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La Chine : des recompositions spatiales multiples
Métropolisation, littoralisation, ZES, exode rural, hukou, nouvelles routes de la soie, inégalités régionales (programme de géographie de 1re)
À propos de cette page
Les repères à connaître
16 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.
- 1935Le géographe Hu Huanyong trace la ligne Heihe-TengchongElle sépare un Est densément peuplé d'un Ouest presque vide : un contraste qui structure encore le territoire.
- 1958Règlement sur l'enregistrement des ménages (hukou), 9 janvierIl fixe les ruraux à la campagne et explique pourquoi les migrants d'aujourd'hui restent des citadins de seconde zone.
- Décembre 19783e plénum du XIe Comité central : lancement des réformes et de l'ouverturePoint de départ de toutes les recompositions étudiées : marché, capitaux étrangers, décollectivisation.
- 1980Création des quatre premières ZES : Shenzhen, Zhuhai, Shantou, XiamenL'ouverture commence par le littoral méridional, face à Hong Kong, Macao et Taïwan.
- 1984Ouverture de 14 villes côtières (Dalian, Tianjin, Shanghai, Canton…)L'ouverture s'étend à toute la façade maritime : c'est le moteur de la littoralisation.
- 1990Lancement de la zone nouvelle de Pudong à ShanghaiShanghai et le delta du Yangzi deviennent la vitrine de l'ouverture.
- 1992Tournée du Sud de Deng Xiaoping (janvier-février)Elle relance les réformes après 1989 et accélère l'afflux d'investissements étrangers.
- 1997Rétrocession de Hong Kong ; Chongqing devient une municipalité autonomeHong Kong reste l'interface financière du Sud ; Chongqing devient le pivot du développement de l'intérieur.
- 2000Lancement du « Grand développement de l'Ouest »Première grande politique de rééquilibrage vers l'intérieur.
- 2001Entrée de la Chine à l'OMC (11 décembre)La Chine devient « l'atelier du monde » ; les ports et le littoral en profitent d'abord.
- 2006Suppression de l'impôt agricole ; ouverture du chemin de fer Qinghai-TibetDeux signes de l'attention nouvelle portée aux campagnes et à l'Ouest.
- 2011La population urbaine dépasse 50 % (51,3 %)La Chine devient majoritairement urbaine ; 66,2 % en 2023.
- 2013Xi Jinping annonce les nouvelles routes de la soie (Astana, septembre ; Jakarta, octobre)L'intérieur enclavé devient une interface continentale vers l'Asie centrale et l'Europe.
- 2014Plan national de nouvelle urbanisation (mars) ; réforme du hukou (juillet)L'État veut intégrer les migrants et privilégier les régions urbaines.
- 2019Plan de développement de la Grande Baie Guangdong-Hong Kong-Macao (février)Consécration d'une région urbaine d'environ 86 millions d'habitants.
- 2020Le pouvoir déclare la pauvreté absolue éliminée (selon le seuil national)Bilan officiel de la lutte contre la pauvreté rurale, à discuter : le seuil retenu est bas.
Le point de départ : un territoire hérité et le tournant de 1978
En 1978, la Chine compte environ 960 millions d'habitants, dont 17,9 % seulement vivent en ville selon le Bureau national des statistiques. L'économie maoïste (1949-1976) a privilégié l'industrie lourde, souvent implantée à l'intérieur pour des raisons stratégiques : c'est le « troisième front », lancé en 1964, qui installe usines d'armement et sidérurgie au Sichuan, au Guizhou ou au Shaanxi, loin de côtes jugées vulnérables.
Le territoire est lui-même très contrasté. En 1935, le géographe Hu Huanyong trace une ligne de Heihe (Heilongjiang) à Tengchong (Yunnan) : à l'est, plaines et deltas concentrent l'essentiel de la population ; à l'ouest, plateaux, déserts et montagnes restent peu peuplés. Cette « ligne Hu » reste valable : plus de 90 % des Chinois vivent toujours à l'est.
Réformes et ouverture (gaige kaifang) : politique lancée en décembre 1978 par le 3e plénum du XIe Comité central du Parti communiste, sous l'impulsion de Deng Xiaoping. Elle introduit le marché dans une économie planifiée et ouvre le pays aux capitaux étrangers, sans remettre en cause le monopole politique du Parti.
