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Collège · 3ᵉ · Français

Le roman et le récit du XXe siècle

Nouvelles formes romanesques, regards sur le monde moderne & point de vue

À propos de cette page
Ce cours de français en troisième sur « Le roman et le récit du XXe siècle » suit le programme officiel de français de troisième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Un siècle qui bouscule le roman, Le narrateur et le point de vue, Le personnage : du héros à l'anti-héros, Le temps du récit : ordre, rythme, temps verbaux. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de troisième à réussir en français.
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Un siècle qui bouscule le roman

Au XIXe siècle, le roman raconte une histoire complète, avec un héros, un narrateur qui sait tout et un ordre chronologique (Balzac, Zola). Le XXe siècle remet tout cela en question.

Pourquoi ce renouvellement ? Les deux guerres mondiales ébranlent la confiance dans le progrès ; la psychanalyse révèle que l'on ne se connaît pas soi-même ; le cinéma et la photographie prennent en charge la description du réel ; la ville moderne et la vitesse changent la perception du temps. Le roman cherche alors de nouvelles façons de dire un monde devenu incertain.
Roman du XIXeRoman du XXe
Un héros exemplaire ou ambitieuxUn personnage ordinaire, hésitant, parfois sans nom : l'anti-héros
Un narrateur omniscient qui expliqueUn point de vue limité, des pensées en désordre, un narrateur qui doute
Une intrigue complète, dans l'ordreUn récit fragmenté, des retours en arrière, une fin ouverte
Une langue soutenue et descriptiveDes phrases courtes, la langue parlée, le présent, le passé composé
Astuce. Face à un extrait du XXe siècle, demande-toi d'abord ce que l'auteur refuse du roman traditionnel : un héros ? un narrateur qui sait tout ? un ordre chronologique ? Ce refus est souvent le sens du texte.
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Le narrateur et le point de vue

Narrateur. Celui qui raconte. Il ne faut pas le confondre avec l'auteur (la personne réelle). Il peut être personnage de l'histoire (« je ») ou extérieur à elle (« il », « elle »).
Point de vue (ou focalisation). La position d'où l'histoire est perçue : interne (à travers un personnage), externe (de l'extérieur, sans pensées), omniscient (le narrateur sait tout).

Le XXe siècle privilégie le point de vue interne et invente le monologue intérieur : le lecteur entre dans une conscience et n'en sait pas plus qu'elle. Camus fait raconter L'Étranger (1942) par Meursault, qui ne comprend pas lui-même ce qu'il ressent ; Sarraute suit les mouvements minuscules de la pensée ; Butor, dans La Modification (1957), s'adresse au personnage en disant « vous ».

Exemple (texte rédigé pour le cours). « Il posa la lettre sur la table. Il ne la relut pas. Dehors, un volet claqua. » (point de vue externe : gestes seulement) / « Il posa la lettre : ses mains ne tremblaient pas, il s'en étonna. Que lui avait-elle voulu, au juste ? » (point de vue interne : sensations, pensées) / « Il posa la lettre sans savoir que, dans la pièce voisine, sa sœur l'avait déjà lue. » (omniscient : le narrateur en sait plus que lui)
Attention ! Un récit à la première personne est toujours en point de vue interne (le « je » ne peut pas savoir ce qu'il ne perçoit pas). Le point de vue peut changer d'un paragraphe à l'autre dans un récit à la troisième personne : indique toujours sur quel passage porte ta réponse.
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Le personnage : du héros à l'anti-héros

Le personnage du XXe siècle perd ce qui faisait le héros : la grandeur, la volonté, parfois même le nom et le visage.

