Ressources · Terminale ·
La France : une puissance maritime ?
Deuxième ZEE mondiale, outre-mer, ports (Le Havre, Marseille), marine nationale, ressources, limites (programme de géographie de Tle)
À propos de cette page
Les repères à connaître
15 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.
- 1681Ordonnance de la marine, préparée sous ColbertElle codifie le droit maritime du royaume : l'ambition maritime de l'État français est ancienne.
- 1753-1765Joseph Vernet peint la série des Ports de France pour Louis XVUne commande royale qui met en scène la puissance commerciale et navale du royaume, peu avant les défaites de la guerre de Sept Ans.
- 1966Inauguration de l'usine marémotrice de la RancePremière centrale au monde à produire de l'électricité avec les marées : la mer comme ressource énergétique.
- Janvier 1972Première patrouille du SNLE Le RedoutableDébut de la permanence de la dissuasion nucléaire en mer, pilier de la puissance navale française.
- 16 juillet 1976Loi créant la ZEE françaiseLa France s'approprie les ressources de 200 milles marins autour de ses côtes, avant même la convention de l'ONU.
- 16 mars 1978Naufrage de l'Amoco Cadiz à Portsall (Finistère)Une des plus graves marées noires de l'histoire : la vulnérabilité des littoraux bretons au trafic de la Manche.
- 10 décembre 1982Signature de la convention de Montego Bay (ratifiée par la France en 1996)Elle fonde en droit international la ZEE et le plateau continental dont la France tire son rang.
- 12 décembre 1999Naufrage de l'Erika au large de la BretagneMarée noire à l'origine de la reconnaissance du préjudice écologique (Cour de cassation, 2012).
- 2001Admission au service actif du porte-avions Charles-de-GaulleSeul porte-avions à propulsion nucléaire en service hors des États-Unis : capacité de projection de premier rang.
- 2006Mise en service de Port 2000 au HavreTerminal pour les plus grands porte-conteneurs : Le Havre s'adapte à la conteneurisation.
- 2008Loi créant les grands ports maritimes ; lancement de l'opération européenne AtalanteRéforme de la gouvernance portuaire et engagement naval contre la piraterie au large de la Somalie.
- 2015Décrets fixant l'extension du plateau continental (programme EXTRAPLAC)Plus de 500 000 km² de fonds marins supplémentaires au large de la Guyane, des Antilles, de la Nouvelle-Calédonie et des Kerguelen.
- 2021Création d'HAROPA Port (1er juin) ; rupture du contrat de sous-marins australien (septembre)L'axe Seine s'unifie face au range nord-européen ; AUKUS montre les limites de l'influence française dans le Pacifique.
- 2022Mise en service du parc éolien en mer de Saint-NazairePremier parc éolien en mer commercial français (480 MW) : la mer au service de la transition énergétique.
- Juin 2025Troisième Conférence des Nations unies sur l'océan, à NiceLa France se pose en puissance diplomatique des océans, coorganisatrice avec le Costa Rica.
Un espace maritime immense : la deuxième ZEE du monde
Avec environ 10,2 millions de km² de zone économique exclusive (ZEE), la France possède le deuxième espace maritime du monde, derrière les États-Unis. C'est plus de dix-huit fois la superficie de la métropole (551 500 km²). Le cadre juridique général (mer territoriale de 12 milles, ZEE de 200 milles) est étudié dans le chapitre « Mers et océans » ; on retient ici ce qu'il apporte à la France.
Un espace construit par le droit. La loi du 16 juillet 1976 crée la ZEE française, avant même la signature de la convention de Montego Bay (10 décembre 1982), que la France ratifie en 1996. En Méditerranée, mer étroite et partagée, la France n'institue une ZEE qu'en 2012.
Un espace ultramarin. Près de 97 % de cette ZEE se trouve outre-mer. La Polynésie française en fournit environ 4,8 millions de km², près de la moitié ; suivent les Terres australes (Kerguelen, Crozet, Saint-Paul et Amsterdam), la Nouvelle-Calédonie, les îles Éparses et Clipperton. La métropole ne pèse qu'environ 350 000 km². Grâce à ses îles, la France est présente dans l'Atlantique, l'océan Indien, le Pacifique et l'océan Austral ; plus de 90 % de sa ZEE se situe dans l'espace indo-pacifique.
