Nathalie Sarraute, 1982 — parcours « théâtre et dispute »
À propos de cette page
Ce lexique sur « Pour un oui ou pour un non, Sarraute » en première donne les définitions précises dont on a besoin au bac : chaque terme avec ses synonymes, ses antonymes et les distinctions à ne pas manquer. Au programme : Nathalie Sarraute : une vie, un soupçon, Du roman au théâtre : pourquoi Sarraute écrit des pièces, Genèse, publication, création, postérité, Une pièce sans actes : structure et mouvements. Le sens de chaque mot est repris selon l'époque et selon le point de vue, parce qu'une définition bien posée ouvre une partie de devoir. Les repères d'analyse sont expliqués avec l'usage qu'on en fait dans une copie. Lexique gratuit rédigé par un professeur particulier à Marseille pour les élèves de première.
Tropisme
Mouvement intérieur minuscule, rapide et antérieur au langage, provoqué par la présence ou la parole d’autrui : une contraction de peur, un élan de domination, un frémissement d’humiliation. C’est l’objet que Sarraute poursuit dans toute son œuvre.
Synonymes
Mouvement intérieur — Formule de Sarraute elle-même, plus neutre et toujours utilisable dans une copie.
Frémissement — Insiste sur la brièveté et l’intensité, moins sur la cause extérieure.
Antonymes
Sentiment — Le sentiment est stable, nommable, attribuable à un caractère ; le tropisme est fugace et anonyme.
Caractère — Le caractère explique une conduite par une nature durable — exactement ce que Sarraute refuse.
À ne pas confondre
Émotion — L’émotion a un nom et une durée ; le tropisme se produit au-dessous du seuil où l’on pourrait le nommer.
Inconscient freudien — Le tropisme n’est ni refoulé ni structuré comme un langage : il est seulement trop rapide et trop ténu pour être dit.
Selon l'époque et le point de vue — Le mot est emprunté à la biologie, où il désigne la réaction automatique d’un organisme à un stimulus, comme la plante qui se tourne vers la lumière. Sarraute le transporte dans la psychologie en 1939 avec le recueil Tropismes ; le choix d’un terme scientifique dit son ambition : décrire, pas interpréter.
Ce que le mot permet d'écrire — À employer pour nommer ce qui, dans la pièce, se passe avant et au-dessous de l’argumentation : le mouvement de recul de H2, la satisfaction rapide de celui qui domine. Faute à éviter : appeler tropisme n’importe quelle émotion des personnages — le mot ne vaut que pour ce qui échappe au vocabulaire des sentiments.
Sous-conversation
Nappe continue de tropismes qui court sous l’échange verbal ordinaire, et que les mots prononcés recouvrent sans l’abolir. La conversation dit une chose, la sous-conversation en fait passer une autre.
Synonymes
Sous-texte — Terme de théâtre venu de Stanislavski : ce que l’acteur joue sous la réplique ; plus technique, moins lié au tropisme.
Dialogue intérieur — Suppose un langage formé, alors que la sous-conversation reste en deçà des mots.
Antonymes
Conversation — La surface convenue de l’échange, faite de formules disponibles.
À ne pas confondre
Monologue intérieur — Le monologue intérieur est verbal, suivi, attribuable à un je ; la sous-conversation est préverbale et souvent partagée entre les interlocuteurs.
Non-dit — Le non-dit est un contenu qu’on aurait pu formuler et qu’on tait ; la sous-conversation n’était jamais formulable.
Selon l'époque et le point de vue — Sarraute forge la notion dans L’Ère du soupçon (1956) pour décrire ce que le romancier doit atteindre une fois le personnage congédié. Au théâtre, elle perd le narrateur qui la portait : la sous-conversation doit désormais affleurer dans la réplique même, ce qui explique la ponctuation si particulière de ses pièces.
Ce que le mot permet d'écrire — À mobiliser dès qu’un sujet parle de ce qui se tisse entre les mots. Formulation efficace : la pièce ne montre pas la sous-conversation, elle montre le moment où elle fait irruption dans la conversation et la rend impossible.
Dispute
Affrontement verbal. Le mot recouvre deux réalités : la querelle, emportement où l’on cherche à blesser, et la disputatio, examen réglé d’une question par l’affrontement organisé des arguments.
Synonymes
Querelle — Souligne l’aspect passionnel et la rupture ; c’est le sens courant.
Controverse — Suppose un objet intellectuel et des positions défendables de part et d’autre.
Altercation — Brève, souvent publique, sans suite argumentative.
Antonymes
Entente — État dont la pièce montre qu’il reposait peut-être déjà sur un malentendu.
Conciliation — Procédure de sortie de conflit que la pièce esquisse et fait échouer.
À ne pas confondre
Débat — Le débat porte sur une question, la dispute sur une personne et un tort ; on gagne un débat, on ne gagne pas une dispute.
Duel — Le duel est codifié et se conclut ; la dispute de Sarraute n’a ni règles ni fin.
Selon l'époque et le point de vue — Issue du latin disputare, examiner en discutant, la disputatio est l’exercice central de l’enseignement médiéval. La langue classique conserve les deux valeurs — Marivaux intitule La Dispute (1744) une expérience qui vire à la querelle — avant que le sens intellectuel ne s’efface au profit du sens domestique.
Ce que le mot permet d'écrire — Le double sens est le levier du parcours : montrez comment la pièce emprunte à la disputatio sa forme (thèse, preuve, témoins, réquisitoire) alors que son contenu relève de la querelle. Faute à éviter : traiter dispute comme un simple synonyme de conflit, ce qui fait perdre tout l’intérêt du sujet.
Agôn
Dans le théâtre grec, moment de la pièce où deux adversaires s’affrontent en discours réglés, chacun développant sa position ; par extension, toute scène de confrontation verbale qui constitue le noyau dramatique d’une œuvre.