TypeCaractéristiquesExemples
Le hérosExceptionnel, agit, transforme sa vie, porte des valeursJean Valjean (Hugo), les héros de Malraux qui s'engagent
L'anti-hérosOrdinaire ou médiocre, passif, indifférent, sans idéal apparent ; le lecteur ne peut ni l'admirer ni le détester simplementMeursault (Camus, L'Étranger), Roquentin (Sartre, La Nausée)
Le personnage sans identitéDésigné par une lettre, un pronom, une fonction ; le lecteur ignore son passé et son apparencePersonnages de Sarraute et de Beckett ; le « vous » de Butor
Le personnage-témoinIl traverse un événement historique qu'il ne maîtrise pas et le raconteLe narrateur du Silence de la mer (Vercors), le docteur Rieux (La Peste)
Exemple. L'Étranger s'ouvre sur « Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » En deux phrases, Camus installe un narrateur qui ne sait pas et ne semble pas ressentir : le lecteur, privé des repères habituels, doit juger par lui-même.
Astuce. Pour caractériser un personnage du XXe siècle, observe ce qui manque : pas de portrait, pas de nom, pas de projet, pas d'émotion exprimée. L'absence est un choix d'écriture, à interpréter.
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Le temps du récit : ordre, rythme, temps verbaux

Le roman du XXe siècle joue avec le temps : il ne raconte plus forcément dans l'ordre, ni au passé simple.

NotionDéfinitionEffet
AnalepseRetour en arrièreÉclairer le présent par le passé, créer une énigme
ProlepseAnticipationAnnoncer, créer une attente ou une fatalité
EllipsePassage sous silence d'une duréeAccélérer, laisser un vide que le lecteur comble
ScèneLe temps du récit égale celui de l'histoire (dialogue, moment fort)Ralentir, faire vivre
SommaireRésumé rapide de plusieurs jours ou annéesAccélérer, relier deux scènes

Les temps verbaux changent aussi de rôle :

  • le passé composé remplace le passé simple chez Camus : il donne une impression de journal, de proximité, de détachement ;
  • le présent de narration fait vivre l'événement au moment où il se produit (Duras, Modiano, Ernaux) ;
  • l'imparfait et le plus-que-parfait servent aux romans de la mémoire (Proust), où le passé est reconstruit par un narrateur qui se souvient.
Exemple. Du côté de chez Swann commence par « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » : un passé composé pour une habitude ancienne, et tout le roman va remonter le temps depuis ce lit d'enfant.
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Les formes du récit au XXe siècle

FormeCe qui la caractériseRepères
La nouvelleRécit court, peu de personnages, une chuteMaupassant (XIXe), puis Marcel Aymé, Anna Gavalda, Pennac
Le roman-fleuvePlusieurs volumes, une famille ou une société sur des décenniesProust, À la recherche du temps perdu (1913-1927) ; Martin du Gard, Les Thibault
Le roman de la mémoire et de soiLe narrateur cherche son passé, mêle souvenir et fictionProust, Duras, Perec, Modiano, Ernaux
Le roman engagé ou de témoignageUn événement historique vécu de l'intérieur ; le roman prend positionMalraux, Vercors, Camus, Gary, Kessel
Le Nouveau Roman (années 1950-1960)Refus de l'intrigue, du personnage traditionnel et du narrateur omniscient ; descriptions minutieuses, point de vue instableRobbe-Grillet, Sarraute, Butor, Duras
L'Oulipo (à partir de 1960)Écrire sous contrainte formelle (une lettre interdite, une structure imposée)Perec, La Disparition (1969) ; Queneau, Exercices de style (1947)
Le Nouveau Roman. Groupe d'écrivains publiés aux Éditions de Minuit dans les années 1950 (Robbe-Grillet, Sarraute, Butor, Simon). Ils refusent le personnage à portrait, l'intrigue à rebondissements et le narrateur qui explique : le lecteur doit reconstruire le sens à partir de descriptions d'objets, de sensations, de répétitions.
Attention ! Nouveau Roman ≠ roman du XXe siècle en général : c'est un courant précis, daté. Camus, Malraux ou Gary n'en font pas partie.
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Le roman face au monde : témoigner, s'engager, se souvenir

Le XXe siècle est un siècle d'événements immenses : le roman s'en empare de trois manières.

