À propos de cette page
Ce cours de histoire en troisième sur « La société française : immigration et mémoires » suit le programme officiel de histoire de troisième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La France, terre d'immigration depuis le XIXe siècle, Les Trente Glorieuses et l'appel à la main-d'œuvre étrangère (1945-1973), La politique d'immigration depuis les années 1970, Le modèle républicain d'intégration. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de troisième à réussir en histoire.
Au programme
1 · La France, terre d'immigration depuis le XIXe siècle
2 · Les Trente Glorieuses et l'appel à la main-d'œuvre étrangère (1945-1973)
3 · La politique d'immigration depuis les années 1970
4 · Le modèle républicain d'intégration
5 · La mémoire de la Shoah et de Vichy
6 · La mémoire de la guerre d'Algérie et de la colonisation
7 · Les lois mémorielles et les débats sur l'identité nationale
1La France, terre d'immigration depuis le XIXe siècle
La France est, depuis la fin du XIXe siècle, l'un des premiers pays d'immigration d'Europe. En 1891, on recense déjà environ un million d'étrangers sur le territoire français, soit 3 % de la population.
Cette immigration est d'abord essentiellement européenne :
- Les Italiens s'installent dans le Sud-Est et dans les régions industrielles du Nord.
- Les Polonais viennent travailler dans les mines du Nord.
- Les Espagnols et Portugais arrivent en grand nombre au XXe siècle.
Immigrant. Personne qui quitte son pays d'origine pour s'installer dans un autre pays de façon durable.
À partir de 1920, la France accueille aussi des réfugiés politiques : Russes fuyant la révolution bolchevique (1917), Arméniens survivants du génocide (1915-1923), puis républicains espagnols après 1939 (Retirada).
Exemple. En 1931, la France est le premier pays d'immigration au monde en termes de proportion d'étrangers dans la population (6,6 %).
2Les Trente Glorieuses et l'appel à la main-d'œuvre étrangère (1945-1973)
Après la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction et la croissance économique des Trente Glorieuses (1945-1973) nécessitent une main-d'œuvre abondante. La France fait appel à des travailleurs étrangers.
L'Office National d'Immigration (ONI), créé en 1945, organise le recrutement dans les pays d'origine. Deux grandes régions envoient des travailleurs :
- Le Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) : les Algériens bénéficient jusqu'en 1962 du statut de citoyens français mais dans une position de discrimination.
- L'Afrique sub-saharienne : principalement le Sénégal, le Mali, la Côte d'Ivoire.
Travailleur immigré. Personne qui vient d'un autre pays pour occuper un emploi en France, souvent dans l'industrie, le bâtiment ou les mines.
Ces travailleurs vivent souvent dans des conditions précaires : bidonvilles en banlieue des grandes villes (Nanterre, Marseille), foyers surpeuplés. Ils effectuent les travaux les plus pénibles et les moins bien rémunérés (usines Renault, mines, BTP).
Attention ! L'immigration maghrébine n'est pas uniquement masculine. Des femmes et des enfants rejoignent les pères dans le cadre du regroupement familial, surtout dans les années 1970.
3La politique d'immigration depuis les années 1970
En 1973-1974, le premier choc pétrolier provoque une grave crise économique. Le gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing décide de fermer les frontières à l'immigration de travail (juillet 1974).
| Date | Mesure |
|---|
| 1974 | Suspension de l'immigration de travail |
| 1976 | Autorisation du regroupement familial |
| 1981 | Loi Questiaux : amélioration du statut des étrangers |
| 1986 | Lois Pasqua : durcissement des conditions d'entrée |
| 2007 | Création du ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale |
Malgré la fermeture officielle des frontières, l'immigration se poursuit sous d'autres formes : regroupement familial, demandes d'asile politique, immigration irrégulière.
À savoir. Le droit d'asile est garanti par la Constitution de 1946 et la Convention de Genève (1951) : tout étranger persécuté dans son pays peut demander protection en France.
Depuis les années 1990, le débat politique sur l'immigration s'intensifie : la loi sur le port de signes religieux ostentatoires à l'école (2004) ou la question des « sans-papiers » (sans titre de séjour régulier) témoignent des tensions liées à la définition de l'identité nationale.
4Le modèle républicain d'intégration
La France a développé un modèle républicain d'intégration fondé sur des principes issus de la Révolution française.
Intégration. Processus par lequel un individu s'incorpore à la société d'accueil en adoptant ses valeurs, sa langue et ses lois, tout en conservant éventuellement ses spécificités culturelles dans la sphère privée.
Ce modèle repose sur trois piliers :
- L'école de la République : l'école laïque, gratuite et obligatoire transmet la langue française, les valeurs républicaines et favorise l'ascension sociale pour tous.
- La laïcité : séparation de l'Église et de l'État (loi de 1905). L'espace public est neutre, les convictions religieuses restent privées.
- La citoyenneté individuelle : la nationalité française s'obtient par droit du sol (naissance en France) ou naturalisation ; la République ne reconnaît pas de communautés mais des individus.
Exemple. La marche « Touche pas à mon pote » organisée par SOS Racisme en 1985, et la Marche pour l'égalité et contre le racisme (1983, dite « Marche des Beurs ») témoignent des revendications des enfants d'immigrés pour une égalité réelle dans la société française.
Ce modèle est néanmoins critiqué : des discriminations à l'embauche ou au logement persistent malgré les principes républicains. Le débat sur le multiculturalisme (reconnaissance des identités communautaires) oppose partisans du modèle assimilationniste et défenseurs d'une plus grande reconnaissance des diversités culturelles.
