Le recul est spectaculaire. En 1990, près de deux milliards de personnes, plus d'un tiers de l'humanité, vivaient dans l'extrême pauvreté ; à la fin des années 2010, elles étaient de l'ordre de 700 millions, moins d'une personne sur dix. La Chine pèse lourd dans cette baisse : selon la Banque mondiale (2022), près de 800 millions de Chinois sont sortis de l'extrême pauvreté depuis les réformes lancées en 1978. L'Asie de l'Est et du Sud a porté la baisse mondiale.
Mais la pauvreté persiste et se concentre. En 2020, la pandémie de Covid-19 a fait basculer environ 70 millions de personnes dans l'extrême pauvreté, la plus forte hausse annuelle depuis 1990. Aujourd'hui, plus de la moitié des personnes extrêmement pauvres vivent en Afrique subsaharienne, souvent dans des États fragiles ou en conflit (République démocratique du Congo, Soudan du Sud).
Dans les pays riches, on mesure plutôt une pauvreté relative : selon la convention européenne, est pauvre une personne dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian de son pays. Un pauvre en Norvège ne l'est pas au même sens qu'un pauvre au Niger, mais il reste exclu des normes de sa société.
Des inégalités dans les États, du régional au local
Les inégalités se lisent entre les États mais aussi dans les États. Selon le World Inequality Report 2022, les 10 % les plus aisés de la population mondiale perçoivent environ 52 % des revenus, les 50 % les plus modestes environ 8,5 %. Dans un pays, on mesure la répartition des revenus par le coefficient de Gini, de 0 (égalité parfaite) à 1 (un seul individu a tout) : il est de l'ordre de 0,63 en Afrique du Sud, l'un des plus élevés du monde, contre environ 0,28 dans les pays nordiques.
Échelle régionale. Au Brésil, l'IDH municipal de 2010 (méthode adaptée au pays) va de 0,824 dans le District fédéral de Brasília à 0,631 dans l'État d'Alagoas, au Nordeste. En Chine, les provinces littorales (Shanghai, Guangdong, Jiangsu) concentrent industries et revenus, tandis que l'intérieur et l'ouest (Gansu, Guizhou) restent en retrait. En Inde, le Kerala comptait 94 % d'alphabétisés au recensement de 2011, le Bihar environ 62 %.
Échelle locale. En ville, les inégalités prennent la forme d'une ségrégation socio-spatiale : les groupes sociaux vivent dans des quartiers séparés. À Rio de Janeiro, la favela de Rocinha jouxte les quartiers aisés de São Conrado et de Gávea. À Mumbai, le bidonville de Dharavi s'étend à quelques kilomètres des tours du quartier d'affaires de Bandra-Kurla. À Johannesburg, Soweto, township hérité de l'apartheid, reste bien plus pauvre que le quartier d'affaires de Sandton, trente ans après les premières élections multiraciales du 27 avril 1994.
Ces écarts internes peuvent croître alors que l'écart entre pays se réduit : depuis les années 1980, la Chine et l'Inde rattrapent les pays riches, mais leurs inégalités internes ont augmenté. Les lignes de fracture sont sociales (revenu, diplôme), spatiales (villes et campagnes, centres et périphéries), et touchent aussi le genre.
Réduire la pauvreté et les inégalités : acteurs, OMD et ODD
Les États sont les premiers acteurs : services publics, fiscalité, redistribution. Au Brésil, le programme Bolsa Família, lancé en 2003 sous la présidence de Lula, verse une allocation aux familles pauvres à condition que les enfants soient scolarisés et vaccinés ; en 2014, la FAO retire le Brésil de sa carte de la faim.
Les organisations internationales fixent des objectifs communs. En 1970, l'Assemblée générale de l'ONU demande aux pays riches de consacrer 0,7 % de leur RNB à l'aide publique au développement (APD) ; seuls quelques-uns l'atteignent durablement (Norvège, Suède, Luxembourg, Danemark). En 2000, l'ONU adopte huit objectifs du millénaire pour le développement (OMD) pour 2015 ; la cible de réduire de moitié la part de l'extrême pauvreté par rapport à 1990 est atteinte dès 2010, surtout grâce à l'Asie.
