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Collège · 3ᵉ · Français

L'autobiographie et le récit de soi

Pacte autobiographique, je narrant & je narré, mémoire et sincérité

À propos de cette page
Ce cours de français en troisième sur « L'autobiographie et le récit de soi » suit le programme officiel de français de troisième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce qu'une autobiographie ?, Le pacte autobiographique, Je narrant et je narré : la double temporalité, Les écrits du moi : autobiographie et genres voisins. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de troisième à réussir en français.
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Qu'est-ce qu'une autobiographie ?

Le mot vient du grec : autos (soi-même), bios (vie), graphein (écrire). Le terme apparaît en français au début du XIXe siècle, mais le genre est plus ancien : Rousseau écrit ses Confessions entre 1765 et 1770.

Définition (Philippe Lejeune, 1975). L'autobiographie est un « récit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu'elle met l'accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l'histoire de sa personnalité ».

Chaque mot de cette définition compte :

  • récit : on raconte des événements, ce n'est ni un essai ni un poème ;
  • rétrospectif : l'auteur regarde en arrière, longtemps après les faits ;
  • en prose : pas en vers ;
  • une personne réelle : l'auteur existe, on peut vérifier son nom sur la couverture ;
  • sa propre existence : il raconte sa vie, non celle d'un autre (ce serait une biographie) ;
  • l'histoire de sa personnalité : ce qui intéresse, c'est la formation d'un caractère, pas la simple liste des faits.
Exemple. Rousseau ouvre Les Confessions ainsi : « Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. » Le programme du genre tient dans cette phrase : un homme réel, la vérité, le « je ».
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Le pacte autobiographique

Comment sait-on qu'un livre à la première personne est une autobiographie et non un roman ? Par le pacte que l'auteur passe avec son lecteur.

Pacte autobiographique. Engagement de l'auteur, dès le début du livre, à raconter sa vie en vérité. Il repose sur une identité de nom : l'auteur (sur la couverture), le narrateur (qui dit « je ») et le personnage (dont on raconte l'histoire) sont une seule et même personne.

Le pacte se repère à des signes concrets :

  • le nom de l'auteur est repris dans le texte, ou le titre l'annonce (Mémoires, Confessions, Souvenirs, Histoire de ma vie) ;
  • une déclaration d'intention dans les premières pages : « je dirai la vérité », « je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon » (Rousseau) ;
  • des adresses au lecteur pris à témoin de la sincérité de l'auteur.
Attention ! Un roman écrit à la première personne n'est pas une autobiographie : dans L'Étranger de Camus, « je » est Meursault, pas Camus. C'est le pacte romanesque : l'auteur signale que l'histoire est inventée, même si elle ressemble à sa vie. Entre les deux, Jules Vallès signe L'Enfant (1879) mais nomme son héros Jacques Vingtras : c'est un roman autobiographique.
Astuce. Pour trancher, pose trois questions : le narrateur porte-t-il le nom de l'auteur ? L'auteur affirme-t-il dire vrai ? Les lieux et les dates sont-ils vérifiables ? Trois « oui » = autobiographie.
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Je narrant et je narré : la double temporalité

Dans une autobiographie, le pronom « je » désigne deux figures séparées par des années.

Je narréJe narrant
Qui ?Le personnage du passé : l'enfant, l'adolescentL'adulte qui écrit, au moment de la rédaction
Quand ?Le temps de l'histoire (les faits vécus)Le temps de la narration (l'écriture)
Temps verbauxPassé simple, imparfait, passé composéPrésent d'énonciation, futur, conditionnel
IndicesActions, sensations, émotions immédiates« aujourd'hui », « je me souviens », « je comprends maintenant », jugements, commentaires
Exemple. « Je pleurai toute la nuit sans comprendre ce départ. Je sais aujourd'hui qu'il n'y avait rien à comprendre. » — La première phrase appartient au je narré (passé simple, émotion vécue) ; la seconde au je narrant (présent, recul, savoir acquis depuis).

Ce décalage produit des effets précis :

  • l'ironie rétrospective : l'adulte sourit de l'enfant qu'il a été ;
  • la prolepse (anticipation) : « je ne savais pas encore que… » ;
  • l'émotion : le narrateur revit ou juge, il n'est jamais neutre ;
  • la réflexion sur soi : le récit sert à se comprendre.
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Les écrits du moi : autobiographie et genres voisins

L'autobiographie appartient à la littérature personnelle (ou écrits du moi). Chaque genre voisin se distingue par un critère précis : le moment de l'écriture, le destinataire, le degré de fiction ou l'objet du récit.