  • Témoigner : raconter ce que l'on a vu pour que cela ne soit pas oublié. Vercors, dans Le Silence de la mer (1942, publié clandestinement), montre une famille qui résiste par le silence à un officier logé chez elle.
  • S'engager : le roman pose une question morale et prend position. Dans La Peste (1947), Camus raconte une ville frappée par une épidémie et fait du docteur Rieux le modèle d'une résistance sans héroïsme, par le simple travail quotidien.
  • Se souvenir : après les catastrophes, le roman explore la mémoire et ses trous. Perec (W ou le Souvenir d'enfance, 1975), Modiano (Dora Bruder, 1997), Duras (L'Amant, 1984) mêlent enquête, fiction et autobiographie.
La question de l'absurde. Chez Camus, l'homme cherche un sens que le monde ne donne pas : c'est l'absurde. La réponse n'est pas le désespoir mais la révolte : agir malgré tout, comme Rieux ou Sisyphe. Cette idée est au cœur du programme de 3e sur « l'individu et le pouvoir ».
Astuce. Pour situer un roman engagé, donne l'événement historique en une phrase, sans t'y attarder, puis montre comment le texte le transforme : par le point de vue, par un personnage ordinaire, par une allégorie (la peste), par le silence.
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Lire un extrait de roman du XXe siècle : la méthode

Au brevet, l'extrait est souvent un incipit (début) ou une scène clé. Procède en six questions :

  1. Qui raconte ? Narrateur-personnage (« je ») ou extérieur ? Quel point de vue ? Cite les indices (verbes de perception, pensées, ignorance).
  2. Qui est le personnage ? Héros ou anti-héros ? Que sait-on de lui, et surtout que ne sait-on pas ?
  3. Quand ? Temps verbaux dominants et leur valeur ; ordre du récit (analepse, ellipse) ; ancrage historique éventuel.
  4. Comment ? Phrases courtes ou longues, langue parlée ou soutenue, présent, répétitions, monologue intérieur, ponctuation.
  5. Quel registre ? Réaliste, tragique, absurde, ironique, lyrique.
  6. Quel effet sur le lecteur ? Malaise, proximité, distance, compassion, surprise ; en quoi le texte rompt-il avec le roman traditionnel ?
Exemple rédigé (pour l'incipit de L'Étranger). Le narrateur-personnage, Meursault, raconte au passé composé, comme dans un journal. Le point de vue interne devrait nous livrer ses émotions ; or il n'en exprime aucune : « je ne sais pas ». Ce décalage entre l'événement (la mort de la mère) et la neutralité du ton crée le malaise du lecteur et fait de Meursault un anti-héros dont la vie semble sans sens : c'est l'absurde.
Attention ! « Le narrateur est l'auteur » est une erreur classique : Camus n'est pas Meursault, Proust n'est pas exactement le narrateur de la Recherche. Sauf dans une autobiographie, distingue toujours les deux.
À retenir
  • Le roman du XXe siècle refuse le héros exemplaire, le narrateur omniscient et l'ordre chronologique du roman du XIXe.
  • Narrateur ≠ auteur ; point de vue interne (un personnage), externe (caméra), omniscient (tout savoir) ; monologue intérieur.
  • Personnage : héros, anti-héros (Meursault), personnage sans identité (Sarraute, Butor au « vous »), personnage-témoin.
  • Temps : analepse, prolepse, ellipse, scène, sommaire ; passé composé (Camus), présent (Duras), imparfait de la mémoire (Proust).
  • Formes : nouvelle, roman-fleuve, roman de la mémoire, roman engagé, Nouveau Roman (Robbe-Grillet, Sarraute, Butor), Oulipo (Perec, Queneau).
  • Face au monde : témoigner (Vercors), s'engager (Camus, La Peste, l'absurde et la révolte), se souvenir (Perec, Modiano, Duras).
  • Méthode : qui raconte, qui est le personnage, quand, comment, quel registre, quel effet.
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