Usages, protection et destructions du patrimoine : acteurs, conflits, tourisme et diplomatie (thème 4 d'HGGSP de Terminale)
À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en terminale sur « Le patrimoine, enjeux géopolitiques » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Du monument national au patrimoine mondial : une notion élargie, des acteurs multiples, Usages politiques : Versailles et Paris, un patrimoine au service du pouvoir, Un patrimoine disputé : les frises du Parthénon depuis le XIXe siècle, Détruire pour effacer : le patrimoine, cible des conflits. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité HGGSP.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Victor Hugo et le sac du palais d'Été (1861)
Facile
Lettre ouverte, texte d'époque · Victor Hugo, lettre au capitaine Butler, Hauteville House (Guernesey), 25 novembre 1861, publiée dans Actes et paroles, Pendant l'exil, 1875 (extraits).
En octobre 1860, pendant la seconde guerre de l'opium, les troupes françaises et britanniques pillent le palais d'Été (Yuanmingyuan), près de Pékin, avant que Lord Elgin, fils de celui du Parthénon, ne le fasse incendier. Exilé à Guernesey depuis son opposition au coup d'État de 1851, Victor Hugo répond à un officier britannique qui lui demandait son avis sur l'expédition.
« Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l'expédition de Chine. [...]
Il y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s'appelait le Palais d'été. [...] Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n'égaleraient pas ce formidable et splendide musée de l'Orient. [...]
Cette merveille a disparu.
Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d'été. L'un a pillé, l'autre a incendié. La victoire peut être une voleuse, à ce qu'il paraît. [...] L'un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l'autre a empli ses coffres ; et l'on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l'histoire des deux bandits.
Nous, Européens, nous sommes les civilisés, et pour nous les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie.
Devant l'histoire, l'un des deux bandits s'appellera la France, l'autre s'appellera l'Angleterre. Mais je proteste, et je vous remercie de m'en donner l'occasion ; les crimes de ceux qui mènent ne sont pas la faute de ceux qui sont menés ; les gouvernements sont quelquefois des bandits, les peuples jamais.
L'empire français a empoché la moitié de cette victoire, et il étale aujourd'hui, avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d'été. J'espère qu'un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.
En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate. »
En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez que le sac du palais d'Été révèle les liens entre guerre, pillage et patrimoine, et en quoi ce texte éclaire les débats actuels sur les restitutions.
Présentez le document : auteur, date, destinataire, contexte.
Comment Hugo décrit-il le palais d'Été et sa destruction ? Relevez les procédés d'écriture.
Quelle conception du patrimoine le texte défend-il ?
Quel est le point de vue de l'auteur, et quels échos le texte trouve-t-il aujourd'hui ?
Voir la réponse rédigée
1. Le document est une lettre ouverte de Victor Hugo, datée du 25 novembre 1861 à Hauteville House, sa maison de Guernesey, où il vit en exil depuis qu'il a combattu le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte (décembre 1851). Il répond au capitaine Butler, un officier britannique qui voyait dans l'expédition franco-britannique en Chine une gloire partagée. Cette expédition clôt la seconde guerre de l'opium (1856-1860) : en octobre 1860, les soldats pillent le palais d'Été, résidence impériale proche de Pékin, puis Lord Elgin le fait incendier en représailles. Publiée en 1875 dans Actes et paroles, la lettre vise, au-delà de son destinataire, l'opinion publique européenne.
