Usages, protection et destructions du patrimoine : acteurs, conflits, tourisme et diplomatie (thème 4 d'HGGSP de Terminale)
À propos de cette page
Ce lexique sur « Le patrimoine, enjeux géopolitiques » en terminale donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Du monument national au patrimoine mondial : une notion élargie, des acteurs multiples, Usages politiques : Versailles et Paris, un patrimoine au service du pouvoir, Un patrimoine disputé : les frises du Parthénon depuis le XIXe siècle, Détruire pour effacer : le patrimoine, cible des conflits. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de devoir. Les repères d'analyse sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de terminale.
Patrimoine mondial
Ensemble des biens culturels, naturels ou mixtes inscrits sur la Liste établie en application de la Convention de l'UNESCO de 1972, parce qu'ils présentent une valeur universelle exceptionnelle.
À ne pas confondre
Patrimoine national — Protégé par la loi d'un État (monuments historiques en France depuis 1913). Le patrimoine mondial ne le remplace pas : il s'y ajoute, et un bien inscrit reste sous la responsabilité de son État.
Selon l'époque et le point de vue — Expression consacrée par la Convention du 16 novembre 1972 ; les douze premiers biens sont inscrits en 1978, dont les îles Galápagos et l'île de Gorée.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert dans tout sujet sur la protection et le rayonnement. Faute à éviter : dire qu'un bien est « classé » ou « appartient » à l'UNESCO.
Valeur universelle exceptionnelle (VUE)
Importance culturelle ou naturelle si remarquable qu'elle dépasse les frontières et concerne l'humanité entière ; elle est évaluée selon dix critères, avec des conditions d'authenticité, d'intégrité et de gestion.
À ne pas confondre
Notoriété touristique — Un site peut être très visité sans VUE, et un site inscrit peut être presque inconnu. La VUE est un jugement d'experts, pas un succès de fréquentation.
Selon l'époque et le point de vue — Notion de l'article 1 de la Convention de 1972 ; les critères culturels et naturels sont réunis en une seule liste de dix en 2005.
Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour expliquer pourquoi l'inscription est convoitée. Faute : réduire la VUE à la beauté d'un site.
Liste du patrimoine mondial en péril
Liste des biens inscrits menacés de « dangers graves et précis » (conflit, urbanisation, tourisme, catastrophe), qui leur ouvre une aide internationale prioritaire.
À ne pas confondre
Désinscription — Retrait définitif de la Liste, sanction rare : sanctuaire de l'oryx arabe à Oman (2007), vallée de l'Elbe à Dresde (2009), Liverpool (2021).
Selon l'époque et le point de vue — Prévue à l'article 11 de la Convention de 1972 ; y figurent la vieille ville de Jérusalem (1982), Tombouctou (2012), les sites syriens (2013).
Ce que le mot permet d'écrire — Montre le pouvoir de pression symbolique de l'UNESCO (Venise, 2021). Faute : la présenter comme une punition.
Patrimoine culturel immatériel
Pratiques, représentations, expressions, savoirs et savoir-faire que des communautés reconnaissent comme leur patrimoine, transmis de génération en génération et recréés en permanence.
À ne pas confondre
Patrimoine matériel — Le matériel se conserve en l'état (un monument) ; l'immatériel se sauvegarde en le faisant vivre et en le transmettant (un repas, une fête, un savoir-faire).
Selon l'époque et le point de vue — Convention de l'UNESCO du 17 octobre 2003, entrée en vigueur en 2006, portée notamment par le Japon ; la France y fait inscrire le repas gastronomique (2010) et la baguette (2022).
Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable pour l'élargissement de la notion. Faute : dire que le repas gastronomique est « au patrimoine mondial ».
Paysage culturel
Bien qui résulte de l'œuvre conjuguée de l'homme et de la nature ; il est dit « évolutif vivant » quand la société qui l'a façonné continue de l'habiter et de le transformer.
À ne pas confondre
Site naturel — Le site naturel est inscrit pour ses qualités géologiques ou écologiques ; le paysage culturel l'est pour la trace des sociétés humaines.
Selon l'époque et le point de vue — Catégorie créée par l'UNESCO en 1992 ; le parc de Tongariro (Nouvelle-Zélande) est le premier inscrit à ce titre en 1993 ; bassin minier du Nord-Pas-de-Calais en 2012.
Ce que le mot permet d'écrire — Pour le patrimoine industriel, agricole ou viticole. Faute : le réduire à un beau panorama.
Valorisation
Ensemble des actions qui font connaître un bien et lui donnent une fonction : ouverture au public, médiation, restauration, labels, événements, exploitation touristique.
