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La France et ses régions dans l'Union européenne et dans la mondialisation : lignes de force et recompositions
Régions françaises, métropoles, axes, façades, espaces en marge, réforme régionale de 2015, schéma de synthèse (programme de géographie de Tle)
À propos de cette page
Les repères à connaître
16 repères. Chacun porte ce qu'il permet de dater ou d'expliquer : c'est ce qui fait la différence entre réciter et argumenter.
- 1842Loi du 11 juin sur les grandes lignes de chemins de ferElle fixe l'« étoile de Legrand » centrée sur Paris, matrice du réseau ferré et des lignes à grande vitesse actuelles.
- 1947Jean-François Gravier publie Paris et le désert françaisLe livre dénonce la macrocéphalie parisienne et inspire la politique d'aménagement du territoire.
- 1963Création de la DATAR (14 février)L'État se dote d'un outil pour mieux répartir hommes et activités sur le territoire.
- 1964Désignation de huit métropoles d'équilibrePremier effort pour renforcer les grandes villes de province face à Paris.
- 1975Création du FEDERLa Communauté européenne finance le développement des régions en retard.
- 1981Mise en service du TGV Paris-Lyon (27 septembre)Début d'un réseau à grande vitesse radial qui rapproche les métropoles de Paris.
- 1982Loi Defferre (2 mars)Les régions deviennent des collectivités territoriales ; leurs conseils sont élus pour la première fois le 16 mars 1986.
- 1989Schéma de la « dorsale européenne » (Roger Brunet, pour la DATAR)Il montre la position excentrée de la France par rapport au cœur de l'Europe.
- 1994Inauguration du tunnel sous la Manche (6 mai)Avec la LGV Nord (1993), il fait de Lille un carrefour entre Paris, Londres et Bruxelles.
- 2003Révision constitutionnelle (28 mars)L'article 1er précise que l'organisation de la République « est décentralisée ».
- 2010Loi relative au Grand Paris (3 juin)Elle lance le Grand Paris Express pour renforcer la région capitale dans la compétition mondiale.
- 2014Loi MAPTAM (27 janvier)Elle affirme les métropoles et confie aux régions la gestion de l'essentiel du FEDER.
- 2015Loi du 16 janvier sur la carte des régions ; loi NOTRe (7 août)13 régions métropolitaines au 1er janvier 2016 ; compétences économiques et d'aménagement renforcées.
- 2018Programme Action cœur de ville ; début des « gilets jaunes » (17 novembre)Les villes moyennes et les fractures territoriales deviennent une priorité politique.
- 2020Création de l'Agence nationale de la cohésion des territoires (1er janvier)Héritière de la DATAR, elle accompagne les projets des collectivités.
- 2021HAROPA Port (1er juin) ; loi Climat et résilience (22 août)L'axe Seine unifie ses ports ; l'objectif de zéro artificialisation nette en 2050 impose de limiter l'étalement urbain.
Un thème de synthèse : lignes de force et recompositions
Ce thème conclusif du programme de géographie de Terminale (BO spécial n° 8 du 25 juillet 2019) n'ajoute pas une question de plus : il demande de rassembler les acquis de l'année sur la France — puissance maritime, rayonnement, territoires transfrontaliers — pour dégager une vue d'ensemble du territoire, à trois échelles emboîtées : régionale, européenne, mondiale.
Le territoire en jeu : 543 940 km² en métropole, environ 68 millions d'habitants au 1er janvier 2024 selon l'INSEE, dont un peu plus de 2 millions dans les cinq départements et régions d'outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte). La densité moyenne de la métropole, autour de 120 hab./km², cache des écarts considérables : plus de 1 000 hab./km² en Île-de-France, une quarantaine en Corse, moins de 30 dans une large bande de faibles densités qui s'étire des Ardennes aux Pyrénées.
Trois questions guident le thème. Où se concentrent la population, la richesse et les fonctions de commandement ? Quels territoires sont branchés sur les flux européens et mondiaux, et lesquels restent en marge ? Comment l'État, les régions et l'Union européenne accompagnent-ils ou corrigent-ils ces écarts ?