Le 25 septembre 2015, l'Assemblée générale adopte le Programme de développement durable à l'horizon 2030 : 17 objectifs de développement durable (ODD) et 169 cibles, valables cette fois pour tous les pays, riches compris. L'ODD 1 vise à éliminer la pauvreté, l'ODD 4 à assurer une éducation de qualité, l'ODD 10 à réduire les inégalités dans les pays et d'un pays à l'autre, l'ODD 13 à lutter contre le changement climatique. Le bilan d'étape est inquiétant : selon les rapports de l'ONU de 2023 et 2024, moins d'une cible sur cinq était en bonne voie.
D'autres acteurs interviennent : les ONG (Médecins sans frontières, fondée en 1971), les fondations privées, les diasporas, dont les envois de fonds vers les pays à revenu faible et intermédiaire dépassent désormais l'APD, et les initiatives locales comme le microcrédit de la Grameen Bank, fondée au Bangladesh par Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix en 2006.
Débats : les inégalités de développement se réduisent-elles ?
La thèse de la convergence. Entre les pays, l'écart se réduit depuis les années 1990, parce que la Chine, l'Inde et d'autres pays d'Asie croissent plus vite que les pays riches ; l'IDH mondial a progressé presque chaque année depuis 1990. Les économistes Christoph Lakner et Branko Milanović l'ont illustré par la « courbe de l'éléphant » (2013-2016) : entre 1988 et 2008, les revenus des classes moyennes des pays émergents et ceux des plus riches du monde ont fortement augmenté, alors que ceux des classes populaires des pays riches stagnaient.
La thèse de la divergence. Une partie de l'Afrique subsaharienne ne rattrape pas son retard ; en 2020 et 2021, l'IDH mondial a reculé deux années de suite, une première depuis sa création (PNUD, rapport 2021-2022). Et dans de nombreux pays, riches comme émergents, les inégalités internes se sont creusées depuis les années 1980.
La critique de la notion elle-même. Des auteurs du courant du « post-développement » y voient un modèle occidental imposé au reste du monde depuis 1949. D'autres soulignent que le mode de vie des pays à IDH très élevé n'est pas généralisable sans dépasser les limites de la planète : c'est pourquoi le PNUD a créé en 2020 un IDH ajusté aux pressions planétaires, qui fait reculer au classement les grands émetteurs de CO2.
Pièges à éviter
- Confondre croissance et développement. Un PIB en hausse ne garantit ni la santé ni l'école pour tous.
- Lire l'IDH comme une vérité sur chaque habitant. C'est une moyenne nationale : le Brésil a un IDH élevé, mais Alagoas et le District fédéral n'ont pas le même.
- Prendre la ligne Nord-Sud au pied de la lettre. L'Australie est un « Nord » dans l'hémisphère sud ; le Nord et le Sud sont des catégories de développement, pas de latitude.
- Confondre pauvreté extrême et pauvreté relative. La première est un seuil mondial en dollars PPA, la seconde un pourcentage du niveau de vie médian d'un pays.
- Comparer des chiffres de pauvreté calculés avec des seuils différents (1,90, 2,15 ou 3 dollars) : l'écart peut venir du seuil, pas de la réalité.
- Confondre OMD (2000, 8 objectifs, pays pauvres) et ODD (2015, 17 objectifs, tous les pays).
- Rester à une seule échelle. Les inégalités se lisent du monde au quartier, et elles n'évoluent pas dans le même sens partout.
- Le développement est l'amélioration durable des conditions de vie (santé, éducation, niveau de vie) ; il ne se réduit pas à la croissance du PIB.
- L'IDH (PNUD, 1990) combine espérance de vie, scolarisation et RNB par habitant en PPA ; il va de 0 à 1 et masque les écarts internes.
- Le monde forme un gradient : pays très développés, pays émergents en rattrapage, PMA (environ 45, surtout africains). La ligne Nord-Sud (1980) est dépassée.
- L'extrême pauvreté a reculé de près de 2 milliards de personnes (1990) à environ 700 millions (fin des années 2010), mais se concentre en Afrique subsaharienne ; la Covid-19 a inversé la tendance en 2020.
- Les inégalités existent aussi dans les États : entre régions (Nordeste brésilien, intérieur chinois) et dans les villes (ségrégation socio-spatiale).
- Les ODD (ONU, 25 septembre 2015) fixent 17 objectifs pour 2030, dont éliminer la pauvreté (ODD 1) et réduire les inégalités (ODD 10) ; leur réalisation est en retard.
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