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Écrire la guerre, témoigner : la littérature des guerres mondiales
Agir dans la cité : Barbusse, Genevoix, Remarque, Apollinaire, Vercors, Levi, Wiesel, Delbo, Semprun ; engagement, résistance & témoignage
À propos de cette page
Agir dans la cité : pourquoi écrire la guerre ?
Le XXe siècle est celui des deux guerres mondiales, des camps nazis et des régimes totalitaires. Des millions d'hommes et de femmes ont vécu ces événements ; certains ont pris la plume pour les raconter. Le programme de 3e les fait lire dans l'entrée « Agir dans la cité : individu et pouvoir », en lien avec l'histoire du XXe siècle (« L'Europe, un théâtre majeur des guerres totales »).
| Verbe clé | Ce que fait l'écrivain | Exemple |
|---|---|---|
| Témoigner | Raconter ce qu'il a vu et vécu, pour que cela soit su et ne soit pas oublié. Le témoin peut dire : « j'y étais ». | Primo Levi, Si c'est un homme (1947), sur Auschwitz |
| S'engager | Prendre parti, mettre son écriture au service d'une cause : la paix, la liberté, la mémoire des victimes. | Henri Barbusse, Le Feu (1916), qui montre la guerre sans gloire |
| Résister | Refuser l'oppression, y compris par les mots, au risque de sa vie. | Vercors, Le Silence de la mer (1942), publié clandestinement |
1914-1918 : les écrivains des tranchées
Pendant la Grande Guerre et juste après, des centaines de combattants publient leurs souvenirs. Quelques livres sont devenus des classiques, en France comme en Allemagne.
| Auteur | Œuvre | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|---|
| Henri Barbusse (1873-1935) | Le Feu. Journal d'une escouade (1916), prix Goncourt 1916 | Pacifiste avant 1914, il s'engage pourtant à 41 ans et combat dans l'infanterie. Son livre paraît d'abord en feuilleton dans le journal L'Œuvre, puis en volume à la fin de 1916, en pleine guerre : la vie d'une escouade de poilus, la boue, l'attente, les assauts, la langue des soldats. |
| Maurice Genevoix (1890-1980) | Sous Verdun (1916) ; ses cinq récits sont réunis en 1949 sous le titre Ceux de 14 | Jeune officier, il combat d'août 1914 à avril 1915, notamment aux Éparges, près de Verdun ; il est grièvement blessé le 25 avril 1915. Il est entré au Panthéon le 11 novembre 2020. |
| Roland Dorgelès (1885-1973) | Les Croix de bois (1919), prix Femina | Fantassin dès 1914. Le titre désigne les croix des tombes improvisées le long des routes du front. Le Goncourt 1919 lui échappe : il est attribué à Proust, ce qui fait scandale. |
| Erich Maria Remarque (1898-1970) | À l'ouest rien de nouveau (1929) | Allemand, mobilisé à 18 ans, blessé en 1917. Son narrateur, Paul Bäumer, est un jeune soldat allemand : la souffrance est la même des deux côtés du front. Pacifiste, le livre est brûlé par les nazis en 1933. |
Apollinaire : un poète dans la guerre
Guillaume Apollinaire (1880-1918), l'auteur d'Alcools (1913), né à Rome, s'engage dans l'armée française pendant la guerre et combat au front. En 1916, un éclat d'obus le blesse à la tempe. Affaibli, il meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918, deux jours avant l'armistice ; il est déclaré « mort pour la France ».
La guerre d'Apollinaire n'est ni une simple dénonciation ni un chant héroïque : c'est un regard ambigu, qui trouve de la beauté là où l'on ne l'attend pas, sans oublier la mort. Dans « Merveille de la guerre », il s'émerveille : « Que c'est beau ces fusées qui illuminent la nuit ». Mais quelques vers plus loin, ces fusées « accouchent brusquement d'enfants qui n'ont que le temps de mourir » : la fête lumineuse et la mort des soldats sont dans la même image.
1940-1945 : résister par les mots
Sous l'Occupation, publier librement est impossible : la censure de l'occupant et du régime de Vichy contrôle livres et journaux. Écrire devient alors un acte de résistance.
Le Silence de la mer est un récit bref : un officier allemand cultivé, Werner von Ebrennac, est logé chez un vieil homme et sa nièce. Soir après soir, il leur parle et dit rêver d'une alliance entre la France et l'Allemagne ; eux refusent de lui adresser la parole. Leur silence est leur manière de résister. C'est une fiction, pas un témoignage : elle sert la Résistance en montrant qu'on ne doit pas se laisser séduire par l'occupant, même aimable.
