Collège · 3ᵉ · Histoire
La société française : immigration et mémoires
Diversité, intégration et enjeux mémoriels en France
À propos de cette page
Une société transformée : Trente Glorieuses, femmes, jeunesse
De 1945 à 1973, les Trente Glorieuses (croissance de 5 % par an, plein emploi, baby-boom) font entrer la France dans la société de consommation : automobile, réfrigérateur, télévision, grandes surfaces, vacances. La population devient urbaine ; les grands ensembles (HLM) remplacent les bidonvilles ; les paysans ne sont plus que 10 % des actifs en 1975.
La jeunesse du baby-boom, plus scolarisée (collège pour tous, 1975), invente sa culture (yéyés, rock) et conteste l'autorité : mai 1968 mêle révolte étudiante et plus grande grève de l'histoire de France. La société se libéralise : majorité à 18 ans (1974), abolition de la peine de mort (1981).
La France, terre d'immigration (1880-1945)
Dès la fin du XIXe siècle, la France, où la natalité est faible, manque de bras : elle est le premier pays d'immigration d'Europe. Belges dans le Nord, Italiens à Marseille et en Lorraine (un tiers des Marseillais vers 1900 !), Espagnols dans le Sud-Ouest. Les tensions existent déjà : à Aigues-Mortes, en 1893, des ouvriers italiens sont massacrés.
Après 1918, pour remplacer les 1,4 million de morts, la France recrute massivement : Polonais dans les mines du Nord, Italiens, puis Espagnols républicains fuyant Franco (la Retirada, 1939). En 1931, la France compte 2,7 millions d'étrangers, 6,6 % de la population, un record. La crise des années 1930 provoque expulsions et xénophobie ; Vichy interne les étrangers et livre les Juifs étrangers aux nazis.
L'immigration des Trente Glorieuses (1945-1974)
La reconstruction puis la croissance exigent des travailleurs : l'Office national d'immigration (1945) recrute, mais la plupart des migrants arrivent seuls et sont régularisés ensuite. Les Italiens puis les Espagnols et les Portugais (750 000 en 1975, fuyant la dictature et la misère) forment la majorité ; les Algériens, citoyens français jusqu'en 1962, puis les Marocains et les Tunisiens, viennent travailler dans l'automobile, le bâtiment, les mines.
Hommes seuls pour la plupart, ils occupent les emplois les plus durs et logent dans des foyers ou des bidonvilles (Nanterre, Champigny : jusqu'à 75 000 personnes en région parisienne en 1966), résorbés dans les années 1970 au profit des cités HLM. Le 17 octobre 1961, une manifestation pacifique d'Algériens à Paris est réprimée dans le sang.
Depuis 1974 : fermeture, regroupement familial, débats
Le choc pétrolier de 1973 et la montée du chômage changent tout : en juillet 1974, le gouvernement Chirac suspend l'immigration de travail. Mais le regroupement familial (1976) permet aux familles de rejoindre les travailleurs : l'immigration se féminise et s'enracine ; on ne repart plus.
Les enfants d'immigrés, nés français, réclament l'égalité : Marche pour l'égalité et contre le racisme (1983, de Marseille à Paris), SOS Racisme (1984). Mais le chômage, la ségrégation des banlieues et les crimes racistes nourrissent les tensions ; le Front national fait de l'immigration son thème central à partir de 1983 ; les lois sur la nationalité et le séjour se durcissent (loi Pasqua, 1993). Depuis les années 2000, l'immigration vient aussi d'Afrique subsaharienne, d'Asie, d'Europe de l'Est ; l'asile (réfugiés) devient un enjeu majeur (2015).
Intégrer : le modèle républicain et ses défis
Ce modèle a fonctionné pour des millions de familles italiennes, polonaises, espagnoles, portugaises, maghrébines : mariages mixtes, réussite scolaire, présence dans le sport, la culture, la politique (l'équipe de France « black-blanc-beur » de 1998). Mais il est mis à l'épreuve par le chômage de masse, la concentration des immigrés dans des quartiers relégués (émeutes de 2005), les discriminations à l'embauche et au logement, et les débats sur la laïcité (loi de 2004 sur les signes religieux à l'école).
Les mémoires de la Seconde Guerre mondiale
Après 1945, la France se raconte comme un peuple de résistants (mythe du résistancialisme gaulliste et communiste) ; Vichy est présenté comme une parenthèse. La mémoire des déportés juifs reste marginale. Le tournant vient des années 1970 : film Le Chagrin et la Pitié (1971), travaux des historiens sur Vichy, procès pour crimes contre l'humanité (Barbie 1987, Touvier 1994, Papon 1998). Le 16 juillet 1995, le président Chirac reconnaît que « la France » a commis « l'irréparable » lors de la rafle du Vél d'Hiv : la responsabilité de l'État est admise.
La loi Gayssot (1990) punit le négationnisme (négation de la Shoah) ; le Mémorial de la Shoah ouvre en 2005 ; les témoins (Simone Veil) interviennent dans les écoles ; le 27 janvier devient journée de mémoire. Les mémoires des harkis, des Tsiganes internés, des travailleurs coloniaux sont reconnues plus tardivement.
Les mémoires de la colonisation et de la guerre d'Algérie
Longtemps, la guerre d'Algérie est une « guerre sans nom » : l'État parle d'« événements » et amnistie les crimes (1962-1968) ; chaque groupe cultive sa mémoire — pieds-noirs nostalgiques, harkis abandonnés, appelés silencieux, immigrés algériens, militants de l'Algérie française. Il faut attendre 1999 pour que le Parlement reconnaisse le mot « guerre », 2012 pour que le président Hollande reconnaisse la répression du 17 octobre 1961, 2018 pour que le président Macron reconnaisse l'usage de la torture (affaire Maurice Audin), 2021 pour une loi de reconnaissance envers les harkis.
Ces lois posent une question : l'État doit-il dire l'histoire ? Les historiens défendent la liberté de la recherche ; les associations veulent la reconnaissance des victimes. La mémoire est devenue un enjeu politique et identitaire, dans une France dont l'histoire est aussi celle des colonisés et des immigrés.
- Trente Glorieuses : société de consommation, droits des femmes (Neuwirth 1967, Veil 1975), jeunesse et mai 68.
- La France est une terre d'immigration depuis 1880 : Belges, Italiens, Polonais, Espagnols, Portugais, puis Maghrébins ; record de 1931 (6,6 %), bidonvilles, 17 octobre 1961.
- 1974 : fin de l'immigration de travail ; regroupement familial, Marche de 1983, débats et durcissement des lois.
- Le modèle républicain intègre par l'école, le travail, la nationalité ; il est défié par le chômage, les discriminations, la laïcité.
- Mémoires : du résistancialisme à la reconnaissance de Vichy (Chirac, 1995), loi Gayssot ; guerre d'Algérie reconnue tardivement (1999, 2012, 2018) ; lois mémorielles (2001).
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