Tribunaux gacaca au Rwanda, TPIY, histoire et mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes (spécialité HGGSP de Tle)
À propos de cette page
Ce lexique sur « Thème 3 — Axe 2 : histoire, mémoire et justice » en terminale donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Histoire, mémoire, justice : trois rapports au passé, Le génocide des Tutsi (1994) et le Tribunal pénal international pour le Rwanda, Les tribunaux gacaca : une justice à l'échelle locale, Le TPIY : juger à l'échelle internationale les crimes de l'ex-Yougoslavie. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de devoir. Les repères d'analyse sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de terminale.
Histoire
Connaissance du passé construite par les historiens selon une méthode critique (sources recoupées, replacées dans leur contexte), qui vise la vérité et reste révisable.
À ne pas confondre
Mémoire — La mémoire est un souvenir vécu ou transmis par un groupe ; l'histoire est une connaissance critique qui fait de la mémoire l'un de ses objets.
Selon l'époque et le point de vue — La distinction est posée par Maurice Halbwachs (Les Cadres sociaux de la mémoire, 1925), puis approfondie par Pierre Nora (Les Lieux de mémoire, 1984-1992) et Paul Ricœur (La Mémoire, l'histoire, l'oubli, 2000).
Ce que le mot permet d'écrire — Sert dans tout sujet qui associe histoire et mémoire. Faute à éviter : présenter l'histoire comme « objective » et la mémoire comme « fausse ».
Mémoire
Présence du passé dans le présent d'un individu ou d'un groupe : souvenirs, récits, commémorations, lieux. Elle est plurielle, affective et sélective.
À ne pas confondre
Commémoration — La commémoration est un rite collectif, souvent officiel, qui met en scène une mémoire à une date fixée.
Selon l'époque et le point de vue — L'expression « devoir de mémoire » se diffuse en France dans les années 1990, au moment des procès Touvier et Papon et du discours du Vél d'Hiv (1995).
Ce que le mot permet d'écrire — Écrire « les mémoires » au pluriel : mémoire des survivants, des États, des groupes. Faute à éviter : parler d'une mémoire unique et figée.
Justice transitionnelle
Ensemble des mécanismes (procès, commissions de vérité, réparations, réformes institutionnelles) par lesquels une société sort d'un conflit ou d'une dictature en affrontant les crimes commis.
À ne pas confondre
Justice pénale internationale — Elle n'est qu'un des outils de la justice transitionnelle : elle juge des individus, sans viser directement la réconciliation.
Selon l'époque et le point de vue — La notion apparaît dans les années 1990, après les transitions d'Amérique latine et d'Europe de l'Est ; la commission Vérité et Réconciliation d'Afrique du Sud (créée en 1995) en est l'exemple le plus cité.
Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour analyser les gacaca, qui veulent punir et réconcilier. Faute à éviter : la réduire aux seuls procès.
Crime contre l'humanité
Assassinat, extermination, déportation, réduction en esclavage ou persécution commis contre une population civile de manière massive ou systématique.
À ne pas confondre
Crime de guerre — Le crime de guerre viole les lois de la guerre (combattants, prisonniers, civils en temps de guerre) ; le crime contre l'humanité peut être commis en temps de paix et contre ses propres ressortissants.
Selon l'époque et le point de vue — Défini à l'article 6 c du statut de Nuremberg (8 août 1945), repris dans le code pénal français de 1994 et à l'article 7 du statut de Rome (1998).
Ce que le mot permet d'écrire — Notion centrale des procès Barbie, Touvier et Papon. Faute à éviter : l'employer comme simple synonyme de génocide.
Génocide
Acte (meurtres, atteintes graves, conditions de vie destructrices, entraves aux naissances, transferts d'enfants) commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel.
À ne pas confondre
Crime contre l'humanité — Le génocide suppose une intention spécifique de détruire un groupe ; c'est la forme la plus grave du crime contre l'humanité.
Selon l'époque et le point de vue — Mot forgé par le juriste Raphael Lemkin en 1944 ; défini par la convention de l'ONU du 9 décembre 1948. Première condamnation internationale : Akayesu (TPIR, 1998).
Ce que le mot permet d'écrire — Sert pour les Juifs et les Tsiganes, les Tutsi, Srebrenica. Faute à éviter : qualifier de génocide tout massacre, sans examiner l'intention.
Crime de guerre
Violation grave des lois et coutumes de la guerre : meurtre de prisonniers, attaques délibérées contre des civils, pillage, prise d'otages.
À ne pas confondre
Crime contre la paix (crime d'agression) — Le crime contre la paix consiste à préparer ou déclencher une guerre d'agression ; il vise les dirigeants, non les actes commis pendant les combats.
Selon l'époque et le point de vue — Codifié par les conventions de La Haye (1899, 1907) puis de Genève (1949) ; jugé à Nuremberg (1945-1946), par le TPIY et par la CPI.
Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour distinguer les chefs d'accusation au TPIY. Faute à éviter : croire que tout crime commis en guerre est un crime de guerre au sens juridique.
Imprescriptibilité
Caractère d'un crime qui peut être poursuivi sans limite de temps, quelle que soit la date des faits.
À ne pas confondre
Prescription — La prescription éteint l'action en justice au terme d'un délai fixé par la loi ; l'imprescriptibilité l'écarte.
Selon l'époque et le point de vue — En France, la loi du 26 décembre 1964 rend les crimes contre l'humanité imprescriptibles « par leur nature » ; elle rend possibles les procès Barbie (1987), Touvier (1994) et Papon (1998).
Ce que le mot permet d'écrire — Clé pour expliquer que des crimes de 1942-1944 soient jugés cinquante ans plus tard. Faute à éviter : l'étendre aux crimes de guerre en droit français.
Compétence universelle
Possibilité pour un tribunal national de juger certains crimes très graves commis à l'étranger, par des étrangers, contre des étrangers.
À ne pas confondre
Compétence internationale — La compétence internationale est celle d'un tribunal international (TPIY, CPI) ; la compétence universelle est exercée par un juge national.
Selon l'époque et le point de vue — Appliquée après 1994 au génocide des Tutsi : procès des « quatre de Butare » en Belgique (2001), de Pascal Simbikangwa en France (2014).
Ce que le mot permet d'écrire — Montre que la justice des crimes de masse n'est pas seulement internationale. Faute à éviter : la confondre avec la CPI.
Tribunal pénal international ad hoc
Juridiction pénale internationale créée pour un conflit précis et pour une durée limitée, qui juge des individus.
À ne pas confondre
Cour pénale internationale (CPI) — La CPI est permanente, créée par un traité (statut de Rome, 1998), et n'agit que si les juges nationaux ne peuvent ou ne veulent pas juger.
Cour internationale de justice (CIJ) — La CIJ, organe de l'ONU, tranche les différends entre États ; elle ne juge pas des personnes.
Selon l'époque et le point de vue — Le TPIY (1993-2017) et le TPIR (1994-2015) sont créés par le Conseil de sécurité en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert à comparer les échelles de justice. Faute à éviter : écrire que le TPIY dépend de la CPI.
Gacaca
Juridictions populaires rwandaises (2002-2012) chargées de juger, dans chaque localité, les auteurs du génocide des Tutsi, avec des juges élus non professionnels.
À ne pas confondre
Gacaca coutumière — La gacaca traditionnelle réglait des conflits de voisinage par la conciliation ; la gacaca de 2001 est une juridiction pénale créée par l'État, qui prononce des peines.
Selon l'époque et le point de vue — Instituées par une loi organique de 2001, réformées en 2004, closes le 18 juin 2012 après près de deux millions d'affaires.
Ce que le mot permet d'écrire — Exemple obligatoire de justice à l'échelle locale. Faute à éviter : oublier les critiques (droits de la défense, crimes du FPR exclus).
Réconciliation
Rétablissement d'une coexistence pacifique entre anciens ennemis, bourreaux et victimes, fondé sur la reconnaissance des crimes.
À ne pas confondre
Amnistie — L'amnistie efface juridiquement des crimes ; la réconciliation suppose au contraire leur reconnaissance, parfois par la justice.
Selon l'époque et le point de vue — Objectif affiché de la commission sud-africaine (1995) et des gacaca ; au Rwanda, la Commission nationale pour l'unité et la réconciliation est créée en 1999.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert à discuter les fonctions de la justice. Faute à éviter : postuler qu'un procès réconcilie automatiquement une société.
Nettoyage ethnique
Politique visant à rendre un territoire ethniquement homogène par l'expulsion, la terreur ou le meurtre d'une population.
À ne pas confondre
Génocide — Le nettoyage ethnique vise à chasser un groupe d'un territoire ; le génocide vise à le détruire. Srebrenica a basculé du premier au second selon le TPIY.
Selon l'époque et le point de vue — L'expression se diffuse en 1992 pendant la guerre de Bosnie ; elle n'est pas une catégorie juridique autonome.
Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour décrire les guerres yougoslaves. Faute à éviter : l'employer comme chef d'accusation.
Négationnisme
Discours qui nie la réalité d'un génocide, en particulier l'existence des chambres à gaz et de l'extermination des Juifs.
À ne pas confondre
Révisionnisme — Réviser est le travail normal de l'historien qui corrige ses connaissances ; le négationnisme nie des faits établis. Les négationnistes se disent à tort « révisionnistes ».
Selon l'époque et le point de vue — Porté en France par Paul Rassinier dans les années 1950, puis par Robert Faurisson à partir de 1978 ; réprimé par la loi Gayssot du 13 juillet 1990 ; combattu par Pierre Vidal-Naquet (Les Assassins de la mémoire, 1987).
