Collège · 3ᵉ · Français
Le roman et le récit du XXe siècle
Nouvelles formes romanesques, regards sur le monde moderne & point de vue
À propos de cette page
Un siècle qui bouscule le roman
Au XIXe siècle, le roman raconte une histoire complète, avec un héros, un narrateur qui sait tout et un ordre chronologique (Balzac, Zola). Le XXe siècle remet tout cela en question.
| Roman du XIXe | Roman du XXe |
|---|---|
| Un héros exemplaire ou ambitieux | Un personnage ordinaire, hésitant, parfois sans nom : l'anti-héros |
| Un narrateur omniscient qui explique | Un point de vue limité, des pensées en désordre, un narrateur qui doute |
| Une intrigue complète, dans l'ordre | Un récit fragmenté, des retours en arrière, une fin ouverte |
| Une langue soutenue et descriptive | Des phrases courtes, la langue parlée, le présent, le passé composé |
Le narrateur et le point de vue
Le XXe siècle privilégie le point de vue interne et invente le monologue intérieur : le lecteur entre dans une conscience et n'en sait pas plus qu'elle. Camus fait raconter L'Étranger (1942) par Meursault, qui ne comprend pas lui-même ce qu'il ressent ; Sarraute suit les mouvements minuscules de la pensée ; Butor, dans La Modification (1957), s'adresse au personnage en disant « vous ».
Le personnage : du héros à l'anti-héros
Le personnage du XXe siècle perd ce qui faisait le héros : la grandeur, la volonté, parfois même le nom et le visage.
| Type | Caractéristiques | Exemples |
|---|---|---|
| Le héros | Exceptionnel, agit, transforme sa vie, porte des valeurs | Jean Valjean (Hugo), les héros de Malraux qui s'engagent |
| L'anti-héros | Ordinaire ou médiocre, passif, indifférent, sans idéal apparent ; le lecteur ne peut ni l'admirer ni le détester simplement | Meursault (Camus, L'Étranger), Roquentin (Sartre, La Nausée) |
| Le personnage sans identité | Désigné par une lettre, un pronom, une fonction ; le lecteur ignore son passé et son apparence | Personnages de Sarraute et de Beckett ; le « vous » de Butor |
| Le personnage-témoin | Il traverse un événement historique qu'il ne maîtrise pas et le raconte | Le narrateur du Silence de la mer (Vercors), le docteur Rieux (La Peste) |
Le temps du récit : ordre, rythme, temps verbaux
Le roman du XXe siècle joue avec le temps : il ne raconte plus forcément dans l'ordre, ni au passé simple.
| Notion | Définition | Effet |
|---|---|---|
| Analepse | Retour en arrière | Éclairer le présent par le passé, créer une énigme |
| Prolepse | Anticipation | Annoncer, créer une attente ou une fatalité |
| Ellipse | Passage sous silence d'une durée | Accélérer, laisser un vide que le lecteur comble |
| Scène | Le temps du récit égale celui de l'histoire (dialogue, moment fort) | Ralentir, faire vivre |
| Sommaire | Résumé rapide de plusieurs jours ou années | Accélérer, relier deux scènes |
Les temps verbaux changent aussi de rôle :
- le passé composé remplace le passé simple chez Camus : il donne une impression de journal, de proximité, de détachement ;
- le présent de narration fait vivre l'événement au moment où il se produit (Duras, Modiano, Ernaux) ;
- l'imparfait et le plus-que-parfait servent aux romans de la mémoire (Proust), où le passé est reconstruit par un narrateur qui se souvient.
Les formes du récit au XXe siècle
| Forme | Ce qui la caractérise | Repères |
|---|---|---|
| La nouvelle | Récit court, peu de personnages, une chute | Maupassant (XIXe), puis Marcel Aymé, Anna Gavalda, Pennac |
| Le roman-fleuve | Plusieurs volumes, une famille ou une société sur des décennies | Proust, À la recherche du temps perdu (1913-1927) ; Martin du Gard, Les Thibault |
| Le roman de la mémoire et de soi | Le narrateur cherche son passé, mêle souvenir et fiction | Proust, Duras, Perec, Modiano, Ernaux |
| Le roman engagé ou de témoignage | Un événement historique vécu de l'intérieur ; le roman prend position | Malraux, Vercors, Camus, Gary, Kessel |
| Le Nouveau Roman (années 1950-1960) | Refus de l'intrigue, du personnage traditionnel et du narrateur omniscient ; descriptions minutieuses, point de vue instable | Robbe-Grillet, Sarraute, Butor, Duras |
| L'Oulipo (à partir de 1960) | Écrire sous contrainte formelle (une lettre interdite, une structure imposée) | Perec, La Disparition (1969) ; Queneau, Exercices de style (1947) |
Le roman face au monde : témoigner, s'engager, se souvenir
Le XXe siècle est un siècle d'événements immenses : le roman s'en empare de trois manières.
- Témoigner : raconter ce que l'on a vu pour que cela ne soit pas oublié. Vercors, dans Le Silence de la mer (1942, publié clandestinement), montre une famille qui résiste par le silence à un officier logé chez elle.
- S'engager : le roman pose une question morale et prend position. Dans La Peste (1947), Camus raconte une ville frappée par une épidémie et fait du docteur Rieux le modèle d'une résistance sans héroïsme, par le simple travail quotidien.
- Se souvenir : après les catastrophes, le roman explore la mémoire et ses trous. Perec (W ou le Souvenir d'enfance, 1975), Modiano (Dora Bruder, 1997), Duras (L'Amant, 1984) mêlent enquête, fiction et autobiographie.
Lire un extrait de roman du XXe siècle : la méthode
Au brevet, l'extrait est souvent un incipit (début) ou une scène clé. Procède en six questions :
- Qui raconte ? Narrateur-personnage (« je ») ou extérieur ? Quel point de vue ? Cite les indices (verbes de perception, pensées, ignorance).
- Qui est le personnage ? Héros ou anti-héros ? Que sait-on de lui, et surtout que ne sait-on pas ?
- Quand ? Temps verbaux dominants et leur valeur ; ordre du récit (analepse, ellipse) ; ancrage historique éventuel.
- Comment ? Phrases courtes ou longues, langue parlée ou soutenue, présent, répétitions, monologue intérieur, ponctuation.
- Quel registre ? Réaliste, tragique, absurde, ironique, lyrique.
- Quel effet sur le lecteur ? Malaise, proximité, distance, compassion, surprise ; en quoi le texte rompt-il avec le roman traditionnel ?
- Le roman du XXe siècle refuse le héros exemplaire, le narrateur omniscient et l'ordre chronologique du roman du XIXe.
- Narrateur ≠ auteur ; point de vue interne (un personnage), externe (caméra), omniscient (tout savoir) ; monologue intérieur.
- Personnage : héros, anti-héros (Meursault), personnage sans identité (Sarraute, Butor au « vous »), personnage-témoin.
- Temps : analepse, prolepse, ellipse, scène, sommaire ; passé composé (Camus), présent (Duras), imparfait de la mémoire (Proust).
- Formes : nouvelle, roman-fleuve, roman de la mémoire, roman engagé, Nouveau Roman (Robbe-Grillet, Sarraute, Butor), Oulipo (Perec, Queneau).
- Face au monde : témoigner (Vercors), s'engager (Camus, La Peste, l'absurde et la révolte), se souvenir (Perec, Modiano, Duras).
- Méthode : qui raconte, qui est le personnage, quand, comment, quel registre, quel effet.
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