Le titre emprunte une expression courante qui sert d’ordinaire à congédier une querelle en la déclarant sans motif. Il faut mesurer ce que cette formule annonce, ce qu’elle dissimule et ce que la pièce en fait.
L’expression qui donne son titre à la pièce en livre-t-elle le sens, ou en constitue-t-elle le premier piège ?
Le plan en trois parties
Un titre qui annonce exactement le sujet
- La pièce raconte bien une brouille née de presque rien.l’aveu du mouvement 2, où l’énoncé lui-même est donné pour anodin
- Le dénouement rejoue littéralement l’opposition de deux mots minuscules.les toutes dernières répliques, mouvement 9 : le texte s’arrête net, sans retour au calme
- La locution elle-même affleure dans la pièce, employée par celui qui conteste le grief pour le réduire à rien.le mouvement 3, où la formule proverbiale sert à qualifier la brouille
Un titre qui reprend le point de vue de l’un des deux camps
- Dire d’une querelle qu’elle est née pour un oui ou pour un non, c’est déjà la disqualifier.le diagnostic porté par H.1, mouvement 7 : le grief requalifié en symptôme
- C’est le langage des voisins et du sens commun, non celui de l’offensé.le mouvement 6, où les témoins jugent le litige sans objet
- C’est aussi la langue de celui qui exige des preuves et traite l’affaire comme un litige ordinaire, susceptible d’être instruit.le mouvement 3, où le lexique de l’établissement des faits entre dans la conversation privée
Un titre ironique, qui invite à renverser l’évidence
- La pièce démontre qu’un rien peut être tout, et que le dérisoire est le lieu du décisif.le mouvement 4, où les deux amis reprennent leur passé avec les rôles distribués
- Le oui et le non désignent aussi la matière élémentaire du dialogue et du désaccord.la réduction à l’alternative, mouvement 9 : l’affrontement des deux monosyllabes
- Le titre engage donc le spectateur à refuser la clé qu’il semble offrir.l’exigence de preuve formulée au mouvement 3
Un titre qui adopte le langage du sens commun ne prépare-t-il pas le mieux sa réfutation ?