À propos de cette page
Ce cours de spécialité HGGSP en terminale sur « Le patrimoine, enjeux géopolitiques » suit le programme officiel de spécialité HGGSP de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Du monument national au patrimoine mondial : une notion élargie, des acteurs multiples, Usages politiques : Versailles et Paris, un patrimoine au service du pouvoir, Un patrimoine disputé : les frises du Parthénon depuis le XIXe siècle, Détruire pour effacer : le patrimoine, cible des conflits. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité HGGSP.
2 sujets de dissertation traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Tombés au bac sur cette question
Les sujets réels des sessions précédentes : les deux premiers sont corrigés ci-dessous.
Sujet 1 — Le patrimoine, enjeu de tensions entre différents acteurs.
Analyse des termes — Le patrimoine désigne les biens matériels et immatériels hérités du passé qu'une société choisit de conserver et de transmettre ; il est un « enjeu » parce que ceux qui le possèdent, le définissent, l'exploitent ou le détruisent y gagnent ou y perdent de la légitimité, de l'argent ou de l'influence. Les « tensions » vont de la controverse diplomatique à la guerre, entre acteurs de toutes échelles (États, UNESCO, musées, habitants, entreprises, groupes armés), du début du XIXe siècle (affaire des marbres du Parthénon) à nos jours.
Problématique — Pourquoi le patrimoine, censé réunir autour d'un héritage commun, oppose-t-il des acteurs aux intérêts divergents, et comment ces tensions sont-elles régulées ?
Introduction rédigéeLe 30 juin 2012, deux jours après l'inscription de Tombouctou sur la liste du patrimoine mondial en péril, des combattants d'Ansar Dine attaquent à la pioche les mausolées des saints de la ville. Le même jour, le Comité du patrimoine mondial, réuni à Saint-Pétersbourg, inscrit le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais. Ce contraste résume l'ambivalence du patrimoine : il rassemble et célèbre, mais il est aussi visé, disputé, convoité. Le patrimoine désigne l'ensemble des biens matériels et immatériels hérités du passé qu'une société choisit de conserver et de transmettre ; il devient un enjeu parce que le posséder, le définir ou le détruire confère légitimité, ressources et influence. Les acteurs qui s'en saisissent sont nombreux et agissent à toutes les échelles : États, organisations internationales comme l'UNESCO, musées, collectivités, habitants, entreprises touristiques, mais aussi groupes armés et trafiquants. Leurs tensions vont de la controverse diplomatique au conflit armé. Depuis le début du XIXe siècle, où naît la querelle des marbres du Parthénon, jusqu'à aujourd'hui, pourquoi le patrimoine, censé réunir autour d'un héritage commun, oppose-t-il des acteurs aux intérêts divergents, et comment ces tensions sont-elles régulées ? Nous verrons d'abord que le patrimoine est disputé parce qu'il fonde des identités et des pouvoirs, puis qu'il devient une cible et un objet de rivalités dans les conflits, enfin que ses usages concurrents appellent une régulation encore imparfaite.
I. Un héritage revendiqué : qui possède et qui définit le patrimoine ?
- Les États se disputent la propriété des biens déplacés, au nom de l'identité nationale ou de l'universel.Marbres du Parthénon : enlèvement par Lord Elgin (1801-1805), achat par le Parlement britannique (1816), demande officielle grecque (1983), loi britannique de 1963 interdisant au British Museum d'aliéner ses collections.
- L'héritage des guerres et de la colonisation nourrit des demandes de restitution entre anciennes puissances et anciens dominés.Sac du palais d'Été (1860) dénoncé par Hugo ; discours de Ouagadougou (28 novembre 2017) ; loi du 24 décembre 2020 restituant 26 objets au Bénin et un sabre au Sénégal.
- Les pouvoirs s'approprient le patrimoine pour se légitimer, au risque d'imposer un récit officiel.Musée de l'Histoire de France à Versailles « À toutes les gloires de la France » (1837) ; concert de l'orchestre du Mariinsky dans le théâtre de Palmyre reprise par l'armée syrienne avec l'appui russe (5 mai 2016).
