Collège · 3ᵉ · Français
L'autobiographie et le récit de soi
Pacte autobiographique, je narrant & je narré, mémoire et sincérité
À propos de cette page
Qu'est-ce qu'une autobiographie ?
Le mot vient du grec : autos (soi-même), bios (vie), graphein (écrire). Le terme apparaît en français au début du XIXe siècle, mais le genre est plus ancien : Rousseau écrit ses Confessions entre 1765 et 1770.
Chaque mot de cette définition compte :
- récit : on raconte des événements, ce n'est ni un essai ni un poème ;
- rétrospectif : l'auteur regarde en arrière, longtemps après les faits ;
- en prose : pas en vers ;
- une personne réelle : l'auteur existe, on peut vérifier son nom sur la couverture ;
- sa propre existence : il raconte sa vie, non celle d'un autre (ce serait une biographie) ;
- l'histoire de sa personnalité : ce qui intéresse, c'est la formation d'un caractère, pas la simple liste des faits.
Le pacte autobiographique
Comment sait-on qu'un livre à la première personne est une autobiographie et non un roman ? Par le pacte que l'auteur passe avec son lecteur.
Le pacte se repère à des signes concrets :
- le nom de l'auteur est repris dans le texte, ou le titre l'annonce (Mémoires, Confessions, Souvenirs, Histoire de ma vie) ;
- une déclaration d'intention dans les premières pages : « je dirai la vérité », « je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon » (Rousseau) ;
- des adresses au lecteur pris à témoin de la sincérité de l'auteur.
Je narrant et je narré : la double temporalité
Dans une autobiographie, le pronom « je » désigne deux figures séparées par des années.
| Je narré | Je narrant | |
|---|---|---|
| Qui ? | Le personnage du passé : l'enfant, l'adolescent | L'adulte qui écrit, au moment de la rédaction |
| Quand ? | Le temps de l'histoire (les faits vécus) | Le temps de la narration (l'écriture) |
| Temps verbaux | Passé simple, imparfait, passé composé | Présent d'énonciation, futur, conditionnel |
| Indices | Actions, sensations, émotions immédiates | « aujourd'hui », « je me souviens », « je comprends maintenant », jugements, commentaires |
Ce décalage produit des effets précis :
- l'ironie rétrospective : l'adulte sourit de l'enfant qu'il a été ;
- la prolepse (anticipation) : « je ne savais pas encore que… » ;
- l'émotion : le narrateur revit ou juge, il n'est jamais neutre ;
- la réflexion sur soi : le récit sert à se comprendre.
Les écrits du moi : autobiographie et genres voisins
L'autobiographie appartient à la littérature personnelle (ou écrits du moi). Chaque genre voisin se distingue par un critère précis : le moment de l'écriture, le destinataire, le degré de fiction ou l'objet du récit.
Pourquoi écrire sa vie ? Les enjeux du récit de soi
Un auteur n'écrit jamais sa vie « pour rien ». Les motivations se combinent souvent :
| Enjeu | Ce que cherche l'auteur | Exemple |
|---|---|---|
| Se justifier | Répondre à des accusations, se défendre devant le lecteur | Rousseau, attaqué par ses anciens amis, veut être jugé « ce livre à la main » |
| Témoigner | Faire connaître une époque, une injustice, une communauté | Vallès dénonce l'éducation brutale du XIXe siècle ; Perec, l'enfance juive sous l'Occupation |
| Se comprendre | Retrouver l'origine de sa personnalité, de sa vocation | Sartre explique dans Les Mots comment il est devenu écrivain |
| Rendre hommage | Faire revivre un être cher disparu | Gary et sa mère dans La Promesse de l'aube ; Colette et Sido |
| Fixer le temps | Sauver de l'oubli une enfance, une maison, des sensations | Colette, La Maison de Claudine ; Chateaubriand et le chant de la grive |
La mémoire en question : sincérité, oubli, reconstruction
Le pacte promet la vérité. Mais peut-on tenir cette promesse ? Trois obstacles se dressent :
- L'oubli : la mémoire est sélective, elle garde des fragments (une odeur, une lumière) et perd les enchaînements.
- La déformation : l'émotion grossit ou adoucit les souvenirs ; l'adulte réinterprète ce que l'enfant a vécu.
- La mise en forme : écrire, c'est choisir, ordonner, composer des scènes — donc transformer.
Les auteurs du XXe siècle font de cette faille un sujet à part entière : Perec commence W par « Je n'ai pas de souvenirs d'enfance » ; Sarraute, dans Enfance, dialogue avec un double qui met en doute chacun de ses souvenirs.
Lire un texte autobiographique : les outils d'analyse
Face à un extrait au brevet, procède dans l'ordre :
- Le paratexte : nom de l'auteur, titre, date. Le nom du narrateur est-il celui de l'auteur ?
- Les deux « je » : classe les phrases selon qu'elles relèvent du je narré ou du je narrant ; observe les temps verbaux.
- Le point de vue : l'événement est-il vu par les yeux de l'enfant (naïveté, incompréhension) ou jugé par l'adulte ?
- Les procédés : imparfait de description pour les habitudes, passé simple pour les événements, présent de narration pour rendre la scène vivante ; discours indirect libre pour les pensées ; hyperbole pour l'émotion ; comparaisons et sensations (odeurs, sons) qui déclenchent le souvenir.
- Les marques de la mémoire : « je me souviens », doutes, lacunes, précisions surprenantes.
- L'enjeu : que cherche l'auteur dans cette page — se justifier, témoigner, rendre hommage, se comprendre ?
- Autobiographie = récit rétrospectif en prose qu'une personne réelle fait de sa propre vie (Lejeune, 1975).
- Pacte autobiographique : auteur = narrateur = personnage, et promesse de vérité faite au lecteur.
- Je narré = le personnage du passé (passé simple, imparfait) ; je narrant = l'adulte qui écrit (présent, jugements, « aujourd'hui »).
- Genres voisins : journal intime (au jour le jour), Mémoires (l'époque), autofiction (fiction assumée), roman autobiographique (nom changé).
- Enjeux : se justifier, témoigner, se comprendre, rendre hommage, fixer le temps.
- Sincérité ≠ exactitude : la mémoire oublie, déforme, reconstruit — les meilleurs auteurs l'avouent.
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