Je réserve ici
Français 3ᵉ

Ressources · 3ᵉ · Français

Écrire la guerre, témoigner : la littérature des guerres mondiales

Agir dans la cité : Barbusse, Genevoix, Remarque, Apollinaire, Vercors, Levi, Wiesel, Delbo, Semprun ; engagement, résistance & témoignage

À propos de cette page
Ce cours de français en troisième sur « Écrire la guerre, témoigner : la littérature des guerres mondiales » suit le programme officiel de français de troisième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Agir dans la cité : pourquoi écrire la guerre ?, 1914-1918 : les écrivains des tranchées, Apollinaire : un poète dans la guerre, 1940-1945 : résister par les mots. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de troisième à réussir en français.
1

Agir dans la cité : pourquoi écrire la guerre ?

Le XXe siècle est celui des deux guerres mondiales, des camps nazis et des régimes totalitaires. Des millions d'hommes et de femmes ont vécu ces événements ; certains ont pris la plume pour les raconter. Le programme de 3e les fait lire dans l'entrée « Agir dans la cité : individu et pouvoir », en lien avec l'histoire du XXe siècle (« L'Europe, un théâtre majeur des guerres totales »).

Ce que demande le programme. Découvrir des œuvres du XXe siècle liées à des « bouleversements historiques majeurs » ; comprendre en quoi les textes littéraires « dépassent le statut de document historique » ; s'interroger sur les notions d'engagement et de résistance (programme du cycle 4, BO n° 31 du 30 juillet 2020).
Verbe cléCe que fait l'écrivainExemple
TémoignerRaconter ce qu'il a vu et vécu, pour que cela soit su et ne soit pas oublié. Le témoin peut dire : « j'y étais ».Primo Levi, Si c'est un homme (1947), sur Auschwitz
S'engagerPrendre parti, mettre son écriture au service d'une cause : la paix, la liberté, la mémoire des victimes.Henri Barbusse, Le Feu (1916), qui montre la guerre sans gloire
RésisterRefuser l'oppression, y compris par les mots, au risque de sa vie.Vercors, Le Silence de la mer (1942), publié clandestinement
Attention ! Un récit de guerre n'est pas un manuel d'histoire. L'historien explique avec des chiffres, des causes, des archives ; l'écrivain fait éprouver : la peur, la boue, la faim, l'attente, la honte d'avoir survécu. Les deux regards se complètent : revois les chapitres d'histoire sur la Première Guerre mondiale et sur la Shoah.
2

1914-1918 : les écrivains des tranchées

Pendant la Grande Guerre et juste après, des centaines de combattants publient leurs souvenirs. Quelques livres sont devenus des classiques, en France comme en Allemagne.

AuteurŒuvreCe qu'il faut savoir
Henri Barbusse (1873-1935)Le Feu. Journal d'une escouade (1916), prix Goncourt 1916Pacifiste avant 1914, il s'engage pourtant à 41 ans et combat dans l'infanterie. Son livre paraît d'abord en feuilleton dans le journal L'Œuvre, puis en volume à la fin de 1916, en pleine guerre : la vie d'une escouade de poilus, la boue, l'attente, les assauts, la langue des soldats.
Maurice Genevoix (1890-1980)Sous Verdun (1916) ; ses cinq récits sont réunis en 1949 sous le titre Ceux de 14Jeune officier, il combat d'août 1914 à avril 1915, notamment aux Éparges, près de Verdun ; il est grièvement blessé le 25 avril 1915. Il est entré au Panthéon le 11 novembre 2020.
Roland Dorgelès (1885-1973)Les Croix de bois (1919), prix FeminaFantassin dès 1914. Le titre désigne les croix des tombes improvisées le long des routes du front. Le Goncourt 1919 lui échappe : il est attribué à Proust, ce qui fait scandale.
Erich Maria Remarque (1898-1970)À l'ouest rien de nouveau (1929)Allemand, mobilisé à 18 ans, blessé en 1917. Son narrateur, Paul Bäumer, est un jeune soldat allemand : la souffrance est la même des deux côtés du front. Pacifiste, le livre est brûlé par les nazis en 1933.
Exemple. Dans le premier chapitre du Feu, un soldat couvert de boue lance : « Deux armées qui se battent, c'est comme une grande armée qui se suicide ! » La comparaison renverse le discours patriotique : il n'y a plus deux camps, mais une seule humanité qui se détruit elle-même.
Témoignage et vérité. En 1929, Jean Norton Cru, ancien combattant, publie Témoins : il confronte environ trois cents récits de combattants aux faits (cartes, journaux de marche) et émet de fortes réserves sur des romans célèbres comme Le Feu ou Les Croix de bois, qu'il juge trop attachés à l'effet. Le débat est lancé : un témoignage doit-il être exact au détail près, ou vrai par ce qu'il fait comprendre ?
3

Apollinaire : un poète dans la guerre

Guillaume Apollinaire (1880-1918), l'auteur d'Alcools (1913), né à Rome, s'engage dans l'armée française pendant la guerre et combat au front. En 1916, un éclat d'obus le blesse à la tempe. Affaibli, il meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918, deux jours avant l'armistice ; il est déclaré « mort pour la France ».