Deux choix vont façonner l'espace. D'abord la décollectivisation des campagnes : entre 1978 et 1984, le système de responsabilité des ménages remplace les communes populaires, et les paysans peuvent vendre leurs surplus. Ensuite une ouverture sélective : plutôt que d'ouvrir tout le pays, le pouvoir expérimente dans quelques lieux choisis, puis généralise. Le développement inégal est assumé : au milieu des années 1980, Deng Xiaoping accepte que certains s'enrichissent d'abord pour entraîner les autres.
Ce chapitre conclut l'année : il réinvestit les notions des thèmes 1 à 3 (métropolisation, espaces productifs, espaces ruraux) sur un seul territoire. On ne les redéfinit pas : on montre comment elles s'appliquent à la Chine et ce qu'elles y ont de singulier, à commencer par le rôle central de l'État.
Littoralisation : l'ouverture par la façade maritime
L'ouverture commence par le littoral méridional. En 1980, quatre zones économiques spéciales (ZES) sont créées : Shenzhen, Zhuhai et Shantou au Guangdong, Xiamen au Fujian. Leur localisation n'a rien de hasardeux : Shenzhen jouxte Hong Kong, Zhuhai touche Macao, Xiamen fait face à Taïwan, Shantou est le berceau d'une diaspora active en Asie du Sud-Est. Les ZES offrent aux investisseurs étrangers un impôt sur les bénéfices réduit (15 %), des terrains et une main-d'œuvre abondante et bon marché.
L'ouverture s'étend ensuite par étapes : 14 villes côtières ouvertes en 1984 (dont Dalian, Tianjin, Shanghai et Canton), l'île de Hainan érigée en ZES en 1988, la zone nouvelle de Pudong à Shanghai en 1990. La tournée du Sud de Deng Xiaoping, en janvier-février 1992, relance les réformes après la répression de 1989. L'entrée à l'OMC, le 11 décembre 2001, fait de la Chine l'« atelier du monde ».
Le résultat est une littoralisation massive des activités et des hommes. Les provinces de l'Est, sur environ un dixième du territoire, produisent un peu plus de la moitié du PIB. Les ports chinois occupent la majorité des dix premières places du classement mondial des ports à conteneurs : Shanghai, premier port du monde depuis 2010, a traité près de 50 millions d'EVP en 2023.
Exemple — Shenzhen. Bourg frontalier de quelques dizaines de milliers d'habitants en 1979, Shenzhen compte 17,6 millions d'habitants au recensement de 2020. D'abord ville d'assemblage (électronique, textile), elle abrite aujourd'hui les sièges de Huawei, de Tencent et de BYD.
La façade maritime fonctionne comme une interface : elle concentre les investissements étrangers, les exportations et les flux de marchandises, tandis que l'intérieur lui fournit sa main-d'œuvre. Le gradient littoral-intérieur devient la première clé de lecture du territoire chinois.
Des métropoles chinoises en pleine mutation
Le taux d'urbanisation passe de 17,9 % en 1978 à 51,3 % en 2011, puis 66,2 % en 2023 : en quarante-cinq ans, plus de 750 millions de personnes supplémentaires sont devenues urbaines, soit l'urbanisation la plus massive de l'histoire.
La métropolisation étudiée au thème 1 s'y lit à très grande échelle. Trois grandes régions urbaines littorales dominent :
| Région urbaine | Villes principales | Ordre de grandeur |
|---|---|---|
| Jing-Jin-Ji (région de la capitale) | Pékin, Tianjin, Hebei | plus de 100 millions d'habitants |
| Delta du Yangzi | Shanghai, Nankin, Hangzhou, Suzhou | plus de 200 millions |
| Grande Baie (delta de la rivière des Perles) | Canton, Shenzhen, Hong Kong, Macao | environ 86 millions (2020) |
Ces métropoles se transforment vite : quartier d'affaires de Lujiazui à Pudong, réseaux de métro parmi les plus longs du monde (Shanghai, Pékin), trains à grande vitesse (première ligne Pékin-Tianjin en 2008, plus de 40 000 km au début des années 2020). Le pont Hong Kong-Zhuhai-Macao (55 km, inauguré en octobre 2018) symbolise l'intégration de la Grande Baie, dotée d'un plan de développement en février 2019.
La ville chinoise est aussi fragmentée. Les villages urbains (chengzhongcun), anciens villages rattrapés par l'extension urbaine, logent à bas prix des millions de migrants à Shenzhen ou à Canton. Certaines villes nouvelles surdimensionnées, comme le quartier de Kangbashi à Ordos (Mongolie-Intérieure), sont longtemps restées presque vides. La décongestion est planifiée : la zone nouvelle de Xiong'an, décidée en avril 2017 dans le Hebei, doit accueillir des fonctions non essentielles de Pékin.