Attention ! Les Mémoires (au masculin pluriel, avec majuscule) sont un genre : Chateaubriand raconte la Révolution et l'Empire autant que sa jeunesse. La mémoire (nom féminin singulier) est la faculté de se souvenir. Ne les confonds pas dans une copie.
Astuce. Le journal intime est le seul de ces genres qui ne soit pas rétrospectif : Anne Frank écrit le soir ce qu'elle a vécu le jour même, sans savoir la suite.
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Pourquoi écrire sa vie ? Les enjeux du récit de soi

Un auteur n'écrit jamais sa vie « pour rien ». Les motivations se combinent souvent :

EnjeuCe que cherche l'auteurExemple
Se justifierRépondre à des accusations, se défendre devant le lecteurRousseau, attaqué par ses anciens amis, veut être jugé « ce livre à la main »
TémoignerFaire connaître une époque, une injustice, une communautéVallès dénonce l'éducation brutale du XIXe siècle ; Perec, l'enfance juive sous l'Occupation
Se comprendreRetrouver l'origine de sa personnalité, de sa vocationSartre explique dans Les Mots comment il est devenu écrivain
Rendre hommageFaire revivre un être cher disparuGary et sa mère dans La Promesse de l'aube ; Colette et Sido
Fixer le tempsSauver de l'oubli une enfance, une maison, des sensationsColette, La Maison de Claudine ; Chateaubriand et le chant de la grive
Exemple. Chateaubriand, entendant une grive siffler à Montboissier, est « transporté subitement dans le passé » et revoit Combourg : le souvenir surgit d'une sensation, comme plus tard chez Proust avec la madeleine.
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La mémoire en question : sincérité, oubli, reconstruction

Le pacte promet la vérité. Mais peut-on tenir cette promesse ? Trois obstacles se dressent :

  • L'oubli : la mémoire est sélective, elle garde des fragments (une odeur, une lumière) et perd les enchaînements.
  • La déformation : l'émotion grossit ou adoucit les souvenirs ; l'adulte réinterprète ce que l'enfant a vécu.
  • La mise en forme : écrire, c'est choisir, ordonner, composer des scènes — donc transformer.
Sincérité ≠ exactitude. L'auteur sincère ne ment pas volontairement, mais il peut se tromper. Rousseau l'admet : « Je puis faire des omissions dans les faits, des transpositions, des erreurs de dates ; mais je ne puis me tromper sur ce que j'ai senti. » La vérité visée est celle des sentiments, plus que celle des faits.

Les auteurs du XXe siècle font de cette faille un sujet à part entière : Perec commence W par « Je n'ai pas de souvenirs d'enfance » ; Sarraute, dans Enfance, dialogue avec un double qui met en doute chacun de ses souvenirs.

Astuce. Repère les marques du doute dans un texte : « il me semble », « je crois me souvenir », « peut-être », « je ne sais plus si ». Elles signalent un narrateur honnête qui avoue les limites de sa mémoire — c'est souvent une question du brevet.
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Lire un texte autobiographique : les outils d'analyse

Face à un extrait au brevet, procède dans l'ordre :

  1. Le paratexte : nom de l'auteur, titre, date. Le nom du narrateur est-il celui de l'auteur ?
  2. Les deux « je » : classe les phrases selon qu'elles relèvent du je narré ou du je narrant ; observe les temps verbaux.
  3. Le point de vue : l'événement est-il vu par les yeux de l'enfant (naïveté, incompréhension) ou jugé par l'adulte ?
  4. Les procédés : imparfait de description pour les habitudes, passé simple pour les événements, présent de narration pour rendre la scène vivante ; discours indirect libre pour les pensées ; hyperbole pour l'émotion ; comparaisons et sensations (odeurs, sons) qui déclenchent le souvenir.
  5. Les marques de la mémoire : « je me souviens », doutes, lacunes, précisions surprenantes.
  6. L'enjeu : que cherche l'auteur dans cette page — se justifier, témoigner, rendre hommage, se comprendre ?
Exemple. Vallès, L'Enfant : « Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants, et elle me fouette tous les matins. » Présent de narration (la scène est vivante), point de vue de l'enfant qui rapporte sans commenter, ironie : le mot « gâter » face au verbe « fouetter » dénonce la violence sans la nommer.
À retenir
  • Autobiographie = récit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre vie (Lejeune, 1975).
  • Pacte autobiographique : auteur = narrateur = personnage, et promesse de vérité faite au lecteur.
  • Je narré = le personnage du passé (passé simple, imparfait) ; je narrant = l'adulte qui écrit (présent, jugements, « aujourd'hui »).
  • Genres voisins : journal intime (au jour le jour), Mémoires (l'époque), autofiction (fiction assumée), roman autobiographique (nom changé).
  • Enjeux : se justifier, témoigner, se comprendre, rendre hommage, fixer le temps.
  • Sincérité ≠ exactitude : la mémoire oublie, déforme, reconstruit — les meilleurs auteurs l'avouent.
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