Calligrammes (1918). Sous-titré « Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916) », le recueil réunit des poèmes écrits avant et pendant la guerre, dont beaucoup au front. Certains sont des calligrammes : les mots y dessinent une forme sur la page. Le recueil mêle vers réguliers et vers libres ; beaucoup de poèmes, comme « Exercice » ou « Merveille de la guerre », n'ont aucune ponctuation.

La guerre d'Apollinaire n'est ni une simple dénonciation ni un chant héroïque : c'est un regard ambigu, qui trouve de la beauté là où l'on ne l'attend pas, sans oublier la mort. Dans « Merveille de la guerre », il s'émerveille : « Que c'est beau ces fusées qui illuminent la nuit ». Mais quelques vers plus loin, ces fusées « accouchent brusquement d'enfants qui n'ont que le temps de mourir » : la fête lumineuse et la mort des soldats sont dans la même image.

Astuce. Face à un poème de guerre, ne décide pas trop vite qu'il « dénonce ». Cherche d'abord le ton : admiration, ironie, tendresse pour les camarades, angoisse. L'intérêt du texte est souvent dans ce mélange.
Pour aller plus loin. La poésie de la Seconde Guerre mondiale (Éluard, Aragon, Desnos, Char) est étudiée dans le chapitre La poésie engagée.
4

1940-1945 : résister par les mots

Sous l'Occupation, publier librement est impossible : la censure de l'occupant et du régime de Vichy contrôle livres et journaux. Écrire devient alors un acte de résistance.

Les Éditions de Minuit. Fondées en 1941 dans la clandestinité par Jean Bruller et Pierre de Lescure, elles publient en février 1942 leur premier livre : Le Silence de la mer, signé du pseudonyme Vercors (c'est Jean Bruller lui-même).

Le Silence de la mer est un récit bref : un officier allemand cultivé, Werner von Ebrennac, est logé chez un vieil homme et sa nièce. Soir après soir, il leur parle et dit rêver d'une alliance entre la France et l'Allemagne ; eux refusent de lui adresser la parole. Leur silence est leur manière de résister. C'est une fiction, pas un témoignage : elle sert la Résistance en montrant qu'on ne doit pas se laisser séduire par l'occupant, même aimable.

Forme de résistance par l'écritExemples
Publier en cachette, sous pseudonymeVercors aux Éditions de Minuit ; poèmes signés de faux noms
Écrire des poèmes faciles à retenir et à faire circulerÉluard, « Liberté » (1942) : voir La poésie engagée
Agir et, plus tard, témoignerDelbo, Semprun, Antelme, Levi : résistants arrêtés et déportés, puis auteurs des grands récits des camps
Attention ! Ne confonds pas résistant et déporté juif. Delbo, Semprun et Antelme ont été déportés pour leurs actes de résistance ; Wiesel l'a été parce qu'il était juif, comme les millions de victimes de la Shoah. Levi, arrêté comme résistant en Italie, a été déporté à Auschwitz parce qu'il était juif.
5

Dire l'indicible : les récits de la déportation

Les survivants des camps nazis se heurtent à une double difficulté : trouver les mots pour une expérience que le langage ordinaire ne sait pas dire, et être écoutés. Robert Antelme le résume : « À peine commencions-nous à raconter, que nous suffoquions. »

AuteurŒuvreRepères
Primo Levi (1919-1987), chimiste italienSi c'est un homme (1947)Arrêté en décembre 1943, déporté à Auschwitz en février 1944, libéré en janvier 1945. Le livre s'ouvre sur un poème qui donne son titre et s'adresse au lecteur.
Elie Wiesel (1928-2016)La Nuit (1958, Éditions de Minuit)Déporté en 1944, à 15 ans, avec sa famille, de Sighet (Roumanie actuelle) à Auschwitz, puis à Buchenwald, où meurt son père. Il garde le silence dix ans avant d'écrire. Prix Nobel de la paix en 1986.
Robert Antelme (1917-1990)L'Espèce humaine (1947)Résistant arrêté en juin 1944, déporté à Buchenwald puis au camp de Gandersheim, retrouvé à bout de forces à Dachau en 1945. Il montre que les SS ne parviennent pas à retirer aux déportés leur humanité.
Charlotte Delbo (1913-1985)Aucun de nous ne reviendra (écrit en 1946, publié en 1965)Résistante, déportée à Auschwitz en janvier 1943 dans un convoi de 230 femmes : 49 sont revenues. Son titre est un vers d'Apollinaire (« La Maison des morts », Alcools). Elle mêle prose et poèmes.
Jorge Semprun (1923-2011), Espagnol écrivant en françaisLe Grand Voyage (1963) ; L'Écriture ou la vie (1994)Résistant déporté à Buchenwald. Il raconte que, pour continuer à vivre, il a d'abord dû renoncer à écrire sur le camp ; il en a fait ensuite le sujet de la plupart de ses livres.
Exemple. Elie Wiesel, à propos de son arrivée au camp : « Jamais je n'oublierai cette nuit, la première nuit de camp qui a fait de ma vie une nuit longue et sept fois verrouillée. » La nuit réelle devient une métaphore de toute une vie enfermée ; elle donne son titre au livre.
Le paradoxe du témoin. Ceux qui ont vu le pire, ceux qui sont morts, ne peuvent plus parler ; les survivants parlent pour eux. Témoigner devient un devoir envers les disparus : le récit garde la trace de ceux qui ne sont pas revenus.
6