2. Hugo commence par l'éloge : le palais est « une merveille du monde », que les « trésors de toutes nos cathédrales réunies » n'égaleraient pas. Il l'élève ainsi au rang du patrimoine le plus sacré de l'Europe. Puis une phrase brève, « Cette merveille a disparu », fait basculer le texte. La destruction est racontée sur le ton du fait divers : « deux bandits », l'un « a pillé, l'autre a incendié ». L'ironie (« La victoire peut être une voleuse ») et l'image des vainqueurs repartant « bras dessus, bras dessous, en riant » ridiculisent la gloire militaire. L'antithèse coloniale est retournée : « Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie. »
3. Hugo défend, avant la lettre, une conception universelle du patrimoine : un chef-d'œuvre chinois appartient à la civilisation humaine, et sa destruction est un crime quelle que soit la nation qui le possède. C'est l'idée que formulera en 1954 la Convention de La Haye, pour qui les atteintes aux biens culturels « à quelque peuple qu'ils appartiennent » touchent l'humanité entière. Il pose aussi le principe de la restitution : « J'espère qu'un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée. »
4. Le texte a un point de vue situé. Hugo est l'adversaire de Napoléon III : sa cible est d'abord « l'empire français », qu'il faudrait « délivré et nettoyé » ; il distingue les gouvernements, « quelquefois des bandits », des peuples, « jamais ». Il ne connaît le palais que par des récits et le décrit avec l'imaginaire orientaliste de son temps (« musée de l'Orient »). Le texte n'en a pas moins une forte postérité : dès 1863, l'impératrice Eugénie installe à Fontainebleau un Musée chinois avec une partie du butin ; en 2013, la famille Pinault offre à la Chine deux têtes de bronze de la fontaine du palais ; les ruines sont devenues à Pékin un lieu de mémoire des humiliations infligées par l'Occident, et la lettre de Hugo y est souvent citée. Le pillage de 1860 montre qu'un butin de guerre peut nourrir, un siècle et demi plus tard, des tensions diplomatiques autour des restitutions.
Ce que cette analyse apprend — Présenter l'auteur et sa position avant d'analyser le texte : la critique naît du point de vue de l'auteur, ici un exilé opposant à Napoléon III.
Document 2 — La Convention de 1972 : un patrimoine de l'humanité confié aux États
Moyen
Texte juridique international (convention) · UNESCO, Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, adoptée par la Conférence générale à Paris le 16 novembre 1972 (préambule et articles 4, 6 et 11, extraits).
La Convention est adoptée par les États membres de l'UNESCO réunis à Paris, douze ans après la campagne de sauvetage des temples de Nubie. Elle s'adresse aux États, qui doivent la ratifier pour s'engager.
Préambule. « Constatant que le patrimoine culturel et le patrimoine naturel sont de plus en plus menacés de destruction non seulement par les causes traditionnelles de dégradation mais encore par l'évolution de la vie sociale et économique qui les aggrave par des phénomènes d'altération ou de destruction encore plus redoutables,
Considérant que la dégradation ou la disparition d'un bien du patrimoine culturel et naturel constitue un appauvrissement néfaste du patrimoine de tous les peuples du monde, [...]
Considérant que certains biens du patrimoine culturel et naturel présentent un intérêt exceptionnel qui nécessite leur préservation en tant qu'élément du patrimoine mondial de l'humanité tout entière, [...] »
Article 4. « Chacun des États parties à la présente Convention reconnaît que l'obligation d'assurer l'identification, protection, conservation, mise en valeur et transmission aux générations futures du patrimoine culturel et naturel [...] situé sur son territoire, lui incombe en premier chef. Il s'efforce d'agir à cet effet tant par son propre effort au maximum de ses ressources disponibles que, le cas échéant, au moyen de l'assistance et de la coopération internationales [...]. »
Article 6, alinéa 1. « En respectant pleinement la souveraineté des États sur le territoire desquels est situé le patrimoine culturel et naturel [...], les États parties à la présente Convention reconnaissent qu'il constitue un patrimoine universel pour la protection duquel la communauté internationale tout entière a le devoir de coopérer. »
Article 11, alinéa 4 (liste du patrimoine mondial en péril). « [...] biens [...] menacés de dangers graves et précis, tels que menace de disparition due à une dégradation accélérée, projets de grands travaux publics ou privés, rapide développement urbain et touristique [...], conflit armé venant ou menaçant d'éclater, calamités et cataclysmes [...]. »
En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez comment la Convention de 1972 organise la protection d'un patrimoine universel, et quelles tensions elle laisse subsister entre l'intérêt de l'humanité et la souveraineté des États.
Présentez le document : nature, auteur, date, contexte.
Pourquoi, selon le préambule, faut-il protéger le patrimoine à l'échelle mondiale ?
Comment la Convention concilie-t-elle patrimoine universel et souveraineté des États ?
À partir d'exemples, montrez l'efficacité et les limites de cet instrument.
