Lycée · Terminale · Spécialité HGGSP
La gestion des ressources naturelles et leurs tensions
Thème 5 — L'environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire (Jalon : exploiter, préserver et protéger ; programme de Spécialité HGGSP de Terminale)
À propos de cette page
La ressource naturelle : une construction sociale et politique
Une ressource naturelle n'existe pas « en soi » : un élément du milieu (un gisement, un cours d'eau, une forêt) ne devient ressource que parce qu'une société, à un moment donné, sait l'exploiter et en a besoin. On parle d'une construction sociale et historique de la ressource.
Le statut de ressource évolue avec les techniques et les besoins : l'uranium n'est devenu stratégique qu'avec le nucléaire (années 1940-1950) ; le lithium et le cobalt le deviennent avec les batteries et la transition énergétique (depuis les années 2010).
L'eau : ressource vitale et facteur de tensions
L'eau douce est une ressource vitale, inégalement répartie et limitée : moins de 1 % de l'eau de la planète est de l'eau douce liquide accessible. Sa raréfaction (croissance démographique, irrigation, pollution, changement climatique) en fait un enjeu majeur du XXIe siècle.
Les tensions autour de l'eau sont aiguisées par les bassins-versants transfrontaliers : un fleuve partagé oppose pays d'amont (qui contrôlent la source) et pays d'aval (dépendants).
| Bassin | Pays d'amont | Pays d'aval | Tension |
|---|---|---|---|
| Nil | Éthiopie | Soudan, Égypte | Barrage GERD (depuis 2011) |
| Tigre-Euphrate | Turquie | Syrie, Irak | Projet GAP (barrages) |
| Mékong | Chine | Laos, Cambodge, Vietnam | Barrages chinois |
| Jourdain | Israël | Jordanie, Palestine | Partage très conflictuel |
Les ressources énergétiques au cœur des rivalités
L'énergie est le moteur du développement : la consommation mondiale a explosé depuis la révolution industrielle. Les hydrocarbures (pétrole, gaz, charbon) représentent encore environ 80 % du mix énergétique mondial, ce qui en fait des ressources hautement stratégiques.
La répartition très inégale des hydrocarbures crée des rapports de force géopolitiques :
- Le Moyen-Orient concentre près de la moitié des réserves mondiales de pétrole (Arabie saoudite, Iran, Irak). L'OPEP (créée en 1960) cherche à peser sur les prix.
- La Russie est un acteur énergétique majeur (gaz, pétrole) : la guerre en Ukraine (depuis 2022) a transformé le gaz en arme géopolitique et bouleversé l'approvisionnement de l'Europe.
- Les routes d'acheminement (détroit d'Ormuz, gazoducs, méthaniers GNL) sont des points névralgiques.
Minerais et terres rares : les ressources de la transition
La transition énergétique et numérique est extrêmement gourmande en métaux : un véhicule électrique contient six fois plus de minerais qu'une voiture thermique. Les minerais critiques deviennent un enjeu géopolitique de premier plan.
La caractéristique majeure est la concentration de la production, qui crée des dépendances :
- Chine : domine le raffinage des terres rares (environ 60 % de l'extraction, plus de 85 % du raffinage mondial), ce qui lui confère un levier stratégique.
- RDC : environ 70 % du cobalt mondial, indispensable aux batteries, dans un contexte de conflits armés et de travail des enfants (« minerais de sang »).
- Triangle du lithium (Chili, Argentine, Bolivie) : la majorité des réserves mondiales de lithium.
Forêts et ressources halieutiques : exploiter ou protéger
Forêts et ressources halieutiques (la pêche) sont des ressources renouvelables, mais menacées de surexploitation : leur renouvellement ne suffit plus à compenser les prélèvements.
La forêt amazonienne, « poumon vert » et plus grande forêt tropicale du monde, illustre la tension entre exploitation et protection : d'un côté le développement économique du Brésil (front pionnier agricole), de l'autre la préservation d'un puits de carbone d'intérêt planétaire. Sa gestion oppose souveraineté nationale et patrimoine commun de l'humanité.
De même, la surpêche menace les ressources halieutiques : selon la FAO, environ un tiers des stocks de poissons mondiaux sont surexploités. Les ZEE (zones économiques exclusives) et les quotas tentent de réguler l'accès, mais la pêche illégale et industrielle (notamment chinoise) accentue la pression.
Du développement durable à la gouvernance environnementale
Face à la surexploitation des ressources, la communauté internationale tente de bâtir une gouvernance environnementale mondiale, c'est-à-dire un ensemble de règles, d'institutions et d'acteurs pour gérer en commun les ressources et l'environnement.
Les grandes étapes de la gouvernance environnementale :
| Date | Événement | Apport |
|---|---|---|
| 1972 | Conférence de Stockholm | Première conférence de l'ONU sur l'environnement (PNUE) |
| 1987 | Rapport Brundtland | Définition du développement durable |
| 1992 | Sommet de la Terre (Rio) | Agenda 21, conventions climat et biodiversité |
| 1997 | Protocole de Kyoto | Premiers objectifs chiffrés de réduction des GES |
| 2015 | Accord de Paris (COP21) | Limiter le réchauffement à +1,5/+2 °C ; 17 ODD |
Étude de cas : la forêt, entre exploitation, préservation et protection
Le jalon du programme invite à étudier une ressource précise sous l'angle « exploiter, préserver et protéger ». La forêt en est un cas idéal car elle cristallise tous les enjeux.
• Exploiter : prélever la ressource pour ses usages économiques (bois, défrichement agricole, mines).
• Préserver : gérer durablement la ressource pour qu'elle se renouvelle (gestion forestière, certification PEFC/FSC).
• Protéger : soustraire un espace à l'exploitation (parcs nationaux, réserves de biosphère, aires protégées).
La forêt française illustre la gestion durable : exploitée depuis des siècles, elle est encadrée par l'ONF (Office National des Forêts) et a vu sa surface progresser depuis le XIXe siècle. À l'inverse, la forêt amazonienne ou indonésienne connaît une exploitation prédatrice (front pionnier, huile de palme).
- Une ressource naturelle est une construction sociale et historique : son statut dépend des besoins, des techniques et des choix politiques.
- L'eau douce, vitale et inégalement répartie, oppose pays d'amont et d'aval (Nil/GERD, Tigre-Euphrate, Mékong) : facteur de tensions mais aussi de coopération.
- Les hydrocarbures (≈80 % du mix) restent stratégiques (Moyen-Orient, OPEP, Russie, chokepoints comme Ormuz) ; la transition énergétique déplace les tensions vers les minerais critiques.
- Les terres rares et le cobalt (Chine, RDC, triangle du lithium) créent des dépendances stratégiques au coût environnemental élevé.
- Forêts et pêche illustrent la tragédie des biens communs : surexploitation, déforestation, surpêche, d'où la nécessité d'une régulation.
- La gouvernance environnementale (Brundtland 1987, Rio 1992, Accord de Paris 2015) tente de concilier exploitation et protection, mais reste fragile (souveraineté, clivage Nord/Sud).
- Le jalon « exploiter, préserver, protéger » s'articule autour de trois logiques et des conflits d'usage entre acteurs.
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