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Thème 3 — Axe 1 : histoire et mémoires des conflits

Distinction histoire et mémoire, débat sur les causes de la Première Guerre mondiale, mémoires de la guerre d'Algérie (spécialité HGGSP de Tle)

À propos de cette page
Ce lexique sur « Thème 3 — Axe 1 : histoire et mémoires des conflits » en terminale donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Histoire et mémoire : deux rapports au passé, Quand l'État légifère sur le passé : les lois mémorielles, Juillet 1914 : une crise locale devenue guerre européenne, La « question des responsabilités » (1914-1939) : un débat politique. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de devoir. Les repères d'analyse sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de terminale.

Histoire

Connaissance du passé construite par les historiens à partir de sources critiquées, qui cherche à établir et à expliquer les faits et reste révisable.

À ne pas confondre

  • Mémoire — La mémoire est un souvenir vécu et affectif propre à un groupe ; l'histoire se veut critique et universelle.

Selon l'époque et le point de vue — Du grec historia, « enquête » (Hérodote, Ve siècle av. J.-C.). La méthode critique moderne est codifiée en France par Langlois et Seignobos, Introduction aux études historiques (1898).

Ce que le mot permet d'écrire — Sert dans toute la partie « introduction » du thème. Faute à éviter : présenter l'histoire comme une vérité figée ; elle se révise avec les sources et les questions nouvelles.

Mémoire

Rapport au passé d'un individu ou d'un groupe, fait de souvenirs, d'oublis et de représentations, qui sert son identité présente.

À ne pas confondre

  • Histoire — La mémoire sélectionne et juge ; l'histoire explique et prouve.
  • Souvenir — Le souvenir est individuel ; la mémoire est souvent collective et transmise.

Selon l'époque et le point de vue — Notion travaillée par Halbwachs (1925), Nora (1984), Rousso (1987) et Ricœur (2000). Le mot s'emploie de plus en plus au pluriel depuis les années 1990.

Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable dans tous les sujets du thème 3. Faute à éviter : parler de « la » mémoire d'un conflit au singulier.

Mémoire collective

Souvenirs partagés et transmis par un groupe (famille, génération, nation), qui encadrent la mémoire de chacun de ses membres.

À ne pas confondre

  • Mémoire officielle — La mémoire officielle est celle que l'État promeut (dates, monuments, discours) ; elle peut entrer en conflit avec des mémoires de groupes.

Selon l'époque et le point de vue — Expression de Maurice Halbwachs, Les Cadres sociaux de la mémoire (1925) et La Mémoire collective (posthume, 1950).

Ce que le mot permet d'écrire — Sert à analyser les porteurs de mémoire de la guerre d'Algérie. Faute à éviter : croire qu'une nation n'a qu'une mémoire collective.

Lieu de mémoire

Tout élément, matériel ou symbolique, dans lequel une mémoire collective se cristallise : monument, date, drapeau, hymne, livre.

À ne pas confondre

  • Lieu d'histoire — Un lieu d'histoire est un endroit où un fait s'est produit ; un lieu de mémoire est investi d'une signification par un groupe, qu'il soit un lieu physique ou non.

Selon l'époque et le point de vue — Notion forgée par Pierre Nora, Les Lieux de mémoire (1984-1992) : le 14 juillet, La Marseillaise ou le Panthéon en sont des exemples.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert pour analyser un monument ou une date (Mémorial du quai Branly, 19 mars). Faute à éviter : réduire la notion à un lieu géographique.

Commémoration

Cérémonie publique qui rappelle un événement passé à date fixe, pour en entretenir le souvenir et en tirer une leçon pour le présent.

À ne pas confondre

  • Célébration — On célèbre une victoire ou une fête ; on commémore aussi des défaites et des victimes.

Selon l'époque et le point de vue — Pratique très ancienne, organisée par l'État en France depuis la IIIe République (11 novembre férié par la loi du 24 octobre 1922).

Ce que le mot permet d'écrire — Sert à montrer comment l'État fixe une mémoire (5 décembre, 19 mars, 25 septembre). Faute à éviter : oublier que le choix d'une date est déjà un choix politique.

Devoir de mémoire

Obligation morale, affirmée dans l'espace public, de se souvenir des victimes de crimes du passé et de les transmettre.

À ne pas confondre

  • Travail de mémoire — Le travail de mémoire est une démarche critique qui accepte de comprendre et d'historiciser ; le devoir de mémoire est une injonction morale.