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'extraits d'une convention internationale, la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, adoptée à Paris le 16 novembre 1972 par la Conférence générale de l'UNESCO. C'est un texte juridique qui engage les États qui le ratifient ; il en compte aujourd'hui près de deux cents. Il naît du succès de la campagne de Nubie lancée en 1960, qui avait montré qu'un site pouvait mobiliser le monde entier, et de la montée des préoccupations environnementales (la conférence de Stockholm se tient la même année).
2. Le préambule part d'un constat : les menaces ne sont plus seulement « traditionnelles » (usure, catastrophes) mais viennent de « l'évolution de la vie sociale et économique », c'est-à-dire de l'urbanisation, des grands travaux, de l'industrie et du tourisme. Il en tire un principe : la disparition d'un bien est « un appauvrissement néfaste du patrimoine de tous les peuples du monde ». Certains biens relèvent donc du « patrimoine mondial de l'humanité tout entière » : leur perte concerne tout le monde, et pas seulement le pays qui les abrite.
3. La Convention ne crée pas une propriété mondiale. L'article 4 confie la charge de protéger, conserver, « mettre en valeur » et transmettre à l'État où se trouve le bien, « en premier chef ». L'article 6 affirme à la fois le « patrimoine universel » et le respect « pleinement » de la « souveraineté des États » : la communauté internationale a seulement « le devoir de coopérer ». L'outil de pression est la liste en péril (article 11), qui énumère des menaces très concrètes, du « rapide développement urbain et touristique » au « conflit armé ».
4. L'instrument a fonctionné : plus de 1 200 biens sont inscrits, l'inscription de Tombouctou sur la liste en péril (28 juin 2012) a mobilisé l'aide qui a permis de reconstruire les mausolées dès 2015, et la menace d'inscrire Venise sur cette liste a conduit l'Italie à interdire les grands navires en 2021. Mais la Convention ne peut rien contre un État qui passe outre : Dresde a construit son pont et a été désinscrite en 2009, Liverpool en 2021. Elle ne peut rien non plus contre des groupes armés, qui ne l'ont pas signée (Palmyre, 2015). Enfin, parce que le Comité est formé d'États, l'inscription devient un enjeu diplomatique, comme à Hébron en 2017. Le texte révèle ainsi la tension du chapitre : un patrimoine proclamé universel, mais confié à des États souverains.
Ce que cette analyse apprend — Repérer dans un texte juridique les verbes qui obligent (« incombe ») et ceux qui ne font qu'inviter (« s'efforce », « devoir de coopérer ») : c'est là que se lisent les limites.
Document 3 — Venise, un patrimoine menacé par son succès
Moyen
Tableau statistique et chronologie des mesures publiques · Commune de Venise, service des statistiques, population du centre historique 1951-2022 (valeurs arrondies) ; décret-loi du gouvernement italien de juillet 2021 ; délibérations de la commune de Venise sur la contribution d'accès, 2024-2025. Tableau construit pour l'exercice.
Venise attire depuis le XIXe siècle les voyageurs européens ; le tourisme de masse et les croisières l'ont transformée en l'un des sites les plus visités au monde. En 2021 puis en 2023, le Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO a recommandé de l'inscrire sur la liste en péril.
Année
Habitants du centre historique (valeur arrondie)
1951
environ 175 000
1966
environ 121 000
2009
environ 60 000
2022
moins de 50 000
Date
Fréquentation et mesures publiques
1987
Venise et sa lagune inscrites sur la Liste du patrimoine mondial
Avant 2020
20 à 30 millions de visiteurs par an selon les estimations, en majorité des excursionnistes à la journée
3 octobre 2020
Première mise en service des digues mobiles du MOSE contre l'acqua alta
1er août 2021
Navires de plus de 25 000 tonnes interdits dans le bassin de Saint-Marc et le canal de la Giudecca
2024
Contribution d'accès de 5 € pour les visiteurs à la journée, expérimentée sur 29 jours
2025
Contribution étendue à 54 jours (5 €, ou 10 € en cas de réservation tardive)
En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez que Venise est un patrimoine menacé par son succès touristique et que sa protection oppose des acteurs aux intérêts divergents.
Présentez le document et ce qu'il permet de mesurer.