La hiérarchie urbaine s'étoffe aussi à l'intérieur : Chongqing (municipalité autonome depuis 1997), Chengdu, Wuhan, Xi'an ou Zhengzhou sont devenues des métropoles régionales de premier plan.
Des espaces productifs en recomposition
Jusqu'aux années 2000, le modèle repose sur l'assemblage à bas coût pour l'exportation : des firmes taïwanaises, japonaises ou américaines installent dans le delta de la rivière des Perles des usines employant des migrants ruraux. Foxconn, sous-traitant taïwanais d'Apple, y emploie des centaines de milliers d'ouvriers.
Depuis la fin des années 2000, trois recompositions se combinent (on retrouve les logiques du thème 2 sur les espaces productifs).
1. La remontée en gamme. Les salaires littoraux augmentent et le pouvoir vise la haute technologie : le plan « Made in China 2025 » (mai 2015) cible la robotique, l'aéronautique ou les véhicules électriques. Shenzhen devient un pôle d'innovation mondial, Hefei (Anhui) un centre des véhicules électriques et des semi-conducteurs.
2. Le glissement vers l'intérieur. Des usines s'installent dans des provinces où la main-d'œuvre et le foncier coûtent moins cher : Foxconn ouvre en 2010 une gigantesque usine à Zhengzhou (Henan), surnommée « la ville de l'iPhone » ; Chongqing et Chengdu attirent l'assemblage d'ordinateurs portables.
3. La délocalisation hors de Chine des productions les moins qualifiées (textile, chaussure) vers le Vietnam, le Bangladesh ou le Cambodge.
Les grands aménagements accompagnent ce mouvement : barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi (achevé en 2006, pleinement en service en 2012, plus d'un million de déplacés), transferts d'eau du Sud vers le Nord (premières mises en eau en 2013-2014), voie ferrée Qinghai-Tibet ouverte en 2006.
Exemple — la vallée du Yangzi. Des ports fluviaux (Wuhan, Chongqing) relient l'intérieur au delta : le fleuve devient un axe de diffusion de l'industrialisation vers l'ouest, ce que les autorités appellent la « ceinture économique du Yangzi ».
Des espaces ruraux en recomposition
En 2023, environ 477 millions de Chinois vivent encore dans les campagnes. Les espaces ruraux (thème 3) connaissent une triple recomposition.
Un exode rural d'ampleur inédite. Les mingong, travailleurs d'origine rurale employés hors de l'agriculture, sont près de 300 millions en 2023 selon le Bureau national des statistiques. Leur migration est souvent temporaire et circulaire : chaque année, le Nouvel An chinois provoque les plus grands déplacements de population au monde.
Hukou : système d'enregistrement des ménages instauré par le règlement du 9 janvier 1958. Il rattache chaque habitant à un lieu et à un statut (agricole ou non agricole). Un migrant sans hukou urbain accède difficilement à l'école publique, au logement social ou à la protection sociale de la ville où il travaille.
Le hukou crée donc un écart entre la population qui vit en ville (66 % en 2023) et celle qui détient un hukou urbain (moins de la moitié). La réforme de juillet 2014 supprime la distinction agricole / non agricole et assouplit l'accès au hukou dans les petites et moyennes villes, mais Pékin et Shanghai restent très restrictives.
Des campagnes transformées. Villages vieillis où restent les anciens et les enfants « laissés derrière » (liushou ertong, plusieurs dizaines de millions selon la Fédération des femmes de Chine en 2013) ; campagnes périurbaines absorbées par la ville ; agriculture qui se concentre et se mécanise ; « villages Taobao » où le commerce en ligne crée des emplois.
La lutte contre la pauvreté rurale. Suppression de l'impôt agricole au 1er janvier 2006, campagne de « réduction ciblée de la pauvreté » à partir de 2013, relocalisation d'environ 9,6 millions de ruraux vivant dans des zones jugées trop hostiles (2016-2020). Fin 2020, le pouvoir déclare avoir éliminé la pauvreté absolue selon son seuil national.
Développement et inégalités : un rééquilibrage inachevé
Classée par la Banque mondiale parmi les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure depuis 2010, la Chine atteint en 2023 un PIB par habitant d'environ 89 000 yuans. Mais le développement reste inégal à trois échelles.