II. Un patrimoine pris pour cible : tensions armées et rivalités diplomatiques
- Détruire le patrimoine de l'autre, c'est chercher à effacer son identité.Bouddhas de Bamiyan (mars 2001) ; 14 mausolées de Tombouctou détruits à partir du 30 juin 2012 ; temple de Bel à Palmyre (2015).
- L'inscription d'un site peut raviver un conflit territorial.Temple de Preah Vihear inscrit par le Cambodge (juillet 2008), affrontements avec la Thaïlande jusqu'en 2011, arrêt de la Cour internationale de justice (2013).
- L'UNESCO devient une arène où s'affrontent les États.Admission de la Palestine (31 octobre 2011), inscription d'Hébron (2017), retrait des États-Unis et d'Israël effectif fin 2018, retour américain en 2023.
III. Des usages concurrents à réguler : concilier les acteurs
- Habitants, touristes et acteurs économiques n'attendent pas la même chose du même patrimoine.Venise : environ 175 000 habitants dans le centre en 1951, moins de 50 000 en 2022 ; grands navires interdits le 1er août 2021 après la menace de la liste en péril.
- Le développement urbain entre en conflit avec la conservation, et l'UNESCO sanctionne sans pouvoir contraindre.Désinscription de la vallée de l'Elbe à Dresde (2009) et de Liverpool (2021) ; à Paris, loi Malraux (1962) et plafond de hauteur de 1977 après la tour Montparnasse.
- Le droit et la coopération internationale encadrent, sans les éteindre, ces tensions.Condamnation d'Al Mahdi par la CPI (27 septembre 2016) ; résolution 2347 du Conseil de sécurité (24 mars 2017) ; ALIPH fondée en 2017 par la France et les Émirats arabes unis.
Conclusion rédigéeLe patrimoine est un enjeu de tensions parce qu'il n'est jamais un simple héritage : il dit qui l'on est et à qui appartient un bien. Les États se disputent sa propriété et son sens, du Parthénon aux restitutions africaines ; les groupes armés le détruisent pour effacer l'autre, de Bamiyan à Tombouctou ; habitants, touristes et promoteurs s'en disputent l'usage, de Venise à Liverpool. Depuis 1954 et surtout 1972, le droit international et la coopération ont construit des outils, liste en péril, juridiction pénale, fonds comme l'ALIPH, mais ils reposent sur la bonne volonté d'États souverains et ne s'imposent pas aux acteurs non étatiques. Le patrimoine proclamé « de l'humanité » reste ainsi un objet de rapports de force. Reste à savoir si l'élargissement de la notion au patrimoine immatériel et aux paysages habités, qui fait des communautés elles-mêmes des acteurs, permettra de mieux partager ces décisions.
Le piège — Réciter une liste d'exemples de destructions sans jamais nommer les acteurs en présence ni leurs intérêts : le sujet porte sur les tensions « entre différents acteurs », il faut donc toujours dire qui s'oppose à qui, et pourquoi.
Sujet 2 — Le tourisme : un atout pour le patrimoine ?
Analyse des termes — Le tourisme désigne les déplacements de loisir d'au moins une nuit hors du domicile, mais aussi, pour le patrimoine, les excursions à la journée ; un « atout » est un avantage, une ressource. Le point d'interrogation invite à discuter : le tourisme finance et fait connaître le patrimoine, mais il peut aussi l'user et le vider de ses habitants, surtout depuis l'essor du tourisme de masse dans la seconde moitié du XXe siècle.
Problématique — Dans quelle mesure le tourisme, qui finance et fait rayonner le patrimoine, peut-il aussi le menacer, et comment concilier fréquentation et conservation ?