Paris et les métropoles : un territoire hiérarchisé
La première ligne de force est la macrocéphalie parisienne. L'aire d'attraction de Paris rassemble environ 13 millions d'habitants (INSEE, zonage de 2020), près d'un Français sur cinq. L'Île-de-France compte 12,3 millions d'habitants en 2021 sur à peine 2 % du territoire et produit environ 30 % du PIB national. Elle concentre les sièges sociaux, le quartier d'affaires de La Défense, les administrations centrales, une grande part de la recherche et Roissy-Charles-de-Gaulle, premier aéroport du pays (76 millions de passagers en 2019). Avec Londres, Paris est l'une des rares villes mondiales d'Europe.
Ce déséquilibre est un héritage : centralisation politique ancienne, réseau ferré en étoile fixé par la loi de 1842. En 1947, Jean-François Gravier le dénonce dans Paris et le désert français. L'État crée la DATAR en 1963, désigne en 1964 huit métropoles d'équilibre (dont Lyon-Saint-Étienne-Grenoble, Marseille-Aix, Lille-Roubaix-Tourcoing, Toulouse, Bordeaux, Nantes-Saint-Nazaire) et encadre la croissance parisienne par cinq villes nouvelles, prévues par le schéma directeur de 1965.
Depuis les années 1990, la métropolisation renforce les grandes villes, qui captent emplois qualifiés, universités et entreprises innovantes. La loi MAPTAM du 27 janvier 2014 crée le statut de métropole ; on en compte 22 depuis 2018, dont la Métropole de Lyon, collectivité à statut particulier depuis 2015. Les métropoles de l'Ouest et du Sud (Toulouse, Bordeaux, Nantes, Rennes, Montpellier) gagnent des habitants à un rythme plus rapide que Paris.
La hiérarchie reste pourtant très verticale : l'aire de Lyon, deuxième du pays, compte environ 2,3 millions d'habitants, près de six fois moins que celle de Paris. Le Grand Paris Express (loi du 3 juin 2010), environ 200 km de métro automatique, vise à renforcer encore la région capitale.
Axes, façades et interfaces : un territoire ouvert
Le territoire est structuré par des axes hérités puis modernisés. Le réseau ferré en étoile de 1842 a été doublé à partir de 1981 par les lignes à grande vitesse : Paris-Lyon (1981), Atlantique (1989-1990), Nord (1993), Méditerranée (2001), Est européenne (2007-2016), Sud-Europe-Atlantique et Bretagne-Pays de la Loire (2017). Paris est désormais à environ 1 h de Lille, 2 h de Lyon ou de Bordeaux, 3 h de Marseille. Le couloir Rhin-Rhône-Méditerranée, avec l'autoroute A7, reste l'axe majeur entre l'Europe du Nord et la Méditerranée.
Ces axes s'inscrivent dans le réseau transeuropéen de transport (RTE-T) : plusieurs corridors européens traversent la France, dont les corridors Atlantique et Méditerranée. Deux grands chantiers les prolongent : le tunnel ferroviaire Lyon-Turin et le canal Seine-Nord Europe, qui doit relier le bassin de la Seine au réseau fluvial du Benelux.
Les façades sont des interfaces avec le monde. La façade Manche-mer du Nord porte l'axe Seine, dont les ports du Havre, de Rouen et de Paris sont réunis depuis le 1er juin 2021 dans HAROPA Port, ainsi que Dunkerque ; elle reste en retrait face aux géants de la Northern Range, Rotterdam et Anvers. La façade méditerranéenne s'organise autour de Marseille-Fos et de l'axe rhodanien, la façade atlantique autour de Nantes-Saint-Nazaire et de Bordeaux. Le détail de la puissance maritime relève du thème sur les mers et les océans.
D'autres portes d'entrée branchent le pays sur la mondialisation : Roissy-Charles-de-Gaulle, le tunnel sous la Manche (1994), les régions frontalières au contact de la dorsale européenne (Lille, Strasbourg, le Genevois français).
Les régions : un échelon d'action renforcé, de 1982 à la réforme de 2015
Les régions naissent comme établissements publics en 1972. La loi Defferre du 2 mars 1982 en fait des collectivités territoriales, dont les conseils sont élus au suffrage universel pour la première fois le 16 mars 1986. La révision constitutionnelle du 28 mars 2003 inscrit à l'article 1er que l'organisation de la République « est décentralisée ».