- Entre régions : en 2023, le PIB par habitant de Pékin (environ 200 000 yuans) vaut plus de quatre fois celui du Gansu (environ 48 000). On oppose un littoral développé, un Centre en rattrapage, un Ouest en retard et un Nord-Est, ancienne base de l'industrie lourde d'État, en difficulté depuis les années 1990.
- Entre villes et campagnes : le revenu disponible urbain par habitant vaut 2,4 fois le revenu rural en 2023, après un maximum de 3,3 en 2009.
- À l'intérieur des villes : entre citadins détenteurs d'un hukou urbain et migrants.
Le pouvoir répond par des politiques de rééquilibrage : Grand développement de l'Ouest (2000), Revitalisation du Nord-Est (2003), Essor du Centre (2004), Plan national de nouvelle urbanisation (mars 2014).
Les nouvelles routes de la soie, annoncées par Xi Jinping en septembre 2013 à Astana (volet terrestre) puis en octobre 2013 à Jakarta (volet maritime), prolongent ce rééquilibrage vers l'extérieur : le Xinjiang devient une porte vers l'Asie centrale (port sec de Khorgos, à la frontière kazakhe) et des trains de marchandises relient Chongqing à Duisbourg depuis 2011. L'intérieur, jadis enclavé, devient une interface continentale. Au Xinjiang comme au Tibet, ces aménagements vont de pair avec un contrôle politique étroit des populations ouïghoure et tibétaine, dénoncé par des ONG et plusieurs gouvernements, contesté par Pékin.
Le rééquilibrage reste partiel : le coefficient de Gini des revenus, autour de 0,47 selon les statistiques officielles, traduit des inégalités élevées. Et la population diminue depuis 2022 : l'Inde a dépassé la Chine en 2023.
Pièges et contresens à éviter
1. Confondre les étapes de l'ouverture. Les ZES datent de 1980 (quatre, puis Hainan en 1988) ; les 14 villes côtières ouvertes datent de 1984 ; Pudong de 1990 ; l'OMC de 2001. Shanghai n'est pas une des premières ZES.
2. Faire du hukou une interdiction de migrer. Les migrants peuvent aller travailler en ville : ce que le hukou limite, c'est l'accès aux droits (école, santé, logement) dans la ville d'arrivée.
3. Confondre les deux taux d'urbanisation. 66 % des Chinois vivent en ville (2023), mais moins de la moitié détiennent un hukou urbain. Une copie qui donne un seul chiffre sans préciser lequel perd en précision.
4. Réduire la Chine au littoral. L'intérieur n'est pas immobile : Chongqing, Chengdu, Wuhan ou Zhengzhou croissent vite, et les routes de la soie en font des interfaces. Inversement, ne pas conclure que le rattrapage est achevé : l'Est produit toujours un peu plus de la moitié du PIB.
5. Oublier l'État. En France, les recompositions résultent largement du marché et de la décentralisation ; en Chine, les ZES, les villes nouvelles, le hukou et les grands aménagements sont décidés par le pouvoir central. C'est une différence majeure à souligner.
6. Prendre les chiffres officiels pour acquis. La fin de la « pauvreté absolue » (2020) se mesure selon un seuil national bas : on cite le chiffre en précisant sa source et sa définition.
7. Recopier le cours des thèmes 1 à 3. Métropolisation, espaces productifs et ruraux sont déjà définis : on les applique à la Chine en une phrase, puis on démontre avec des exemples chinois datés et localisés.
- 1978 : réformes et ouverture (Deng Xiaoping) ; ouverture sélective par le littoral : ZES en 1980 (Shenzhen, Zhuhai, Shantou, Xiamen), 14 villes côtières en 1984, Pudong en 1990, OMC en 2001.
- Littoralisation : l'Est, environ un dixième du territoire, produit un peu plus de la moitié du PIB ; Shanghai, premier port du monde.
- Métropolisation : urbanisation de 17,9 % (1978) à 66,2 % (2023) ; trois grandes régions urbaines (Jing-Jin-Ji, delta du Yangzi, Grande Baie) ; villes fragmentées (villages urbains).
- Espaces productifs : de l'atelier du monde à la remontée en gamme ; glissement vers l'intérieur (Foxconn à Zhengzhou, 2010).
- Espaces ruraux : près de 300 millions de mingong ; hukou (1958, réformé en 2014) ; lutte contre la pauvreté (fin déclarée en 2020).
- Inégalités à trois échelles (régions, villes/campagnes, intra-urbaines) ; rééquilibrage partiel : Ouest (2000), Centre (2004), nouvelles routes de la soie (2013).
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