Décrivez l'évolution de la population du centre historique et calculez-la entre 1951 et 2022.
Rapportez le nombre de visiteurs au nombre d'habitants. Quelles menaces le document fait-il apparaître ?
Quels acteurs interviennent, et quelles sont les limites du document et des mesures prises ?
Voir la réponse rédigée
1. Le document associe deux tableaux construits à partir de données publiques : l'évolution de la population du centre historique de Venise de 1951 à 2022, d'après la commune, et une chronologie de la fréquentation et des mesures prises par la commune et l'État italien depuis l'inscription de la ville et de sa lagune sur la Liste du patrimoine mondial en 1987. Il permet de confronter la vie de la ville (ses habitants) et son usage touristique.
2. La population du centre historique s'effondre : environ 175 000 habitants en 1951, 121 000 en 1966, 60 000 en 2009, moins de 50 000 en 2022. Entre 1951 et 2022, elle baisse d'au moins 125 000 habitants, soit (175 000 − 50 000) / 175 000 ≈ 71 % : le centre a perdu plus des deux tiers de ses habitants en soixante-dix ans. La chute se poursuit après l'inscription de 1987 : la reconnaissance mondiale ne l'a pas enrayée.
3. Avec 20 millions de visiteurs pour 50 000 habitants, on compte au moins 400 visiteurs par an pour un habitant, et jusqu'à 600 avec l'estimation haute de 30 millions. Le document fait apparaître deux menaces. La première est naturelle et aggravée par l'homme : l'acqua alta, contre laquelle le MOSE fonctionne depuis le 3 octobre 2020, après la marée de 187 cm du 12 novembre 2019. La seconde est humaine : le surtourisme, qui transforme les logements en locations et vide la ville de ses habitants partis à Mestre ; c'est la muséification. Les grands navires, interdits en 2021, abîmaient en outre les fondations par leurs remous.
4. Les acteurs sont nombreux : l'UNESCO, qui fait pression par la menace de la liste en péril ; l'État italien, qui interdit les grands navires par décret-loi ; la commune, qui instaure la contribution d'accès ; les habitants, qui manifestent depuis les années 2010 contre les croisières ; les compagnies de croisière et le port, qui défendent l'emploi. Le document a ses limites : les chiffres de population sont arrondis et ne portent que sur le centre (la commune, avec Mestre, compte environ 250 000 habitants) ; le nombre de visiteurs n'est qu'une estimation, car les excursionnistes ne sont pas enregistrés. Les mesures, elles, restent discutées : 5 € n'ont pas l'effet dissuasif d'un quota, et certains y voient une ville transformée en parc à thème payant. Venise montre qu'il ne suffit pas d'inscrire un patrimoine pour le protéger : il faut arbitrer entre ses usagers.
Ce que cette analyse apprend — Faire parler un tableau par un calcul simple (variation en pourcentage, rapport entre deux grandeurs) puis critiquer la nature des chiffres : arrondis, estimations, périmètre.
Document 4 — Les marbres du Parthénon à Londres : admiration et protestation (1812-1819)
Difficile
Deux documents : une peinture à l'huile et un extrait de poème · Document 1 : Archibald Archer, The Temporary Elgin Room in the British Museum, 1819, huile sur toile, Londres, British Museum. Document 2 : George Gordon Byron, Childe Harold's Pilgrimage, chant II, strophe 15, Londres, 1812 (traduction française pour l'exercice).
Les sculptures, détachées du Parthénon entre 1801 et 1805 alors que la Grèce appartient à l'Empire ottoman, sont achetées par le Parlement britannique en 1816. Byron, poète britannique qui a séjourné à Athènes en 1810-1811, publie son poème en 1812 ; il mourra en 1824 en Grèce, engagé aux côtés des insurgés grecs.
Document 1 — description du tableau. La toile représente la salle provisoire construite au British Museum en 1817 pour présenter les sculptures rapportées d'Athènes par Lord Elgin. Des plaques de la frise et des métopes sont alignées le long des murs ; des statues mutilées des frontons reposent sur des socles bas. Au premier plan, des hommes en habit sombre, administrateurs du musée et artistes, parmi lesquels le peintre Benjamin West, président de la Royal Academy, contemplent les sculptures et en discutent. Rien dans le tableau ne rappelle Athènes ni le temple : les marbres sont montrés comme des modèles d'art offerts à l'étude et à l'admiration du public londonien.