Selon l'époque et le point de vue — Expression diffusée en France dans les années 1990 ; Paul Ricœur en critique les excès en 2000 et lui préfère la « juste mémoire ».

Ce que le mot permet d'écrire — Sert dans les sujets sur les politiques mémorielles. Faute à éviter : l'employer comme une évidence sans en montrer les débats.

Loi mémorielle

Loi qui qualifie un fait historique, en reconnaît les victimes ou en punit la négation.

À ne pas confondre

  • Résolution parlementaire — Une résolution exprime une position du Parlement sans valeur normative ; la loi s'impose à tous.

Selon l'époque et le point de vue — Expression apparue lors du débat de 2005 pour désigner les lois de 1990, 2001 et 2005 ; la mission Accoyer (2008) recommande de ne plus en voter.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert pour les relations entre histoire, mémoire et État. Faute à éviter : ranger toutes ces lois ensemble ; seule la loi Gayssot comporte une sanction pénale.

Historiographie

Histoire de la manière dont les historiens ont écrit l'histoire d'un sujet : leurs questions, leurs sources, leurs thèses successives.

À ne pas confondre

  • Histoire — L'histoire étudie le passé ; l'historiographie étudie les historiens qui l'étudient.

Selon l'époque et le point de vue — Démarche devenue centrale au XXe siècle ; le débat sur les causes de 1914 (Renouvin, Fischer, Clark) en est un exemple classique.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert pour le jalon sur 1914. Faute à éviter : présenter les thèses comme de simples opinions ; chacune s'appuie sur des sources et répond à un contexte.

Révisionnisme

Remise en cause d'une interprétation établie. Dans l'entre-deux-guerres, désigne la contestation du verdict de l'article 231 sur les responsabilités de 1914.

À ne pas confondre

  • Négationnisme — Le négationnisme nie la réalité d'un crime (le génocide des Juifs) ; le mot a été proposé par Henry Rousso en 1987 pour ne pas le confondre avec la révision légitime en histoire.

Selon l'époque et le point de vue — Les historiens américains Harry Elmer Barnes (1926) et Sidney Fay (1928) sont qualifiés de « révisionnistes » du traité de Versailles.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert pour le débat sur 1914. Faute à éviter : employer « révisionniste » comme une insulte ; toute histoire est révisable.

Question des responsabilités de la guerre

Débat sur la part de chaque État dans le déclenchement de la guerre de 1914 ; en allemand Kriegsschuldfrage.

À ne pas confondre

  • Causes de la guerre — Les causes sont un enchaînement de facteurs ; la responsabilité est un jugement porté sur des acteurs.

Selon l'époque et le point de vue — Posée par l'article 231 (1919) ; l'Allemagne crée dès 1919 un service officiel pour la contester.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert pour montrer les implications politiques d'un débat historique. Faute à éviter : confondre responsabilité juridique fixée par un traité et vérité historique.

Impérialisme

Politique d'expansion d'une puissance qui cherche à dominer d'autres territoires ou marchés ; pour les marxistes, stade du capitalisme qui mène à la guerre.

À ne pas confondre

  • Colonialisme — Le colonialisme implique une domination directe sur des territoires ; l'impérialisme est plus large (influence économique, rivalités de puissance).

Selon l'époque et le point de vue — L'Anglais John Hobson (1902), puis Lénine, L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (écrit en 1916), en font une clé d'explication de 1914.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert à présenter les causes profondes. Faute à éviter : en faire l'explication unique de la crise de juillet.

Guerre des mémoires

Concurrence entre groupes porteurs de mémoires différentes d'un même conflit, qui cherchent chacun la reconnaissance publique de leur récit.

À ne pas confondre

  • Concurrence des victimes — Expression de Jean-Michel Chaumont (1997) : la compétition entre groupes pour faire reconnaître leur souffrance comme la plus grave.

Selon l'époque et le point de vue — Titre d'un livre de Benjamin Stora (2007) sur la France face à son passé colonial.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert pour la guerre d'Algérie (19 mars contre 5 décembre). Faute à éviter : parler de « guerre » au sens militaire ; c'est une image.

Porteur de mémoire

Groupe ou individu qui entretient et revendique la mémoire d'un événement : association, famille, parti, État.

À ne pas confondre

  • Témoin — Le témoin a vécu les faits ; le porteur de mémoire peut appartenir à une génération suivante.

Selon l'époque et le point de vue — Notion utilisée notamment par Benjamin Stora pour la guerre d'Algérie : pieds-noirs, harkis, appelés, immigrés algériens, anciens de l'OAS, militants de l'indépendance.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert à construire une partie « des mémoires plurielles ». Faute à éviter : oublier la mémoire algérienne, elle aussi plurielle.