À ne pas confondre
Protection — Protéger, c'est empêcher la dégradation (lois, interdictions, entretien) ; valoriser, c'est mettre en usage. Les deux se complètent mais peuvent se contredire quand la fréquentation use le site.
Selon l'époque et le point de vue — En France, Journées du patrimoine lancées en 1984 par Jack Lang, européennes depuis 1991 ; Loto du patrimoine depuis 2018.
Ce que le mot permet d'écrire — Présente dans les sujets « protéger et valoriser ». Faute : les opposer mécaniquement.
Restitution
Retour d'un bien culturel à l'État ou à la communauté d'origine, lorsque sa sortie est jugée illicite ou illégitime (pillage, conquête, colonisation).
À ne pas confondre
Prêt ou dépôt — Le prêt est temporaire et la propriété ne change pas ; la restitution transfère la propriété. Le fragment du Parthénon de Palerme est d'abord arrivé à Athènes en dépôt (2022).
Selon l'époque et le point de vue — Comité intergouvernemental de l'UNESCO pour le retour des biens culturels créé en 1978 ; discours de Ouagadougou (2017), rapport Sarr-Savoy (2018), loi française du 24 décembre 2020.
Ce que le mot permet d'écrire — Pour les tensions entre États. Faute : oublier qu'en France les collections publiques sont inaliénables, d'où la nécessité d'une loi.
Trafic illicite de biens culturels
Vente et exportation de biens culturels sortis illégalement de leur pays : pillage de fouilles, vol dans les musées ou les églises, butin de guerre.
À ne pas confondre
Marché de l'art légal — Le marché légal vend des biens dont la provenance est documentée ; le trafic blanchit des objets en leur fabriquant une fausse provenance.
Selon l'époque et le point de vue — Convention de l'UNESCO du 14 novembre 1970 ; la résolution 2199 (2015) du Conseil de sécurité vise le commerce des antiquités d'Irak et de Syrie, la 2347 (2017) le patrimoine en général.
Ce que le mot permet d'écrire — Relie patrimoine et financement des groupes armés. Faute : citer des montants mondiaux précis, qui ne sont que des estimations très incertaines.
Nettoyage culturel
Destruction délibérée et systématique du patrimoine d'un groupe pour effacer sa mémoire, son identité et sa présence sur un territoire.
À ne pas confondre
Dommage collatéral — Le dommage collatéral est une destruction non recherchée pendant des combats ; le nettoyage culturel fait du patrimoine la cible elle-même.
Selon l'époque et le point de vue — Expression employée en 2015 par Irina Bokova, directrice générale de l'UNESCO, face aux destructions de l'État islamique ; le pont de Mostar (1993) en est un exemple antérieur.
Ce que le mot permet d'écrire — Pour Palmyre, Bamiyan, Tombouctou. Faute : parler de « barbarie » sans analyser l'intention politique.
Surtourisme
Fréquentation touristique si forte qu'elle dégrade le site, sature les espaces et détériore la vie des habitants.
À ne pas confondre
Tourisme de masse — Le tourisme de masse désigne un volume de visiteurs ; il ne devient surtourisme que lorsqu'il dépasse la capacité d'accueil d'un lieu.
Selon l'époque et le point de vue — Traduction de l'anglais overtourism, mot diffusé dans la seconde moitié des années 2010 à propos de Venise, Barcelone ou Dubrovnik.
Ce que le mot permet d'écrire — Pour les sujets sur le tourisme. Faute : moraliser au lieu d'analyser les acteurs et les régulations.
Muséification
Transformation d'un lieu habité en décor figé pour visiteurs : départ des habitants, disparition des commerces et des fonctions ordinaires, conservation du cadre sans la vie.
À ne pas confondre
Musée — Le musée est une institution qui conserve et expose des collections ; la muséification est un processus subi par une ville ou un quartier entier.
Selon l'époque et le point de vue — Terme employé à partir des années 1980 par les géographes et les urbanistes à propos des centres historiques ; Venise en est le cas d'école.
Ce que le mot permet d'écrire — Pour montrer le coût social du patrimoine. Faute : l'employer pour n'importe quel site très visité.
Soft power (diplomatie patrimoniale)
Capacité d'un État à influencer les autres par l'attraction de sa culture et de ses valeurs ; la diplomatie patrimoniale mobilise pour cela musées, expertise, prêts d'œuvres et candidatures à l'UNESCO.