| Forme de résistance par l'écrit | Exemples |
|---|---|
| Publier en cachette, sous pseudonyme | Vercors aux Éditions de Minuit ; poèmes signés de faux noms |
| Écrire des poèmes faciles à retenir et à faire circuler | Éluard, « Liberté » (1942) : voir La poésie engagée |
| Agir et, plus tard, témoigner | Delbo, Semprun, Antelme, Levi : résistants arrêtés et déportés, puis auteurs des grands récits des camps |
Dire l'indicible : les récits de la déportation
Les survivants des camps nazis se heurtent à une double difficulté : trouver les mots pour une expérience que le langage ordinaire ne sait pas dire, et être écoutés. Robert Antelme le résume : « À peine commencions-nous à raconter, que nous suffoquions. »
| Auteur | Œuvre | Repères |
|---|---|---|
| Primo Levi (1919-1987), chimiste italien | Si c'est un homme (1947) | Arrêté en décembre 1943, déporté à Auschwitz en février 1944, libéré en janvier 1945. Le livre s'ouvre sur un poème qui donne son titre et s'adresse au lecteur. |
| Elie Wiesel (1928-2016) | La Nuit (1958, Éditions de Minuit) | Déporté en 1944, à 15 ans, avec sa famille, de Sighet (Roumanie actuelle) à Auschwitz, puis à Buchenwald, où meurt son père. Il garde le silence dix ans avant d'écrire. Prix Nobel de la paix en 1986. |
| Robert Antelme (1917-1990) | L'Espèce humaine (1947) | Résistant arrêté en juin 1944, déporté à Buchenwald puis au camp de Gandersheim, retrouvé à bout de forces à Dachau en 1945. Il montre que les SS ne parviennent pas à retirer aux déportés leur humanité. |
| Charlotte Delbo (1913-1985) | Aucun de nous ne reviendra (écrit en 1946, publié en 1965) | Résistante, déportée à Auschwitz en janvier 1943 dans un convoi de 230 femmes : 49 sont revenues. Son titre est un vers d'Apollinaire (« La Maison des morts », Alcools). Elle mêle prose et poèmes. |
| Jorge Semprun (1923-2011), Espagnol écrivant en français | Le Grand Voyage (1963) ; L'Écriture ou la vie (1994) | Résistant déporté à Buchenwald. Il raconte que, pour continuer à vivre, il a d'abord dû renoncer à écrire sur le camp ; il en a fait ensuite le sujet de la plupart de ses livres. |
Comment la littérature dépasse le document
Un document dit ce qui s'est passé ; une œuvre fait comprendre ce que cela fait de le vivre. Jorge Semprun l'affirme : « Seul l'artifice d'un récit maîtrisé parviendra à transmettre partiellement la vérité du témoignage. » Le mot « artifice » ne veut pas dire mensonge : c'est le travail de l'écrivain.
| Choix d'écriture | Effet sur le lecteur |
|---|---|
| Le « je » du témoin, le point de vue interne | On ne voit que ce que voit le soldat ou le déporté : l'horizon limité, l'ignorance de ce qui va arriver. |
| Le présent de narration | Les faits semblent se dérouler sous nos yeux. |
| Les détails concrets et les sensations | La boue, le froid, l'odeur, la faim : le lecteur éprouve dans son corps ce que les chiffres résument. |
| La langue des personnages | Argot des tranchées, mots du camp : des voix réelles, loin du discours officiel. |
| Les images (comparaison, métaphore, personnification) | Elles rendent visible l'inimaginable ; elles disent aussi qu'on manque de mots. |
| Les ellipses, les silences, les phrases brèves | Ce qui n'est pas dit pèse autant que ce qui l'est. |
| L'adresse au lecteur | Le lecteur est interpellé, obligé de prendre position. |
Méthode : lire et commenter un récit de guerre au brevet
Au brevet, le texte est souvent un récit à la première personne. Procède en cinq temps :
- Le paratexte : auteur, titre, date, note. Qui écrit, après quelle expérience ? Est-ce un témoignage, un roman inspiré du vécu, un poème ?
- La situation : qui parle, où, quand ? Le narrateur est-il le témoin ? Que sait-il, qu'ignore-t-il ?
- Ce que le texte fait éprouver : relève les sensations, les détails concrets, les émotions.
- Les choix d'écriture : temps verbaux, images, rythme des phrases, paroles rapportées, adresse au lecteur ; relie toujours le procédé à son effet.
- La portée : que dénonce ou que transmet le texte ? En quoi dépasse-t-il le simple récit des faits ?
Pour t'entraîner : la compréhension au brevet, la rédaction du brevet ; pour le roman du siècle : Le roman et le récit du XXe siècle ; pour l'écriture de soi : L'autobiographie et le récit de soi.
- Entrée « Agir dans la cité : individu et pouvoir » : des œuvres du XXe siècle liées aux guerres ; témoigner, s'engager, résister ; des textes qui dépassent le document historique.
- 1914-1918 : Barbusse, Le Feu (1916, Goncourt) ; Genevoix, Ceux de 14 ; Dorgelès, Les Croix de bois (1919, Femina) ; Remarque, À l'ouest rien de nouveau (1929) ; Apollinaire, Calligrammes (1918).
- Résistance : Vercors, Le Silence de la mer (1942, Éditions de Minuit clandestines) ; poésie de la Résistance.
- Déportation : Levi, Si c'est un homme (1947) ; Antelme, L'Espèce humaine (1947) ; Wiesel, La Nuit (1958) ; Semprun ; Delbo.
- Moyens : « je » du témoin, présent, détails concrets, langue des personnages, images, silences, adresse au lecteur.
- Un témoignage est vrai par ce qu'il fait éprouver et comprendre ; il reste le regard limité d'un homme ou d'une femme.
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.
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