Introduction rédigéeEn avril 1963, André Malraux, ministre des Affaires culturelles, fait fermer au public la grotte de Lascaux, ouverte en 1948 : l'afflux des visiteurs a fait proliférer algues et moisissures sur des peintures vieilles de près de vingt mille ans. Le succès touristique menaçait l'œuvre qu'il célébrait. Le tourisme, c'est-à-dire l'ensemble des déplacements de loisir, y compris les excursions à la journée, est devenu un phénomène de masse depuis les années 1950 : la France accueille environ 100 millions de touristes internationaux en 2023, et le patrimoine est l'une de leurs premières motivations. Le patrimoine, ensemble des biens matériels et immatériels hérités du passé que l'on veut transmettre, a besoin de ressources et de visibilité ; le tourisme les lui apporte, mais au prix d'une usure, d'une transformation des lieux et de conflits avec les habitants. Dans quelle mesure le tourisme, qui finance et fait rayonner le patrimoine, peut-il aussi le menacer, et comment concilier fréquentation et conservation ? Nous montrerons d'abord que le tourisme est une ressource qui fait vivre le patrimoine, puis qu'il peut détruire ce qu'il célèbre, enfin que les acteurs cherchent à le réguler pour en faire un atout durable.
I. Un atout : le tourisme donne au patrimoine des ressources et une fonction
- Il finance l'entretien et la restauration des monuments.Versailles, environ 8 millions de visiteurs par an avant 2020 : billetterie et mécénat financent les chantiers du domaine.
- Il permet de reconvertir des territoires en crise autour de leur héritage.Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais inscrit le 30 juin 2012 ; Louvre-Lens ouvert le 4 décembre 2012 sur un ancien carreau de mine.
- Il fait connaître et rayonner le patrimoine et le pays qui l'abrite.Environ 100 millions de touristes internationaux en France en 2023 ; label UNESCO recherché pour son effet d'attraction.
II. Une menace : la fréquentation peut détruire ce qu'elle célèbre
- La fréquentation use matériellement les sites.Grotte de Lascaux fermée au public en avril 1963 par André Malraux, les visiteurs ayant provoqué la prolifération d'algues sur les peintures ; remous des navires de croisière à Venise.
- Le tourisme chasse les habitants et fige les lieux : c'est la muséification.Centre historique de Venise passé sous 50 000 habitants en 2022, pour 20 à 30 millions de visiteurs estimés par an avant 2020.
- Il crée des conflits d'usage entre habitants et visiteurs.Manifestations contre les grands navires à Venise depuis les années 2010 ; manifestations contre le tourisme de masse à Barcelone (juillet 2024).
III. Une ressource à réguler : vers un tourisme compatible avec la conservation
- Limiter et étaler les flux.Louvre plafonné à 30 000 visiteurs par jour depuis 2022 ; contribution d'accès de 5 € à Venise, 29 jours en 2024, 54 jours en 2025.
- Remplacer l'original par la copie pour le préserver.Lascaux II (1983) puis Lascaux IV (2016) ; réplique de la grotte Chauvet ouverte en 2015.
- Faire intervenir l'UNESCO et associer les habitants à la gestion.Recommandations d'inscrire Venise sur la liste en péril (2021, 2023) ; interdiction des navires de plus de 25 000 tonnes le 1er août 2021.
Conclusion rédigéeLe tourisme est bien un atout pour le patrimoine : il le finance, le fait connaître et redonne vie à des territoires, comme le bassin minier depuis 2012. Mais il est un atout ambivalent, qui use les sites, chasse les habitants et fige les villes, comme le montre Venise, passée sous 50 000 habitants en 2022. L'enjeu n'est donc pas de choisir entre tourisme et conservation, mais de réguler : quotas, contributions d'accès, répliques, pression de l'UNESCO, association des habitants. Ces outils restent discutés, car ils posent la question de l'accès au patrimoine : faire payer ou limiter l'entrée, n'est-ce pas réserver aux uns ce qui est proclamé commun à tous ? Le débat rejoint celui, plus large, de la place des habitants dans la gestion d'un patrimoine qu'ils font vivre.
Le piège — Construire un plan « avantages / inconvénients » sans troisième temps : la bonne copie montre que l'ambivalence du tourisme a conduit les acteurs à inventer des régulations, et discute leur efficacité.