Ce que le mot permet d'écrire — Sert dans les sujets sur la construction du savoir historique. Faute à éviter : le présenter comme une « thèse » historienne parmi d'autres.
Témoin (ère du témoin)
Survivant ou acteur qui rapporte ce qu'il a vécu ; « l'ère du témoin » désigne la place centrale prise par la parole des survivants depuis le procès Eichmann.
À ne pas confondre
Archive — L'archive est un document produit au moment des faits ; le témoignage est un récit a posteriori, précieux mais à croiser avec d'autres sources.
Selon l'époque et le point de vue — Expression tirée du livre d'Annette Wieviorka, L'Ère du témoin (1998) ; les témoignages filmés se multiplient (fondation créée par Steven Spielberg en 1994).
Ce que le mot permet d'écrire — Sert pour les sujets sur la transmission. Faute à éviter : faire du témoin un historien, ou de son récit une preuve qui se passe de critique.
Lieu de mémoire
Tout objet (lieu, monument, date, symbole, œuvre) où une collectivité investit sa mémoire.
À ne pas confondre
Site historique — Un site historique est le lieu où les faits se sont produits (Auschwitz) ; un lieu de mémoire peut en être éloigné (Yad Vashem, Mémorial de la Shoah).
Selon l'époque et le point de vue — Notion forgée par Pierre Nora (Les Lieux de mémoire, 1984-1992).
Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour Yad Vashem (1953), Auschwitz-Birkenau (UNESCO, 1979), le Mémorial de la Shoah (2005). Faute à éviter : la réduire aux monuments.
Shoah
Mot hébreu signifiant « catastrophe », employé pour désigner le génocide des Juifs d'Europe par les nazis et leurs complices (1941-1945).
À ne pas confondre
Holocauste — « Holocauste » (sacrifice par le feu) est usuel en anglais ; en France on préfère « Shoah » ou « génocide des Juifs ». Pour les Tsiganes, on parle de Samudaripen ou de Porajmos.
Selon l'époque et le point de vue — Le mot se diffuse en France après le film Shoah de Claude Lanzmann (1985).
Ce que le mot permet d'écrire — Employer « génocide des Juifs et des Tsiganes », formule du programme. Faute à éviter : oublier les Tsiganes.
Les repères du programme
Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.
Histoire / mémoire
L'histoire établit et explique ; la mémoire se souvient et transmet, de manière sélective.
Ce qu'il débloque — Structure les sujets sur la construction des mémoires : montrer comment l'une corrige ou nourrit l'autre.
Exemple — Sur le sujet « Acteurs et enjeux de la construction des mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes depuis 1945. », il permet de montrer que Paxton (1973) prépare le discours de Chirac (1995).
Juger / comprendre
Le juge tranche sur la culpabilité d'un individu ; l'historien explique un processus collectif.
Ce qu'il débloque — Permet de discuter le rôle des historiens dans les procès.
Exemple — Sur le sujet « Historiens et juges face aux crimes de masse », il permet d'opposer Paxton, qui témoigne au procès Papon, et Rousso, qui refuse.
Punir / réconcilier
La justice sanctionne les coupables, mais une société doit aussi permettre la coexistence de bourreaux et de victimes.
Ce qu'il débloque — Clé pour évaluer les gacaca et la justice transitionnelle.
Exemple — Sur le sujet « Les tribunaux gacaca : juger et réconcilier après le génocide des Tutsi ? », il permet de confronter l'aveu, les travaux d'intérêt général et les critiques des rescapés.
Local / international
Les crimes de masse sont jugés à plusieurs échelles, qui se complètent ou se concurrencent.
Ce qu'il débloque — Plan naturel pour comparer gacaca, justices nationales et TPIY.
Exemple — Sur le sujet « Juger les génocides et crimes de masse, une justice uniquement internationale ? », il permet de comparer les 62 condamnés du TPIR aux près de deux millions d'affaires des gacaca.
Reconnaissance / déni
Un crime peut être reconnu par la justice, l'État et la société, ou nié par une partie des acteurs.
Ce qu'il débloque — Sert à mesurer la portée réelle d'un jugement ou d'un discours.
Exemple — Sur Srebrenica, il permet d'opposer l'arrêt Krstić (2004) au déni persistant d'une partie des dirigeants serbes de Bosnie.
Témoignage / archive
Deux sources du savoir historique : le récit du survivant et le document produit au moment des faits.
Ce qu'il débloque — Permet de traiter le rôle des témoins et la construction du savoir.
Exemple — Sur le sujet « Le rôle des témoins dans la connaissance et la mémoire du génocide », il permet d'associer le procès Eichmann (1961) et l'œuvre d'archives de Hilberg (1961).
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Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.