Un espace qui s'étend encore. Au-delà des 200 milles, un État peut obtenir des droits sur le plateau continental (sol et sous-sol, pas la colonne d'eau) s'il prouve le prolongement naturel de son territoire. Lancé en 2002, le programme EXTRAPLAC a déposé des dossiers devant la Commission des limites du plateau continental de l'ONU ; des décrets de 2015 ont fixé plus de 500 000 km² de plateau étendu au large de la Guyane, des Antilles, de la Nouvelle-Calédonie et des Kerguelen.
Des façades et des ports insérés dans la mondialisation
La métropole s'ouvre sur trois façades. La façade Manche–mer du Nord borde le détroit du Pas-de-Calais, l'un des plus fréquentés du monde, et touche le range nord-européen : Dunkerque, Calais (premier port français de voyageurs, grâce au transmanche), Le Havre. La façade atlantique associe Nantes-Saint-Nazaire, La Rochelle et Bordeaux à une industrie navale de pointe (Chantiers de l'Atlantique). La façade méditerranéenne est dominée par Marseille-Fos et par Toulon, premier port militaire français.
Marseille-Fos est le premier port français en tonnage, de l'ordre de 70 à 80 millions de tonnes par an au début des années 2020, grâce aux hydrocarbures et à la zone industrialo-portuaire de Fos, aménagée à partir de la fin des années 1960. Le Havre est le premier port à conteneurs (de l'ordre de 3 millions d'EVP) : Port 2000, mis en service en 2006, accueille les plus grands porte-conteneurs. Depuis le 1er juin 2021, Le Havre, Rouen et Paris forment HAROPA Port, un établissement unique pour l'axe Seine, qui dessert le premier bassin de consommation du pays. Dunkerque, troisième port, reste un port industriel (sidérurgie, énergie, projets d'usines de batteries).
La loi du 4 juillet 2008 a transformé les principaux ports autonomes en grands ports maritimes ; le statut a été étendu en 2012 à la Guadeloupe, à la Martinique, à la Guyane et à La Réunion. Ces ports ultramarins sont vitaux pour des îles qui importent l'essentiel de ce qu'elles consomment.
La puissance portuaire passe aussi par des entreprises : CMA CGM, dont le siège est à Marseille, figure parmi les trois premiers armateurs mondiaux de porte-conteneurs. Marseille est en outre le point d'atterrissement d'une quinzaine de câbles sous-marins de télécommunications, ce qui en fait un nœud majeur de l'internet mondial.
Des ressources à valoriser… et à protéger
Les ressources vivantes. Boulogne-sur-Mer est le premier port de pêche français et un grand centre européen de transformation des produits de la mer ; les ports bretons (Lorient, Le Guilvinec, Concarneau) et des thoniers qui opèrent dans l'océan Indien complètent le tableau. Aux Kerguelen, la pêche de la légine, strictement encadrée, est une pêcherie de grande valeur. La France est aussi le premier producteur européen d'huîtres. Mais la pêche relève de la politique commune de la pêche de l'Union européenne (quotas fixés chaque année), et le Brexit a ouvert en 2020-2021 un conflit sur l'accès aux eaux britanniques et anglo-normandes.
L'énergie. L'usine marémotrice de la Rance, inaugurée en 1966 (240 MW), fut une première mondiale. Le premier parc éolien en mer commercial, au large de Saint-Nazaire (80 éoliennes, 480 MW), entre en service en 2022 ; d'autres suivent (Saint-Brieuc, Fécamp) et l'État vise une quarantaine de gigawatts d'éolien en mer vers 2050. À l'inverse, la loi du 30 décembre 2017 interdit tout nouveau permis de recherche d'hydrocarbures et prévoit l'arrêt de leur exploitation en 2040.
Les grands fonds. L'Ifremer détient deux contrats d'exploration auprès de l'Autorité internationale des fonds marins : nodules polymétalliques dans la zone de Clarion-Clipperton (Pacifique, 2001) et sulfures sur la dorsale médio-atlantique (2014). En 2021, le plan France 2030 inscrit l'exploration des grands fonds parmi ses objectifs ; en novembre 2022, à la COP27, le président de la République se prononce contre leur exploitation minière. Cette tension entre valoriser et préserver traverse tout le chapitre.
Le tourisme littoral est le premier employeur de l'économie maritime : hôtellerie, plaisance, croisière (Marseille est l'un des premiers ports de croisière de Méditerranée).
Une puissance navale, stratégique et diplomatique
La Marine nationale compte environ 40 000 personnes, militaires et civils. Ses missions se résument en trois verbes : dissuader, intervenir, protéger.
