La susceptibilité est un défaut de caractère, une disposition à se sentir offensé sans motif, et c’est précisément le diagnostic que l’un des personnages porte sur l’autre. Le sujet consiste donc à examiner une thèse formulée dans la pièce, et à se demander si l'œuvre la valide.
Faut-il lire la pièce comme l’étude d’un tempérament ombrageux, ou comme la réfutation de ce diagnostic commode ?
Le plan en trois parties
Une lecture que la pièce propose elle-même
- Le visiteur formule ce diagnostic et s’y tient : l’autre se vexe pour rien.le mouvement 7, où la plainte de H.2 devient la preuve d’une anomalie
- Les voisins y souscrivent sans hésiter.les voisins et leur entente conjugale exposée, mouvement 6
- H.1 reprend l’énoncé mot à mot pour montrer qu’il n’y avait rien à entendre : le défaut serait donc dans l’oreille de H.2.la défense de H.1 au mouvement 2, fondée sur la lettre de l’énoncé
Une lecture que la pièce désarme
- L’offense est décrite avec une précision qui interdit de la tenir pour imaginaire.le mouvement 2, où H.2 décrit l’inflexion et le silence qui la suivait
- Le prétendu susceptible met au jour une hiérarchie réelle entre les deux hommes.le mouvement 5, où la sollicitude de l’un est relue comme une supériorité
- L’accusateur se révèle à son tour d’une extrême susceptibilité dès qu’il est mis en cause.la contre-attaque de H.2, mouvement 7 : la bienveillance requalifiée en besoin de domination
La pièce porte sur ce qui rend la susceptibilité possible
- Sarraute explore la zone où le moindre contact produit un retrait ou une attaque.l’effort pour dire l’infime, mouvement 7
- Cette zone est commune : nul n’y échappe, ce qui ruine l’idée d’un défaut particulier.le mouvement 9, où l’échange se réduit au oui et au non
- Le diagnostic de susceptibilité apparaît alors comme une arme sociale, non comme une vérité.le soupçon d’un classement entre les deux vies, mouvement 5, jamais formulé
Traiter quelqu’un de susceptible, n’est-ce pas la façon la plus économique de ne pas l’écouter ?