La réforme territoriale de 2015 redessine la carte. La loi du 16 janvier 2015 fait passer la métropole de 22 à 13 régions au 1er janvier 2016 (18 avec l'outre-mer). Les fusions créent des ensembles vastes : la Nouvelle-Aquitaine (84 000 km²) est plus étendue que l'Autriche. L'argument avancé est celui de la taille européenne : des régions plus peuplées, capables de peser face aux Länder allemands ou aux communautés autonomes espagnoles. Les critiques portent sur l'éloignement des centres de décision, les identités régionales et des économies difficiles à mesurer.
La loi NOTRe du 7 août 2015 précise les compétences. Elle supprime la clause de compétence générale des régions et des départements et confie aux régions le développement économique (schéma régional de développement économique, d'innovation et d'internationalisation), les transports (TER, cars interurbains), les lycées, la formation professionnelle et l'aménagement, avec le SRADDET (schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires). Depuis la loi MAPTAM de 2014, elles sont autorités de gestion de l'essentiel du FEDER, principal fonds structurel européen.
La carte reste pourtant composite : Métropole de Lyon (2015), collectivités uniques de Guyane et de Martinique (2015), Collectivité de Corse (2018), Collectivité européenne d'Alsace (2021), département de Mayotte (2011). Et les régions françaises disposent de budgets très inférieurs à ceux des Länder allemands, qui financent notamment l'école et la police.
Des dynamiques régionales contrastées
Entre 2015 et 2021, selon l'INSEE, les régions de l'Ouest et du Sud gagnent des habitants par migrations : Occitanie, Nouvelle-Aquitaine, Bretagne, Pays de la Loire, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Corse. Ce mouvement associe héliotropisme, littoralisation, installation de retraités et dynamisme des métropoles : à Toulouse, Airbus et le pôle de compétitivité Aerospace Valley (2005) portent une filière mondiale ; Nantes et Rennes s'appuient sur le numérique et les services.
Auvergne-Rhône-Alpes, deuxième région économique du pays, combine la métropole lyonnaise, l'industrie de pointe grenobloise et l'ouverture sur la Suisse et l'Italie. L'Île-de-France est un cas à part : la plus riche, elle perd pourtant des habitants par migrations, car des familles et des retraités la quittent pour se loger.
Au Nord et à l'Est, les vieilles régions industrielles (Hauts-de-France, Grand Est) ont un solde migratoire négatif. La désindustrialisation y a été brutale : fermeture de l'aciérie de Gandrange en 2009, arrêt des hauts-fourneaux de Florange en 2012. La reconversion est engagée : ouverture du Louvre-Lens et inscription du Bassin minier au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2012, « vallée de la batterie » entre Douvrin, Douai et Dunkerque, où la gigafactory de la société ACC est inaugurée en 2023.
Les outre-mer sont des régions ultrapériphériques de l'UE, éloignées et insulaires, sauf la Guyane. Elles cumulent chômage élevé et dépendance à la métropole — à Mayotte, environ les trois quarts des habitants vivent sous le seuil de pauvreté national (INSEE, 2018) —, mais offrent aussi des atouts mondiaux, comme le Centre spatial guyanais de Kourou.
Espaces en marge, débats et politiques de cohésion
Les espaces en marge sont ceux que les flux contournent : campagnes isolées, moyennes montagnes, villes moyennes touchées par la vacance commerciale et le départ de services publics, quartiers prioritaires des grandes villes, une partie des outre-mer. Marge ne veut pas dire pauvreté partout : les grandes stations des Alpes du Nord sont peu denses mais prospères.
L'État est passé de l'aménagement centralisé (DATAR, 1963) à une cohésion négociée avec les collectivités : Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) en 2020, programmes Action cœur de ville (2018, 222 villes moyennes) et Petites villes de demain (2020, environ 1 600 communes). La loi Climat et résilience du 22 août 2021 fixe l'objectif de « zéro artificialisation nette » en 2050, qui oblige à repenser l'étalement périurbain.
L'Union européenne poursuit une cohésion « économique, sociale et territoriale » (article 174 du traité sur le fonctionnement de l'UE). Le FEDER (1975) finance infrastructures et innovation, les programmes Interreg (depuis 1990) la coopération transfrontalière ; la politique agricole commune soutient les espaces ruraux, et la France en est le premier bénéficiaire, avec de l'ordre de 9 milliards d'euros par an. Les régions ultrapériphériques relèvent de mesures spécifiques (article 349).