Document 2 — Byron, 1812.
« Froid est le cœur, belle Grèce, qui te contemple Sans ressentir ce que ressentent les amants sur la poussière de ceux qu'ils aimaient ; Terne est l'œil qui ne pleure pas de voir Tes murs mutilés, tes sanctuaires en ruine emportés Par des mains britanniques, qui auraient bien mieux fait De garder ces reliques, qui ne seront jamais rendues. Maudite soit l'heure où, quittant leur île, ils sont venus Une fois encore déchirer ton sein infortuné Et arracher tes dieux tremblants vers les climats honnis du Nord ! »
En analysant les documents, en les confrontant à vos connaissances, vous montrerez que les frises du Parthénon sont, depuis le XIXe siècle, un patrimoine disputé, et vous exercerez un regard critique sur le point de vue de chaque document.
Présentez les deux documents et leur contexte.
Que montre le tableau d'Archer de la manière dont les marbres sont reçus à Londres ?
Quelle position Byron défend-il, et par quels moyens ?
Confrontez les deux documents au débat actuel et soulignez leurs limites.
Voir la réponse rédigée
1. Les deux documents sont contemporains de l'arrivée des marbres du Parthénon à Londres. Le premier est une peinture d'Archibald Archer, datée de 1819, conservée au British Museum : elle montre la salle provisoire ouverte en 1817, un an après l'achat des sculptures par le Parlement britannique pour 35 000 livres. Le second est une strophe du Pèlerinage de Childe Harold, publié en 1812 par Byron, poète britannique qui avait vu l'Acropole en 1810-1811. Les deux documents britanniques portent sur le même objet, mais avec des regards opposés.
2. Le tableau célèbre une acquisition. Les sculptures sont rangées le long des murs comme des pièces de collection ; les personnages, administrateurs du musée et artistes, dont Benjamin West, président de la Royal Academy, les étudient avec l'autorité des connaisseurs. La scène exprime l'argument que le British Museum défend encore : les marbres, sortis de leur contexte, deviennent un patrimoine de l'art offert au public et aux artistes européens. Le tableau ne montre ni le temple mutilé ni Athènes : le déplacement est effacé, l'œuvre semble appartenir naturellement à Londres.
3. Byron prend le contre-pied. Il s'adresse directement à la Grèce (« belle Grèce ») et use du registre pathétique (« Terne est l'œil qui ne pleure pas ») pour faire de l'enlèvement une profanation : les « murs mutilés », le « sein infortuné » déchiré, les « dieux tremblants » arrachés. Il désigne clairement les responsables, les « mains britanniques », et maudit leur venue. Surtout, il prophétise que ces reliques « ne seront jamais rendues » : il formule dès 1812 l'idée de restitution, en accusant son propre pays.
4. Les deux documents annoncent le débat actuel. Le tableau porte l'argument du « musée universel » et de la légalité de l'achat, qu'appuie la loi britannique de 1963 interdisant au musée d'aliéner ses collections. Le poème annonce la revendication grecque, portée par Melina Mercouri en 1982 puis par la demande officielle de 1983, et mise en scène par le musée de l'Acropole ouvert en 2009, où des moulages signalent les pièces absentes. Chacun a ses limites. Le tableau est une commande de célébration : il ne dit rien des conditions de l'enlèvement, obtenu d'une autorité ottomane qui dominait alors la Grèce. Le poème est une œuvre engagée, romantique, qui idéalise une Grèce antique sans parler des Grecs de son temps ; Byron, philhellène, écrit aussi contre Elgin, qu'il attaque dans d'autres textes. Aucun des deux n'est un témoignage neutre : ils montrent qu'à peine arrivé à Londres, ce patrimoine était déjà disputé, et que la querelle oppose depuis deux siècles deux légitimités, l'universel et l'identité nationale.
Ce que cette analyse apprend — Confronter deux documents de points de vue opposés sur le même objet, puis critiquer chacun : une image de commande et un texte engagé ne sont jamais des témoins neutres.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.