Amnistie

Mesure législative qui efface le caractère punissable de faits commis pendant une période et interdit de les poursuivre.

À ne pas confondre

  • Grâce — La grâce dispense un condamné de sa peine sans effacer la condamnation ; l'amnistie empêche même le procès.

Selon l'époque et le point de vue — Pour la guerre d'Algérie : décrets du 22 mars 1962, lois du 31 juillet 1968 et du 3 décembre 1982.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert à expliquer l'occultation de la guerre d'Algérie en France. Faute à éviter : confondre amnistie (juridique) et amnésie (mémorielle), même si la première favorise la seconde.

Harkis

Algériens engagés comme supplétifs dans l'armée française pendant la guerre d'Algérie ; le mot désigne aussi leurs familles.

À ne pas confondre

  • Pieds-noirs — Les pieds-noirs sont les Français d'origine européenne installés en Algérie ; les harkis sont des Algériens musulmans.

Selon l'époque et le point de vue — Victimes de représailles en Algérie en 1962 ; ceux qui gagnent la France sont relégués dans des camps (Rivesaltes, Bias). Journée d'hommage le 25 septembre ; pardon demandé en 2021 ; loi du 23 février 2022.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert pour montrer une mémoire longtemps marginalisée. Faute à éviter : donner un chiffre de victimes précis ; les estimations varient fortement.

Rapatriés

Français quittant les territoires devenus indépendants, en particulier les pieds-noirs d'Algérie (environ 800 000 en 1962).

À ne pas confondre

  • Réfugiés — Les rapatriés sont des nationaux accueillis dans leur propre pays, même si beaucoup n'avaient jamais vécu en métropole.

Selon l'époque et le point de vue — Leur mémoire, portée par des associations dès les années 1960, obtient la loi du 23 février 2005 et s'oppose à la date du 19 mars.

Ce que le mot permet d'écrire — Sert pour la guerre des mémoires. Faute à éviter : les assimiler tous à l'OAS.

Les repères du programme

Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.

Histoire / mémoire

Connaissance critique et universelle contre souvenir vécu, sélectif et propre à un groupe.

Ce qu'il débloque — Structure l'introduction de toute dissertation du thème 3 et sert de fil directeur.

Exemple — Sur le sujet « Les mémoires de la guerre d'Algérie en France depuis 1962 », il permet de montrer comment l'histoire (Branche, 2001) corrige des mémoires concurrentes.

Causes profondes / causes immédiates

Facteurs structurels anciens contre décisions prises dans un moment précis.

Ce qu'il débloque — Sert à organiser l'explication d'un déclenchement de guerre sans tomber dans la liste.

Exemple — Sur le sujet « Les causes de la Première Guerre mondiale : un débat historique », il permet de situer Lénine (structures) face à Clark (décisions de juillet).

Mémoire officielle / mémoires de groupes

Récit porté par l'État contre récits portés par des associations ou des communautés.

Ce qu'il débloque — Sert à montrer les conflits entre l'État et les porteurs de mémoire.

Exemple — Sur le sujet « L'État français et les mémoires des conflits depuis 1945 », il permet d'opposer le 19 mars (loi de 2012) aux mémoires des rapatriés et des harkis.

Oubli / reconnaissance

Silence organisé (amnisties, vocabulaire officiel) contre reconnaissance publique des faits.

Ce qu'il débloque — Donne un plan chronologique en trois temps : oubli, réveil, reconnaissance.

Exemple — Sur le sujet « Le 17 octobre 1961 », il permet d'aller du bilan officiel de 1961 au communiqué de 2012.

Reconnaissance / repentance

Admettre publiquement un fait contre présenter des excuses au nom de la nation.

Ce qu'il débloque — Sert à nuancer une conclusion sur les politiques mémorielles.

Exemple — Sur le sujet « Histoire et mémoires de la guerre d'Algérie des deux côtés de la Méditerranée », il permet d'expliquer pourquoi le rapport Stora (2021) écarte la repentance.

Témoin / historien

Celui qui a vécu et raconte contre celui qui établit et explique à partir de sources.

Ce qu'il débloque — Sert à montrer la complémentarité et les tensions entre mémoire et histoire.

Exemple — Sur le sujet « Le rôle des historiens face aux mémoires des conflits », il permet d'analyser La Guerre sans nom (1992) et la thèse de Raphaëlle Branche (2001).

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