Dissuader. Depuis la première patrouille du Redoutable, en janvier 1972, au moins un sous-marin nucléaire lanceur d'engins (SNLE) est toujours en mer : c'est la permanence de la Force océanique stratégique, basée à l'Île Longue, en rade de Brest. Les quatre SNLE de la classe Le Triomphant (entrés en service entre 1997 et 2010) doivent être remplacés par une troisième génération dans les années 2030.
Intervenir. Admis au service actif en 2001, le Charles-de-Gaulle est le seul porte-avions à propulsion nucléaire en service hors des États-Unis ; en décembre 2020, l'État a lancé un porte-avions de nouvelle génération, attendu vers 2038. Les sous-marins d'attaque de la classe Suffren et les frégates permettent d'agir loin des côtes. La France participe à l'opération européenne Atalante contre la piraterie au large de la Somalie (depuis 2008) et, en 2024, à l'opération Aspides en mer Rouge. Elle dispose de points d'appui outre-mer (Fort-de-France, Papeete, Nouméa, La Réunion) et à l'étranger (Djibouti, Abou Dhabi).
Protéger. L'action de l'État en mer est coordonnée, en métropole, par trois préfets maritimes (Cherbourg, Brest, Toulon) : Marine, gendarmerie maritime, douanes et affaires maritimes assurent le sauvetage (avec les CROSS et les bénévoles de la SNSM), la police des pêches, la lutte contre les pollutions et les trafics.
Influencer. Depuis 2018, la France se présente comme une puissance de l'Indo-Pacifique. Elle a accueilli le One Ocean Summit à Brest (février 2022) et la troisième Conférence des Nations unies sur l'océan à Nice (juin 2025) : la diplomatie des océans est devenue un instrument de puissance.
Les acteurs d'une politique maritime
L'État stratège. Le Secrétariat général de la mer, créé en 1995 auprès du Premier ministre, prépare les comités interministériels de la mer. La Stratégie nationale pour la mer et le littoral (décret du 23 février 2017) est déclinée en documents stratégiques pour chaque façade. Un ministère de la Mer apparaît en juillet 2020, signe d'une volonté politique ; son périmètre a varié selon les gouvernements. La loi de programmation militaire 2024-2030 (413 milliards d'euros) prévoit notamment le renouvellement des patrouilleurs, dont les patrouilleurs outre-mer livrés depuis 2023.
Les opérateurs et la science. L'Ifremer (créé en 1984) explore les océans ; le SHOM cartographie les fonds et les limites maritimes ; l'Office français de la biodiversité (2020) gère les aires marines protégées ; l'administration des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF, 1955) gère ses districts et leur vaste réserve naturelle.
L'Union européenne et les collectivités. L'Union fixe les quotas de pêche et cofinance des infrastructures ; les régions gèrent depuis la loi du 13 août 2004 des ports décentralisés (Calais, Brest) ; en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie, l'exploitation des ressources de la ZEE relève largement des autorités locales.
Protéger la mer. Le parc naturel marin d'Iroise (2007) est le premier du genre ; le parc naturel de la mer de Corail, créé en 2014 en Nouvelle-Calédonie, couvre environ 1,3 million de km². La France annonce plus de 30 % de ses eaux en aire marine protégée, mais les zones de protection forte, où les activités sont réellement limitées, n'en représentent qu'une faible part, surtout dans les Terres australes. Des ONG et des scientifiques jugent cette protection insuffisante ; des pêcheurs redoutent au contraire des interdictions trop larges.
Les entreprises (CMA CGM, TotalEnergies, Naval Group, Chantiers de l'Atlantique, Brittany Ferries) font vivre une économie maritime de plusieurs centaines de milliers d'emplois.
Les limites d'une puissance maritime incomplète
Des ports distancés. Rotterdam traite plus de 400 millions de tonnes par an et plus de 13 millions d'EVP, Anvers-Bruges plus de 250 millions de tonnes : Marseille-Fos et Le Havre jouent dans une autre catégorie. Faute d'un hinterland bien desservi par le rail et le fleuve, une part importante des conteneurs destinés à la France transite par des ports belges ou néerlandais. Les réponses sont engagées (HAROPA, accès fluvial direct à Port 2000, canal Seine-Nord Europe en chantier) mais lentes, et les conflits sociaux, comme les grèves de 2023, nuisent à la fiabilité des ports.
Une industrie exposée. La flotte sous pavillon français reste modeste ; le Registre international français (2005) a tenté d'enrayer le dépavillonnement. En septembre 2021, l'Australie rompt le contrat de sous-marins conclu avec Naval Group au profit de l'alliance AUKUS : l'influence française dans le Pacifique a ses limites.