Comment la littérature dépasse le document

Un document dit ce qui s'est passé ; une œuvre fait comprendre ce que cela fait de le vivre. Jorge Semprun l'affirme : « Seul l'artifice d'un récit maîtrisé parviendra à transmettre partiellement la vérité du témoignage. » Le mot « artifice » ne veut pas dire mensonge : c'est le travail de l'écrivain.

Choix d'écritureEffet sur le lecteur
Le « je » du témoin, le point de vue interneOn ne voit que ce que voit le soldat ou le déporté : l'horizon limité, l'ignorance de ce qui va arriver.
Le présent de narrationLes faits semblent se dérouler sous nos yeux.
Les détails concrets et les sensationsLa boue, le froid, l'odeur, la faim : le lecteur éprouve dans son corps ce que les chiffres résument.
La langue des personnagesArgot des tranchées, mots du camp : des voix réelles, loin du discours officiel.
Les images (comparaison, métaphore, personnification)Elles rendent visible l'inimaginable ; elles disent aussi qu'on manque de mots.
Les ellipses, les silences, les phrases brèvesCe qui n'est pas dit pèse autant que ce qui l'est.
L'adresse au lecteurLe lecteur est interpellé, obligé de prendre position.
Exemple. Primo Levi ouvre son livre en s'adressant à nous : « Vous qui vivez en toute quiétude / Bien au chaud dans vos maisons », puis nous ordonne : « Considérez si c'est un homme ». Le lecteur, à l'abri, devient responsable de la mémoire.
Astuce. Pour les registres, retiens : pathétique (faire partager la souffrance), tragique (l'homme écrasé par une force qui le dépasse), épique (la grandeur du combat), souvent détourné : chez Barbusse ou Remarque, l'héroïsme est refusé. Le vocabulaire de l'engagement est travaillé dans Le lexique de l'argumentation et de l'engagement.
7

Méthode : lire et commenter un récit de guerre au brevet

Au brevet, le texte est souvent un récit à la première personne. Procède en cinq temps :

  1. Le paratexte : auteur, titre, date, note. Qui écrit, après quelle expérience ? Est-ce un témoignage, un roman inspiré du vécu, un poème ?
  2. La situation : qui parle, où, quand ? Le narrateur est-il le témoin ? Que sait-il, qu'ignore-t-il ?
  3. Ce que le texte fait éprouver : relève les sensations, les détails concrets, les émotions.
  4. Les choix d'écriture : temps verbaux, images, rythme des phrases, paroles rapportées, adresse au lecteur ; relie toujours le procédé à son effet.
  5. La portée : que dénonce ou que transmet le texte ? En quoi dépasse-t-il le simple récit des faits ?
Astuce. Sujet de réflexion possible : « Un écrivain doit-il tout dire de la guerre, même ce qui choque ? » Un bon exemple cite un auteur, un titre, une date et un procédé précis ; il ne se contente pas de « beaucoup de livres parlent de la guerre ».
Attention ! Ne raconte pas la guerre à la place du texte. Le contexte historique tient en une phrase ; ta réponse porte sur ce que l'auteur écrit et sur la façon dont il l'écrit.

Pour t'entraîner : la compréhension au brevet, la rédaction du brevet ; pour le roman du siècle : Le roman et le récit du XXe siècle ; pour l'écriture de soi : L'autobiographie et le récit de soi.

À retenir
  • Entrée « Agir dans la cité : individu et pouvoir » : des œuvres du XXe siècle liées aux guerres ; témoigner, s'engager, résister ; des textes qui dépassent le document historique.
  • 1914-1918 : Barbusse, Le Feu (1916, Goncourt) ; Genevoix, Ceux de 14 ; Dorgelès, Les Croix de bois (1919, Femina) ; Remarque, À l'ouest rien de nouveau (1929) ; Apollinaire, Calligrammes (1918).
  • Résistance : Vercors, Le Silence de la mer (1942, Éditions de Minuit clandestines) ; poésie de la Résistance.
  • Déportation : Levi, Si c'est un homme (1947) ; Antelme, L'Espèce humaine (1947) ; Wiesel, La Nuit (1958) ; Semprun ; Delbo.
  • Moyens : « je » du témoin, présent, détails concrets, langue des personnages, images, silences, adresse au lecteur.
  • Un témoignage est vrai par ce qu'il fait éprouver et comprendre ; il reste le regard limité d'un homme ou d'une femme.
Bloqué sur ce chapitre ?

Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

Prof de français à Marseille · Cours particuliers au collège · Aide aux devoirs