Le langage y est montré comme l’instrument de la blessure, du soupçon et de l’exclusion, ce qui semble constituer un réquisitoire. Mais il est aussi le seul moyen dont disposent les personnages pour approcher ce qui les sépare, et cette ambivalence est le cœur du sujet.
Le langage est-il, dans la pièce, la cause du mal ou le seul instrument de sa connaissance ?
Le plan en trois parties
Un réquisitoire contre les mots
- Une parole aimable suffit à rompre une amitié de toute une vie.l’aveu de la cause, mouvement 2 : H.2 rapporte un compliment d’usage de trois mots
- Les mots frappent et laissent des traces que rien ne répare.le mouvement 7, où les mots échangés sont décrits comme des coups
- Le langage sert enfin à exclure, en nommant l’autre comme anormal.l’accusation de susceptibilité portée au mouvement 7
Mais le langage est aussi ce qui permet d’approcher l’invisible
- Les deux hommes ne disposent que de mots pour explorer ce qui n’en a pas.le passage du mouvement 4 où la relation ancienne est rejouée devant le spectateur
- La tentative de dire une expérience intime est un effort admirable, même s’il échoue.l’évocation d’une vie simple et d’un moment partagé, mouvement 5
- L’écriture de Sarraute invente une langue capable d’épouser ces mouvements.les rares indications scéniques, réduites à quelques mots sur le ton ou l’attitude
La pièce ne juge pas le langage : elle en montre la double nature
- Blesser et connaître sont ici le même geste, accompli par le même moyen.les images de la blessure employées au mouvement 7
- Aucun personnage ne peut sortir du langage pour le juger de l’extérieur.le mouvement 6, où la déposition renvoie les deux hommes à eux-mêmes
- La fin, qui rejoue l’opposition de deux mots, rend au langage sa puissance et son danger.le partage final entre le oui et le non, mouvement 9
Peut-on reprocher au langage ce qui, en lui, rend possible aussi bien la blessure que la compréhension ?