06 29 33 79 32 Je réserve ici
1ʳᵉ

Ressources · 1ʳᵉ ·

Les espaces ruraux : multifonctionnalité ou fragmentation ?

Fragmentation, agriculture productiviste et vivrière, fonctions non agricoles, conflits d'usages, exemples mondiaux (programme de géographie de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « Les espaces ruraux : multifonctionnalité ou fragmentation ? » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce qu'un espace rural à l'échelle mondiale ?, Des agricultures qui divergent : productivisme et agriculture vivrière, L'affirmation des fonctions non agricoles, Les conflits d'usages. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .
•

Les repères à connaître

16 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.

  1. 1872Création du parc de Yellowstone (États-Unis), premier parc national du mondePremier espace rural officiellement soustrait à la colonisation agricole pour une fonction récréative et de protection.
  2. 1933Agricultural Adjustment Act aux États-UnisDébut d'un soutien public durable aux agriculteurs américains, base du productivisme du Corn Belt.
  3. 1958Système d'enregistrement des ménages (hukou) en ChineIl sépare statut rural et statut urbain et explique encore la situation des migrants ruraux chinois.
  4. 1962Mise en place de la politique agricole commune (PAC) européenneSoutien massif à la modernisation agricole ; le développement rural y devient un « second pilier » en 1999.
  5. 1966Début de la révolution verte en Inde (blés à haut rendement au Pendjab)Diffusion du productivisme au Sud : hausse des rendements, mais nappes phréatiques épuisées.
  6. 1976Brian Berry forge la notion de « contre-urbanisation »Premier constat d'un regain démographique des petites localités et des campagnes aux États-Unis.
  7. 1978Réformes rurales en Chine (responsabilité des ménages)Essor de l'agriculture familiale et des entreprises rurales non agricoles dans les campagnes chinoises.
  8. 1984Fondation du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) au BrésilSymbole des luttes pour la terre face aux grandes exploitations.
  9. 1993Fondation de la Via CampesinaMouvement paysan mondial qui défend la « souveraineté alimentaire » à partir de 1996.
  10. 1995Inscription des rizières en terrasses des cordillères des Philippines à l'UNESCOUn paysage agricole devient patrimoine mondial ; il est inscrit en péril de 2001 à 2012.
  11. 2001Rapport de l'OCDE sur la multifonctionnalité de l'agricultureLa notion entre dans le vocabulaire des politiques agricoles et des négociations commerciales.
  12. 2005Loi indienne de garantie d'emploi rural (NREGA)Cent jours de travail salarié garantis par an aux ménages ruraux volontaires : une politique contre la marginalisation.
  13. 2006Moratoire du soja en Amazonie brésilienneLes négociants s'engagent à ne plus acheter de soja issu de terres récemment déboisées : régulation d'un conflit d'usages.
  14. 2008Crise alimentaire et vague d'accaparement des terres (projet Daewoo à Madagascar)La terre agricole devient un enjeu mondial disputé entre investisseurs et paysans.
  15. 2016Mobilisation de Standing Rock contre l'oléoduc Dakota AccessExemple de conflit d'usages entre fonction énergétique et défense des terres et de l'eau.
  16. 2018Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans ; l'ONU estime la population rurale à 45 % de l'humanitéReconnaissance internationale des paysanneries au moment où les ruraux deviennent minoritaires.
1

Qu'est-ce qu'un espace rural à l'échelle mondiale ?

Il n'existe pas de définition mondiale du rural : chaque État fixe ses propres critères (seuil de population, densité, part des actifs agricoles). En Inde, le recensement de 2011 ne classe une localité parmi les villes que si elle compte au moins 5 000 habitants, 400 habitants par km² et 75 % d'actifs masculins hors de l'agriculture ; d'autres pays retiennent un simple seuil de quelques centaines ou milliers d'habitants. Toute comparaison internationale repose donc sur des statistiques nationales hétérogènes.

Selon les Nations unies (World Urbanization Prospects, 2018), 45 % de l'humanité vivait en milieu rural en 2018, soit environ 3,4 milliards de personnes, contre 70 % en 1950. Le nombre de ruraux devrait plafonner puis reculer vers 3,1 milliards en 2050. Près de 90 % d'entre eux vivent en Asie et en Afrique ; l'Inde (893 millions) et la Chine (578 millions) en rassemblent à elles seules plus de 40 %.