Un espace difficile à surveiller. Une flotte limitée doit couvrir plus de 10 millions de km². En Guyane, la pêche illégale de navires venus des pays voisins pèse lourdement sur la ressource ; aux Kerguelen, la légine a longtemps attiré des pêcheurs illicites.
Des souverainetés contestées. Maurice revendique Tromelin, Madagascar les îles Éparses, le Vanuatu les îlots Matthew et Hunter, les Comores Mayotte. Clipperton, attribuée à la France par un arbitrage de 1931, soulève une autre question : un rocher impropre à l'habitation n'ouvre pas droit à une ZEE (article 121 de Montego Bay). En Nouvelle-Calédonie, trois référendums (2018, 2020, 2021) puis les violences de mai 2024 montrent que l'avenir institutionnel reste débattu.
Des littoraux vulnérables. Les marées noires de l'Amoco Cadiz (1978) et de l'Erika (1999) ont frappé la Bretagne ; l'immeuble Le Signal, à Soulac-sur-Mer, évacué en 2014 face à l'érosion, a été démoli en 2023 ; la montée des eaux menace les atolls polynésiens.
Pièges et méthode
1. Confondre ZEE et territoire. Dans sa ZEE, la France a des droits souverains sur les ressources, pas la souveraineté : les navires étrangers y circulent librement. Écrire que la ZEE « appartient » à la France est un contresens.
2. Confondre potentiel et puissance. Deuxième ZEE ne veut pas dire deuxième puissance maritime. La Chine, dont la ZEE est bien plus petite, possède les premiers ports et la première flotte du monde.
3. Oublier l'outre-mer, ou le réduire à des chiffres. Les outre-mer sont habités (environ 2,8 millions d'habitants), ont des statuts variés et des intérêts propres ; certains territoires sont inhabités (Clipperton, îles Éparses, Terres australes).
4. Le plan « atouts / faiblesses ». Il répond mal au point d'interrogation. Préfère un raisonnement : un potentiel, une valorisation réelle mais sélective, des limites qui nuancent.
5. Les chiffres trop précis. Un ordre de grandeur juste (« environ 10 millions de km² », « de l'ordre de 3 millions d'EVP ») vaut mieux qu'un chiffre inventé.
Répondre au point d'interrogation. Le sujet appelle une réponse nuancée : la France est une puissance maritime par l'espace, la force navale et l'influence, beaucoup moins par l'économie portuaire et la maîtrise effective de ses eaux. La conclusion doit le dire clairement.
Mobiliser les échelles. Échelle mondiale (présence dans tous les océans, diplomatie, dissuasion), européenne (range nord-européen, politique commune de la pêche), nationale (façades, axe Seine), locale (un port, un parc marin, une île). Un bon devoir passe d'une échelle à l'autre au moins une fois par partie.
Frontière avec le chapitre voisin. Maritimisation, ZEE et routes maritimes sont définies dans « Mers et océans » : ici, on les applique au cas français.
- La France possède la deuxième ZEE du monde (environ 10,2 millions de km²), créée par la loi du 16 juillet 1976 et consacrée par Montego Bay (1982, ratifiée en 1996) ; près de 97 % se trouve outre-mer, près de la moitié en Polynésie.
- Le programme EXTRAPLAC (2002) a permis d'étendre le plateau continental de plus de 500 000 km² (décrets de 2015).
- Trois façades métropolitaines ; Marseille-Fos, premier port en tonnage ; Le Havre, premier port à conteneurs, au cœur d'HAROPA (2021) ; CMA CGM, l'un des trois premiers armateurs mondiaux.
- Ressources : pêche (Boulogne-sur-Mer), huîtres, légine ; énergies marines (Rance 1966, Saint-Nazaire 2022) ; fin des hydrocarbures prévue en 2040 ; débat sur les grands fonds.
- Puissance navale : dissuasion océanique permanente depuis 1972, porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle (2001), opérations Atalante (2008) et Aspides (2024) ; diplomatie des océans (Nice, 2025).
- Limites : ports distancés par Rotterdam et Anvers, hinterland mal desservi, flotte sous pavillon modeste, surveillance difficile, souverainetés contestées (Tromelin, Éparses, Clipperton), littoraux vulnérables.
- Réponse au sujet : une puissance maritime réelle mais incomplète, forte par l'espace, la marine et l'influence, plus faible par l'économie portuaire.
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.
Prof d'histoire-géo à Marseille · Cours particuliers au lycée · Aide aux devoirs