Le patrimoine français regroupe monuments, ensembles urbains, paysages, collections et pratiques (repas gastronomique), protégés par l'État depuis 1913 et, pour une cinquantaine de biens, inscrits au patrimoine mondial. Les enjeux économiques tiennent au tourisme, aux emplois, à la reconversion des territoires et aux coûts ; les enjeux diplomatiques, à l'influence et à l'image de la France, surtout depuis 1972.
En quoi le patrimoine français est-il à la fois une ressource économique et un instrument d'influence, et quelles tensions ce double usage fait-il naître ?
Le plan en trois parties
Une ressource économique majeure
- Le patrimoine est un moteur du tourisme.Environ 100 millions de touristes internationaux en 2023 ; Versailles, environ 8 millions de visiteurs par an avant 2020.
- Il sert à reconvertir des territoires en crise.Bassin minier inscrit le 30 juin 2012 ; Louvre-Lens ouvert le 4 décembre 2012.
- Il mobilise des financements nouveaux.Loto du patrimoine depuis 2018 ; environ 840 millions d'euros de dons pour Notre-Dame après 2019.
Un instrument d'influence et de diplomatie
- Le patrimoine sert de décor à la diplomatie.Vladimir Poutine à Versailles (29 mai 2017) ; dîner d'État de Charles III (20 septembre 2023) ; sommet « Choose France » depuis 2018.
- Il s'exporte comme expertise et comme marque.Louvre Abu Dhabi : accord du 6 mars 2007, inauguration le 8 novembre 2017, près d'un milliard d'euros sur trente ans.
- Il fait de la France une puissance protectrice.Siège de l'UNESCO à Paris ; comité d'Angkor coprésidé avec le Japon depuis 1993 ; ALIPH (2017) ; repas gastronomique inscrit en 2010.
Des enjeux qui se contrarient : coûts, tensions et limites
- La valorisation touristique menace ce qu'elle exploite.Louvre plafonné à 30 000 visiteurs par jour depuis 2022 ; fermeture de Lascaux en 1963.
- L'héritage colonial des collections crée des tensions diplomatiques.Discours de Ouagadougou (2017) ; loi du 24 décembre 2020 restituant 26 objets au Bénin et un sabre au Sénégal.
- La diplomatie patrimoniale est critiquée et coûteuse.Critiques contre la « location » du nom du Louvre à Abou Dhabi ; poids de l'entretien pour l'État et les collectivités.
L'avenir du modèle français dépendra de sa capacité à partager ce patrimoine, avec les pays d'origine des collections comme avec les habitants des lieux valorisés.