Espace rural : espace de faible densité, où dominent les paysages ouverts (champs, prairies, forêts) et un habitat en villages, hameaux ou fermes isolées. Multifonctionnalité : coexistence, sur un même espace, de fonctions agricoles et non agricoles (résidentielle, touristique, industrielle, énergétique, environnementale). Fragmentation : différenciation croissante entre espaces ruraux intégrés aux dynamiques métropolitaines et mondiales, et espaces ruraux en marge.

Le rural ne se confond donc plus avec l'agricole. Dans les pays de l'OCDE, les agriculteurs sont devenus minoritaires parmi les habitants des campagnes ; dans une grande partie de l'Afrique subsaharienne et de l'Asie du Sud, l'agriculture reste au contraire l'activité de la majorité des ruraux. Le programme pose deux questions liées : les espaces ruraux se diversifient-ils (multifonctionnalité) ? Cette diversification les rapproche-t-elle ou les sépare-t-elle davantage (fragmentation) ?

À l'échelle mondiale, raisonne en gradient : des campagnes périurbaines sous influence métropolitaine jusqu'aux espaces ruraux isolés, en passant par les campagnes agricoles spécialisées.
2

Des agricultures qui divergent : productivisme et agriculture vivrière

L'agriculture reste la première fonction des espaces ruraux par la superficie occupée. Le monde compte plus de 570 millions d'exploitations agricoles, dont plus de 80 % couvrent moins de 2 hectares (FAO, 2014-2016), et l'agriculture fournit encore un peu plus d'un quart des emplois mondiaux à la fin des années 2010 (OIT). Mais deux modèles s'éloignent l'un de l'autre.

L'agriculture productiviste cherche à maximiser les rendements par la mécanisation, les engrais, les semences sélectionnées, l'irrigation et la spécialisation. Elle domine le Corn Belt des États-Unis (premier producteur mondial de maïs), la Pampa argentine ou le Mato Grosso, cœur d'un Brésil devenu dans les années 2010 le premier exportateur mondial de soja. Elle s'est diffusée au Sud avec la « révolution verte » : à partir de 1966, l'Inde introduit au Pendjab des variétés de blé à haut rendement ; l'agronome Norman Borlaug reçoit le prix Nobel de la paix en 1970. L'Inde atteint l'autosuffisance céréalière, au prix d'un épuisement des nappes phréatiques du Pendjab et d'un endettement paysan durable.

L'agriculture vivrière produit d'abord pour nourrir la famille : riz dans l'Asie des moussons, mil et sorgho au Sahel, manioc en Afrique centrale. Elle repose sur la polyculture, une main-d'œuvre familiale et peu d'intrants. Les exploitations vendent souvent un surplus sur les marchés locaux ou associent une culture commerciale (cacao en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial). Elles restent vulnérables aux sécheresses et aux variations des prix.

Agriculture productivisteAgriculture vivrière
ButVendre, souvent à l'exportationNourrir la famille, vendre un surplus
MoyensCapital, machines, intrantsTravail familial, peu d'intrants
ExemplesCorn Belt, Mato Grosso, PendjabSahel, deltas rizicoles d'Asie

Entre les deux, l'agrobusiness (firmes de semences, négoce, transformation) organise des filières mondiales et lie parfois de petits producteurs par contrat.

3

L'affirmation des fonctions non agricoles

Les fonctions non agricoles des espaces ruraux progressent partout, mais à des rythmes très inégaux.

La fonction résidentielle. Autour des métropoles, la périurbanisation diffuse l'habitat dans les campagnes : exurbs des États-Unis, villages absorbés par les mégapoles. En 1991, le géographe Terry McGee décrit en Asie les desakota (de l'indonésien « village-ville ») : régions densément peuplées de Java ou du delta de la rivière des Perles où rizières, ateliers et habitations se mêlent. Dans l'Ouest américain, retraités et actifs aisés s'installent dans les montagnes Rocheuses pour leurs paysages : ce sont des migrations d'agrément.

Les fonctions récréative, touristique et patrimoniale. Les États-Unis créent en 1872 le parc de Yellowstone, premier parc national du monde. Les paysages agricoles deviennent eux-mêmes un patrimoine : rizières en terrasses des cordillères des Philippines (UNESCO, 1995), Val d'Orcia en Toscane (2004), paysage culturel du café de Colombie (2011). En Italie, l'agritourisme est encadré par une loi dès 1985.