À ne pas confondre
Hard power — Le hard power contraint par la force militaire ou économique ; le soft power séduit. Le patrimoine relève du second, mais il sert aussi des intérêts économiques très concrets (Louvre Abu Dhabi).
Selon l'époque et le point de vue — Notion forgée par Joseph Nye en 1990 ; appliquée à la France, qui accueille le siège de l'UNESCO depuis sa création en 1945.
Ce que le mot permet d'écrire — Pour le rayonnement de la France. Faute : présenter la diplomatie patrimoniale comme désintéressée.
Secteur sauvegardé (site patrimonial remarquable)
Périmètre urbain protégé dans son ensemble, rues, façades et îlots compris, où tout projet est soumis à un plan de sauvegarde.
À ne pas confondre
Monument historique — Le monument historique est un édifice protégé individuellement (loi de 1913) ; le secteur sauvegardé protège un tissu urbain entier.
Selon l'époque et le point de vue — Créé par la loi Malraux du 4 août 1962 (le Marais) ; depuis la loi du 7 juillet 2016, on parle de « sites patrimoniaux remarquables ».
Ce que le mot permet d'écrire — Pour Paris et les sujets « développement urbain et patrimoine ». Faute : l'opposer à toute modernisation.
Crime de guerre contre le patrimoine
Fait de diriger intentionnellement des attaques contre des monuments historiques ou des édifices religieux, culturels ou scientifiques qui ne sont pas des objectifs militaires.
À ne pas confondre
Crime contre l'humanité — Le crime contre l'humanité vise une population civile par une attaque généralisée ou systématique ; la destruction de patrimoine peut en être un élément, mais elle est d'abord qualifiée de crime de guerre.
Selon l'époque et le point de vue — Statut de Rome de la CPI (1998, article 8) ; le tribunal pour l'ex-Yougoslavie condamne en 2005 un général pour le bombardement de Dubrovnik ; la CPI condamne Al Mahdi en 2016.
Ce que le mot permet d'écrire — Pour montrer la judiciarisation de la protection. Faute : croire que ces procès sont nombreux : ils restent exceptionnels.
Les repères du programme
Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.
Universel / souverain
Le patrimoine est proclamé « de l'humanité », mais il reste sous l'autorité de l'État où il se trouve.
Ce qu'il débloque — Structure la tension centrale du chapitre : qui décide pour un bien commun ?
Exemple — Sur le sujet « Le patrimoine, enjeu de tensions entre différents acteurs », il permet d'opposer l'UNESCO et Venise, ou le British Museum et Athènes.
Protéger / valoriser
Conserver un bien et le faire vivre (et rapporter) sont deux logiques qui se soutiennent et se contrarient.
Ce qu'il débloque — Sert à nuancer toute partie sur le tourisme ou l'économie du patrimoine.
Exemple — Sur le sujet « Le tourisme : un atout pour le patrimoine ? », il permet de montrer que Versailles finance ses restaurations par la billetterie tout en devant limiter l'usure.
Conserver / habiter
Un patrimoine vivant a des usagers ; le figer peut en chasser les habitants.
Ce qu'il débloque — Pour les villes patrimoniales et les paysages culturels.
Exemple — Sur le sujet « Développement urbain et patrimoine sont-ils conciliables ? », il permet d'opposer la muséification de Venise et la reconversion du bassin minier.
Détruire / reconstruire
La destruction vise une identité ; la reconstruction la réaffirme, mais pose la question de l'authenticité.
Ce qu'il débloque — Pour les conflits et les catastrophes.
Exemple — Sur le sujet « Pourquoi est-il difficile de conserver le patrimoine ? », il permet de passer des mausolées détruits de Tombouctou (2012) à leur reconstruction (2015).
Local / national / mondial
Chaque bien mobilise des acteurs à plusieurs échelles, qui n'ont ni les mêmes intérêts ni les mêmes moyens.
Ce qu'il débloque — Donne de l'épaisseur à chaque partie : croiser habitants, État, UNESCO.
Exemple — Sur le sujet « La valorisation et la protection du patrimoine en France : acteurs, enjeux, limites », il permet d'articuler Mission Bassin minier, État et UNESCO.
Coopération / rivalité
Le patrimoine rassemble les États autour d'un bien commun et les oppose pour le prestige, la propriété ou le territoire.
Ce qu'il débloque — Pour la géopolitique du patrimoine à l'échelle mondiale.
Exemple — Sur le sujet « Comment le patrimoine contribue-t-il au rayonnement mondial de la France ? », il permet de montrer la France coopérant (ALIPH, Angkor) et rivalisant (Louvre Abu Dhabi, candidatures).
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.