Collège · 3ᵉ · Histoire
La Shoah et les crimes contre l'humanité
La politique d'extermination nazie et ses responsabilités
À propos de cette page
Une idéologie raciste et antisémite
Le nazisme classe l'humanité en « races » inégales : au sommet, la prétendue « race aryenne » ; au bas, les Slaves et surtout les Juifs, présentés non comme une religion mais comme une « race » parasite qui menacerait le peuple allemand. Dans Mein Kampf (1925), Hitler les rend responsables de tous les malheurs : la défaite de 1918, le bolchevisme, le capitalisme, la crise.
Cette idéologie est diffusée par la propagande (le journal Der Stürmer, les manuels scolaires, les films) et enseignée aux enfants. Pour les nazis, éliminer les Juifs est une condition de la « renaissance » allemande : c'est ce qui rend possible le passage de la haine au meurtre.
1933-1939 : exclure les Juifs d'Allemagne
Les 525 000 Juifs allemands (moins de 1 % de la population) sont persécutés dès 1933 : boycott des commerces (1er avril 1933), exclusion de la fonction publique, des universités, de la presse. Les lois de Nuremberg (15 septembre 1935) leur retirent la citoyenneté et interdisent les mariages avec des « Aryens ». Leurs biens sont « aryanisés », c'est-à-dire confisqués ou vendus de force.
Le but est alors de chasser les Juifs : près de 300 000 émigrent avant 1939, mais les autres pays limitent l'accueil (conférence d'Évian, juillet 1938). Dès l'Anschluss (1938), les 200 000 Juifs d'Autriche subissent le même sort.
1939-1941 : ghettos et fusillades de masse
La conquête de la Pologne (1939) place 3 millions de Juifs sous domination nazie. Ils sont marqués (brassard, puis étoile jaune), spoliés, et enfermés dans des ghettos : quartiers murés, surpeuplés, où la faim et le typhus tuent. Celui de Varsovie (novembre 1940) entasse 450 000 personnes sur 3 km² ; près de 100 000 y meurent avant les déportations.
À l'automne 1941, le génocide devient total : interdiction d'émigrer, premières déportations des Juifs d'Allemagne, premiers gazages dans des camions à Chełmno (décembre 1941).
1942-1945 : la « solution finale », une extermination industrielle
Le 20 janvier 1942, à Wannsee près de Berlin, Heydrich réunit quinze hauts responsables pour coordonner la « solution finale de la question juive » : les 11 millions de Juifs d'Europe doivent être déportés « vers l'Est » et exterminés. Eichmann organise les convois ferroviaires depuis toute l'Europe occupée.
À Auschwitz, la sélection sur le quai sépare les rares « aptes au travail » de tous les autres — vieillards, mères, enfants — gazés au Zyklon B dans l'heure, leurs corps brûlés dans les fours crématoires par des détenus, les Sonderkommandos. Les cheveux, dents en or, vêtements sont récupérés. C'est une mort industrielle, anonyme, à la chaîne.
Des Juifs résistent malgré tout : insurrection du ghetto de Varsovie (avril-mai 1943), révoltes de Treblinka et de Sobibor (1943), des Sonderkommandos de Birkenau (octobre 1944). En 1944, l'Armée rouge approche : les SS évacuent les camps dans des marches de la mort. Auschwitz est libéré le 27 janvier 1945.
Les autres victimes du nazisme
- Les Tsiganes (Roms et Sinti), eux aussi victimes d'un génocide racial (le Samudaripen ou Porajmos) : entre 220 000 et 500 000 morts, fusillés à l'Est ou gazés à Birkenau (« camp des familles », liquidé en août 1944).
- Les personnes handicapées : programme « T4 » (1939-1941), 70 000 assassinées par le gaz dans six établissements en Allemagne ; environ 200 000 en tout jusqu'en 1945. Le personnel de T4 est ensuite envoyé en Pologne pour gérer Bełżec, Sobibor et Treblinka.
- Les prisonniers de guerre soviétiques (plus de 3 millions de morts), les Polonais (élites exécutées, 2 millions de civils morts), les opposants politiques, les homosexuels (triangle rose), les Témoins de Jéhovah.
Bourreaux, complices, sauveteurs : les responsabilités
Les décideurs : Hitler, Himmler (chef de la SS, maître des camps), Heydrich, Eichmann. Les exécutants : SS des Einsatzgruppen et des camps, mais aussi policiers ordinaires, cheminots, fonctionnaires, médecins (Mengele), industriels employant les déportés. Beaucoup n'étaient ni fous ni fanatiques : l'obéissance, la carrière, l'habitude ont suffi.
Les complices : États alliés ou satellites livrant « leurs » Juifs (Vichy en France, Slovaquie, Hongrie en 1944 : 440 000 déportés en deux mois), collaborateurs locaux en Ukraine, Lituanie, Lettonie ; dénonciateurs. Les témoins : les Alliés, informés dès 1942, ne bombardent pas les voies ferrées ; la plupart des populations se taisent.
Juger et se souvenir : le crime contre l'humanité
Au procès de Nuremberg (novembre 1945 - octobre 1946), 24 dirigeants nazis sont jugés par un tribunal international pour crimes contre la paix, crimes de guerre et, notion nouvelle, crimes contre l'humanité ; 12 sont condamnés à mort. Le tribunal rejette l'excuse de l'obéissance aux ordres. En 1948, l'ONU adopte la Convention sur le génocide.
La justice se poursuit : Eichmann, enlevé en Argentine, est jugé à Jérusalem en 1961 ; Klaus Barbie (1987), Paul Touvier (1994), Maurice Papon (1998) sont condamnés en France pour crimes contre l'humanité. Depuis 1998, la Cour pénale internationale juge génocides et crimes contre l'humanité (Rwanda, ex-Yougoslavie ont eu leurs tribunaux spéciaux).
La mémoire se construit lentement : témoignages (Primo Levi, Si c'est un homme, 1947 ; le Journal d'Anne Frank ; Simone Veil), travaux des historiens, film Shoah de Claude Lanzmann (1985), Mémorial de la Shoah à Paris, journée du 27 janvier. Le mot hébreu Shoah (« catastrophe ») s'est imposé en France pour désigner le génocide des Juifs.
- L'antisémitisme racial des nazis fait des Juifs l'ennemi à éliminer.
- 1933-1939 : exclusion (boycott, lois de Nuremberg 1935, Nuit de Cristal 1938) — les Juifs doivent partir.
- 1939-1941 : ghettos en Pologne, puis Shoah par balles des Einsatzgruppen en URSS (1,5 million).
- 1942-1945 : la « solution finale » décidée à Wannsee ; six centres de mise à mort en Pologne (Auschwitz-Birkenau, Treblinka…) ; extermination industrielle par le gaz.
- Bilan : près de 6 millions de Juifs (deux tiers des Juifs d'Europe) et plus de 200 000 Tsiganes ; autres victimes : handicapés (T4), prisonniers soviétiques, opposants.
- Nuremberg (1945-1946) définit le crime contre l'humanité, imprescriptible ; devoir de mémoire et de justice.
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