L'interprétation des fractures fait débat. Christophe Guilluy (La France périphérique, 2014) oppose des métropoles intégrées à la mondialisation à une « France périphérique » où vivrait la majorité des classes populaires. Laurent Davezies (La République et ses territoires, 2008) montre que salaires publics, retraites et dépenses touristiques font circuler les revenus vers des territoires peu productifs. Olivier Bouba-Olga et Michel Grossetti (2018) contestent l'idée que la croissance viendrait d'abord des métropoles. Le mouvement des « gilets jaunes », né le 17 novembre 2018, a relancé ces discussions sans les trancher.
Construire le schéma de synthèse de la France
Le thème se conclut souvent par un schéma ou un croquis de synthèse de la France. L'enjeu n'est pas de tout représenter, mais de hiérarchiser : une légende en trois parties, chacune démontrant une idée.
| Partie de la légende | Éléments à représenter | Figurés |
|---|---|---|
| 1. Un territoire polarisé et structuré par des axes | Paris, ville mondiale ; métropoles régionales (Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Bordeaux, Nantes…) ; LGV, couloir Rhône-Saône, axe Seine | Cercles proportionnels hiérarchisés ; traits d'épaisseur variable |
| 2. Des dynamiques régionales contrastées | Régions attractives de l'Ouest et du Sud ; régions en reconversion du Nord et de l'Est ; espaces de faible densité | Aplats de couleur (chaude pour le dynamisme, froide pour la reconversion) ; hachures |
| 3. Un territoire ouvert sur l'UE et le monde | Dorsale européenne ; grands ports et façades ; Roissy ; interfaces frontalières ; outre-mer | Flèches, figurés ponctuels, aplat en bordure, cartouches |
Quatre règles. Le titre reprend le sujet. Les figurés respectent la sémiologie : ponctuel pour une ville, linéaire pour un axe, zonal pour un espace. La nomenclature se limite à l'essentiel : une dizaine de villes, les mers, les pays voisins. Les outre-mer figurent en cartouches, même petits : les oublier est une faute.
Pièges
• Réciter les trois chapitres sur la France (mers, rayonnement, frontières) au lieu de construire une synthèse : le sujet demande une organisation d'ensemble du territoire.
• Confondre les chiffres : 13 régions en métropole, 18 avec l'outre-mer ; 22 métropoles au sens administratif ; 101 départements, toujours en place après 2015.
• Confondre la métropole-statut (loi MAPTAM, 2014) et la métropole au sens géographique, ville qui concentre les fonctions de commandement : Brest est une métropole administrative sans être une métropole de rang européen.
• Présenter le « désert français » comme actuel : l'expression date de 1947, et les grandes métropoles régionales croissent aujourd'hui plus vite que Paris.
• Écrire « diagonale du vide » sans guillemets ni nuance : ces espaces peu denses comptent des villes (Limoges, Clermont-Ferrand), des activités, et certaines campagnes y regagnent des habitants.
• Opposer caricaturalement des métropoles gagnantes à des périphéries perdantes : les revenus circulent, et les métropoles ont aussi leurs quartiers pauvres.
• Oublier l'Union européenne : fonds structurels, PAC, corridors, statut de RUP font partie des recompositions.
• Oublier les outre-mer, dans la copie comme sur le schéma.
- Lignes de force : Paris, ville mondiale (aire de 13 millions d'habitants, environ 30 % du PIB) ; 22 métropoles ; axes (LGV depuis 1981, couloir Rhône-Saône, axe Seine) ; façades et portes d'entrée (HAROPA, Marseille-Fos, Roissy, tunnel sous la Manche).
- Recompositions : métropolisation, attractivité de l'Ouest et du Sud, reconversion du Nord et de l'Est, espaces de faible densité, outre-mer régions ultrapériphériques.
- Régions : collectivités depuis 1982, 13 en métropole depuis le 1er janvier 2016 (loi du 16 janvier 2015), compétences précisées par la loi NOTRe (7 août 2015), gestion du FEDER depuis 2014.
- Politiques : DATAR (1963) puis ANCT (2020), Action cœur de ville (2018), Petites villes de demain (2020), zéro artificialisation nette (2021) ; UE : cohésion (article 174 du TFUE), FEDER, Interreg, PAC.
- Débats : « France périphérique » (Guilluy, 2014), circulation des revenus (Davezies, 2008), critique du tout-métropole (Bouba-Olga et Grossetti, 2018).
- Schéma : trois parties — territoire polarisé, dynamiques régionales, ouverture européenne et mondiale.
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