5La mémoire de la Shoah et de Vichy
La Shoah est le génocide des Juifs d'Europe perpétré par l'Allemagne nazie (1941-1945) : environ six millions de victimes. La France de Vichy y a participé activement.
Sous le régime de Vichy (1940-1944), le gouvernement du maréchal Pétain :
- Promulgue le Statut des Juifs (octobre 1940) qui les exclut de nombreuses professions et de la vie publique.
- Organise la rafle du Vél d'Hiv (16-17 juillet 1942) : 13 000 Juifs arrêtés par la police française à Paris, dont 4 000 enfants.
- Coopère activement à la déportation vers les camps d'extermination nazis.
Génocide. Destruction systématique et délibérée d'un groupe humain en raison de son appartenance ethnique, nationale, religieuse ou raciale.
Pendant des décennies, la mémoire officielle française minimise la responsabilité de l'État français. En 1995, le président Jacques Chirac prononce un discours historique reconnaissant officiellement la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs.
Exemple. Le mémorial de la Shoah, inauguré à Paris en 2005, et la cérémonie annuelle au Vél d'Hiv (chaque 2e dimanche de juillet) témoignent de l'entrée de cette mémoire dans la commémoration officielle.
La loi Gayssot (1990) rend illégale la négation des crimes contre l'humanité reconnus par le tribunal de Nuremberg, lutte contre le négationnisme.
6La mémoire de la guerre d'Algérie et de la colonisation
La guerre d'Algérie (1954-1962) est l'une des guerres les plus douloureuses et les plus tardivement reconnues de l'histoire française. Elle oppose l'armée française au Front de Libération Nationale (FLN) algérien dans le cadre du processus de décolonisation.
Cette guerre a laissé de multiples mémoires en concurrence :
- La mémoire des soldats français appelés du contingent.
- La mémoire des Harkis : Algériens qui ont combattu aux côtés de l'armée française, souvent abandonnés lors de l'indépendance en 1962 et victimes de représailles.
- La mémoire des Pieds-Noirs : Français d'Algérie rapatriés en 1962.
- La mémoire des combattants algériens du FLN.
Décolonisation. Processus par lequel les colonies accèdent à l'indépendance, dans les années 1950-1970 pour la plupart des territoires africains et asiatiques sous domination européenne.
Ce n'est qu'en 1999 que la loi française reconnaît officiellement qu'il s'agissait d'une « guerre » et non de simples « opérations de maintien de l'ordre ».
Attention ! La question de la torture pratiquée par l'armée française lors de la bataille d'Alger (1957) demeure une plaie mémorielle. Le général Aussaresses a reconnu publiquement ces pratiques en 2001, provoquant un vif débat.
Plus largement, la mémoire de la colonisation est débattue. La loi du 23 février 2005, qui demandait aux programmes scolaires de souligner « le rôle positif de la présence française outre-mer », a suscité une violente polémique et l'article controversé a finalement été abrogé.
7Les lois mémorielles et les débats sur l'identité nationale
Depuis les années 1990, la France a adopté plusieurs lois mémorielles qui reconnaissent officiellement des crimes historiques ou des événements du passé.
| Loi | Date | Contenu |
|---|
| Loi Gayssot | 1990 | Interdit la négation de la Shoah (négationnisme) |
| Loi Taubira | 2001 | Reconnaît l'esclavage et la traite comme crimes contre l'humanité |
| Loi génocide arménien | 2001 | Reconnaît le génocide arménien de 1915 |
| Loi du 23 février 2005 | 2005 | Reconnaît les rapatriés d'Algérie ; article controversé sur le « rôle positif » de la colonisation abrogé en 2006 |
Ces lois alimentent un débat entre historiens, juristes et politiques : certains défendent la nécessité de reconnaître officiellement les crimes passés pour construire une mémoire apaisée ; d'autres, comme l'appel des historiens de 2005, s'inquiètent de l'instrumentalisation politique de l'histoire et du risque de substituer une vérité légale à une vérité scientifique.
À retenir. La notion de devoir de mémoire désigne l'obligation morale de se souvenir des crimes et des souffrances passées pour éviter leur répétition. Elle s'est imposée dans le débat public français depuis les années 1980.
Ces débats sur la mémoire se croisent avec les débats sur l'identité nationale, notamment depuis 2007 avec la création éphémère d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale qui a provoqué de vives controverses dans la société française.
Exemple. Le roman Le gone du Chaâba d'Azouz Begag (1986) ou les films de Rachid Bouchareb (Indigènes, 2006, sur les soldats coloniaux de la Seconde Guerre mondiale) illustrent la façon dont les artistes issus de l'immigration contribuent à une mémoire plurielle de la France.
★À retenir
En bref :
• La France est une terre d'immigration depuis le XIXe siècle : immigration européenne d'abord, puis maghrébine et africaine après 1945.
• Les Trente Glorieuses (1945-1973) voient affluer des travailleurs immigrés ; à partir de 1974, l'immigration de travail est suspendue mais le regroupement familial continue.
• Le modèle républicain d'intégration repose sur l'école laïque, la laïcité et la citoyenneté individuelle — sans reconnaissance de communautés.
• La mémoire de la Shoah et du régime de Vichy est officiellement reconnue par Jacques Chirac en 1995 ; la loi Gayssot (1990) interdit le négationnisme.
• La guerre d'Algérie (1954-1962) laisse des mémoires multiples et concurrentes (soldats, Harkis, Pieds-Noirs) ; elle n'est reconnue comme « guerre » qu'en 1999.
• Les lois mémorielles (Gayssot, Taubira, génocide arménien) témoignent du rôle croissant de la mémoire dans la vie politique française.