Les fonctions productives non agricoles. En Chine, après les réformes de 1978, les entreprises de bourgs et de villages emploient plus de 100 millions de ruraux au milieu des années 1990. Les campagnes accueillent aussi l'extraction (pétrole de schiste du Dakota du Nord à partir de la fin des années 2000) et la production d'énergie : parcs éoliens de Mongolie-Intérieure, centrales solaires.

La fonction environnementale. Forêts, zones humides et prairies stockent du carbone, régulent l'eau et abritent la biodiversité : les aires protégées couvrent environ 17 % des terres émergées en 2020 (PNUE et UICN, rapport Protected Planet).

Ces fonctions s'accompagnent de la pluriactivité : un ménage rural combine agriculture, emploi salarié, accueil de touristes et argent envoyé par un membre émigré en ville ou à l'étranger.
4

Les conflits d'usages

Un conflit d'usages naît lorsque plusieurs acteurs veulent utiliser un même espace ou une même ressource (terre, eau, forêt, paysage) de manière incompatible. La multifonctionnalité les multiplie.

Produire ou protéger. En Amazonie brésilienne, l'avancée du front pionnier de l'élevage et du soja se heurte aux peuples autochtones et aux défenseurs de la forêt. En 2006, les négociants s'engagent par le « moratoire du soja » à ne plus acheter de soja issu de terres amazoniennes récemment déboisées ; en 2012, le Brésil révise son code forestier, au terme d'un vif débat entre représentants de l'agriculture et défenseurs de l'environnement.

Se partager l'eau. Autour du lac Naivasha, au Kenya, l'horticulture d'exportation (roses destinées à l'Europe) puise dans le lac dont dépendent aussi pêcheurs, éleveurs et faune sauvage. Au Sahel, la concurrence pour l'eau et les pâturages oppose parfois éleveurs transhumants et agriculteurs sédentaires ; dans les zones d'insécurité, ces tensions peuvent dégénérer en violences.

Extraire ou préserver. En 2016, la tribu sioux de Standing Rock (Dakota du Nord et du Sud) conteste le passage de l'oléoduc Dakota Access à proximité de ses terres et de sa ressource en eau.

Qui contrôle la terre ? Après la flambée des prix agricoles de 2007-2008, des États et des firmes louent ou achètent de vastes surfaces à l'étranger : c'est l'accaparement des terres. À Madagascar, un projet de location d'environ 1,3 million d'hectares à l'entreprise sud-coréenne Daewoo Logistics, révélé en 2008, suscite une vive opposition ; il est abandonné en 2009.

Pour analyser un conflit d'usages : les acteurs, leurs usages, la ressource disputée, l'échelle (du local au mondial) et le mode de régulation (droit, concertation, rapport de force).
5

La fragmentation des espaces ruraux : intégration et marginalisation

La fragmentation désigne la différenciation croissante des espaces ruraux. Elle résulte d'une intégration inégale à la mondialisation et à la métropolisation.

Des campagnes intégrées. Les campagnes périurbaines profitent de la proximité des marchés et des emplois urbains. Les régions agro-exportatrices (Corn Belt, Mato Grosso, rives du lac Naivasha) sont reliées aux ports et aux marchés mondiaux. Les campagnes touristiques et résidentielles attractives (Toscane, Rocheuses) captent revenus et nouveaux habitants.

Des campagnes en marge. Selon la Banque mondiale (2016), environ 80 % des personnes en situation d'extrême pauvreté vivent en milieu rural. L'exode rural vide certaines régions de leurs jeunes. En Chine, le système d'enregistrement des ménages (hukou, 1958) restreint l'accès des migrants ruraux aux droits sociaux en ville : on compte environ 290 millions de travailleurs migrants d'origine rurale en 2019, et des dizaines de millions d'enfants « laissés derrière » dans les villages. Au Japon, le sociologue Akira Ōno forge en 1991 la notion de genkai shūraku (« village-limite ») pour les hameaux dont plus de la moitié des habitants ont 65 ans ou plus.

Une fragmentation à toutes les échelles. La coupure ne sépare pas seulement le Nord et le Sud : elle traverse chaque pays, parfois une même région. Au Brésil, les grandes exploitations de soja côtoient des paysans sans terre ; au Kenya, les serres de Naivasha voisinent avec des éleveurs pauvres.

Intégration / marginalisation : un espace est intégré quand il est relié aux flux (marchandises, capitaux, personnes, informations) et en tire des revenus ; il est marginalisé quand il reste à l'écart de ces flux ou n'en subit que les effets.

La fragmentation n'est pas toujours un déclin : certaines campagnes éloignées regagnent des habitants grâce au tourisme, aux retraités ou au travail à distance.

6

Acteurs, politiques publiques et débats

Les États restent décisifs. Les États-Unis soutiennent leurs agriculteurs depuis l'Agricultural Adjustment Act de 1933 ; la Communauté économique européenne lance en 1962 la politique agricole commune (PAC), dotée en 1999 d'un « second pilier » consacré au développement rural. L'Inde adopte en 2005 une loi garantissant cent jours d'emploi salarié par an aux ménages ruraux volontaires (NREGA). La Chine supprime l'impôt agricole en 2006 et lance en 2017 une stratégie de « revitalisation rurale ».

Les firmes de l'agrobusiness, de l'énergie ou du tourisme investissent les campagnes ; les ONG et les mouvements paysans contestent souvent leurs choix. Au Brésil, le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), fondé en 1984, réclame une réforme agraire. La Via Campesina, fondée en 1993, défend depuis 1996 la « souveraineté alimentaire », droit des peuples à définir leurs politiques agricoles. En décembre 2018, l'Assemblée générale des Nations unies adopte une Déclaration sur les droits des paysans.

Des débats théoriques. Le mot « multifonctionnalité » s'impose dans les négociations internationales des années 1990 ; l'OCDE lui consacre un rapport en 2001. L'Union européenne, le Japon ou la Norvège l'invoquent pour justifier leurs aides agricoles ; les pays exportateurs du groupe de Cairns (créé en 1986) y voient un protectionnisme déguisé. Sur la population, le géographe américain Brian Berry parle dès 1976 de « contre-urbanisation » ; d'autres chercheurs soulignent la poursuite de l'exode rural au Sud. Deux lectures s'opposent donc : renaissance des campagnes ou marginalisation croissante. Les deux sont exactes, mais pas aux mêmes endroits : c'est précisément la fragmentation.

7

Pièges à éviter

Les erreurs qui coûtent des points
• Confondre rural et agricole. Un espace rural peut être dominé par des fonctions résidentielles, touristiques ou énergétiques ; un agriculteur peut vivre en ville.
• Opposer un Nord productiviste à un Sud vivrier. Le Mato Grosso, la Pampa ou le Pendjab sont productivistes ; des campagnes marginalisées existent au Japon comme en Afrique.
• Faire de la fragmentation un synonyme de déclin. Elle désigne des trajectoires divergentes : certaines campagnes s'enrichissent et gagnent des habitants, d'autres se vident.
• Réduire la multifonctionnalité à une liste. Il faut montrer comment les fonctions se complètent ou s'affrontent (conflits d'usages).
• Confondre multifonctionnalité et pluriactivité. La première qualifie un espace, la seconde un ménage ou un individu.
• Oublier l'échelle. Un même pays, parfois une même région, juxtapose campagnes intégrées et campagnes en marge.
• Traiter la France à la place du monde. Ce chapitre se place à l'échelle mondiale ; le cas français fait l'objet de la question « La France : des espaces ruraux multifonctionnels ».
• Donner des chiffres sans date ni source. « 45 % de ruraux » ne vaut que suivi de « ONU, 2018 ».

Méthode : dans une copie, chaque fonction ou chaque conflit doit être localisé (pays, région), daté et rattaché à des acteurs. Un exemple précis vaut mieux que trois exemples cités sans explication.

En bref
  • 45 % de l'humanité est rurale (ONU, 2018), soit environ 3,4 milliards de personnes, dont près de 90 % en Asie et en Afrique.
  • Rural ne veut plus dire agricole : les espaces ruraux sont multifonctionnels (produire, habiter, se divertir, protéger, fournir de l'énergie).
  • L'agriculture diverge : productivisme intégré aux marchés (Corn Belt, Mato Grosso, Pendjab depuis 1966) / agriculture vivrière familiale (Sahel, Asie des moussons).
  • La multifonctionnalité multiplie les conflits d'usages : Amazonie, lac Naivasha, Standing Rock (2016), Madagascar (2008-2009).
  • La fragmentation oppose campagnes intégrées et campagnes marginalisées, à toutes les échelles, pas seulement entre Nord et Sud.
  • Acteurs : États (PAC 1962, NREGA 2005, revitalisation rurale chinoise 2017), firmes, mouvements paysans (MST 1984, Via Campesina 1993, Déclaration de l'ONU 2018).
Bloqué sur ce chapitre ?

Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

Prof d'histoire-géo à Marseille · Cours particuliers au lycée · Aide aux devoirs