Synonymes
Joute oratoire — Insiste sur la performance verbale et le plaisir du spectateur.
Confrontation — Terme neutre, utilisable quand on ne veut pas marquer la référence antique.
Antonymes
Duo d’accord — Scène de connivence où les répliques se complètent au lieu de s’opposer.
À ne pas confondre
Dialogue — Tout agôn est un dialogue, tout dialogue n’est pas un agôn : il y faut deux positions inconciliables.
Stichomythie — La stichomythie est une forme, l’agôn une fonction dramatique ; l’un peut employer l’autre.
Selon l'époque et le point de vue — L’agôn structure la comédie d’Aristophane et se retrouve dans la tragédie grecque ; le théâtre classique français en hérite les scènes de confrontation, et le théâtre du XXe siècle en fait parfois toute la matière, de Ionesco à Koltès.
Ce que le mot permet d'écrire — Le mot permet d’inscrire Sarraute dans une longue histoire au lieu d’en faire une curiosité moderne. Formule utile : Pour un oui ou pour un non réduit la pièce à son agôn, comme on réduirait une sauce. Faute à éviter : l’orthographier agon sans accent circonflexe, ou l’employer pour une simple dispute de ménage sans enjeu.
Didascalie
Indication scénique donnée par l’auteur et non prononcée par les personnages : nom des locuteurs, lieu, gestes, ton, entrées et sorties.
Synonymes
Indication scénique — Équivalent français exact, plus lisible dans une copie qui s’adresse à un correcteur pressé.
Antonymes
Réplique — Le texte effectivement proféré sur scène, seul entendu du spectateur.
À ne pas confondre
Didascalie interne — Information scénique contenue dans la réplique elle-même — quand un personnage dit à un autre de se taire ou de s’asseoir.
Note de mise en scène — Elle vient du metteur en scène, pas de l’auteur, et ne fait pas partie du texte.
Selon l'époque et le point de vue — Le mot vient du grec didaskein, enseigner : les didascalies étaient à l’origine les instructions données aux chœurs. Leur volume varie énormément selon les époques — presque nulles chez Racine, envahissantes chez Beckett ou Koltès, réduites à l’essentiel chez Sarraute.
Ce que le mot permet d'écrire — Chez Sarraute, la rareté des didascalies est signifiante : elle laisse le corps libre et concentre tout sur la voix. Quand une indication apparaît, commentez-la, car elle est rare. Faute à éviter : dire qu’il n’y en a aucune — il y en a, peu et brèves.
Intonation
Courbe mélodique de la voix sur un énoncé : hauteur, durée, accentuation, pauses. Elle ne modifie pas les mots, mais elle décide de ce qu’ils font à celui qui les reçoit.
Synonymes
Ton — Plus courant et plus large, il inclut l’attitude générale du locuteur.
Prosodie — Terme linguistique qui englobe rythme, accent et mélodie ; à réserver aux copies techniques.
Antonymes
Énoncé — Ce qui reste d’une parole quand on la transcrit — précisément ce qui, dans la pièce, ne prouve rien.
À ne pas confondre
Diction — La diction est un savoir-faire de l’acteur ; l’intonation est un fait de langue que tout locuteur produit sans y penser.
Accent — L’accent marque une origine, l’intonation une intention.
Selon l'époque et le point de vue — La linguistique du XXe siècle a montré que l’intonation porte une part décisive du sens, notamment l’ironie, et qu’elle échappe presque entièrement à l’écriture. Sarraute bâtit une pièce sur cette lacune de l’écrit.
Ce que le mot permet d'écrire — C’est le mot clé de l'œuvre : le litige porte sur l’intonation, non sur les mots. Formule utile : l’intonation est la part de la parole que le procès-verbal ne retient pas, et c’est pourquoi le grief de H2 est indémontrable.
Sous-entendu
Contenu qu’un énoncé fait entendre sans le dire, et que le locuteur peut toujours nier avoir voulu dire. C’est le régime ordinaire de la parole blessante entre proches.
Synonymes
Insinuation — Ajoute l’idée d’une intention malveillante, ce que le sous-entendu n’implique pas toujours.
Implicite — Terme générique de linguistique, qui recouvre aussi les présupposés.
Antonymes
Explicite — Ce qui est posé dans les mots, et qu’on peut donc opposer au locuteur.
À ne pas confondre
Présupposé — Le présupposé est inscrit dans la phrase et survit à la négation ; le sous-entendu dépend du contexte et se dément aisément.
Non-dit — Le non-dit est une absence volontaire ; le sous-entendu est une présence indirecte.
Selon l'époque et le point de vue — La pragmatique, de Ducrot à Grice, a théorisé dans les années 1970 ce que les moralistes classiques pratiquaient depuis longtemps : dire sans dire. Sarraute écrit sa pièce au moment exact où la linguistique s’empare de la question.
Ce que le mot permet d'écrire — Indispensable pour le sujet qui porte sur les non-dits et les sous-entendus : montrez que leur force vient de leur déniabilité — celui qui a sous-entendu peut toujours se retrancher derrière la lettre de ce qu’il a dit. Faute à éviter : confondre sous-entendu et mensonge.
Acte de langage
Parole qui ne décrit pas le monde mais y agit : promettre, insulter, féliciter, condamner. Dire, dans ces cas, c’est faire.
Synonymes
Performatif — Désigne au sens strict les énoncés qui accomplissent l’acte en le nommant ; souvent employé au sens large.
Antonymes
Constatif — Énoncé qui décrit un état de fait et qui peut être vrai ou faux, là où un acte de langage réussit ou échoue.
À ne pas confondre
Valeur illocutoire — Ce que l’énoncé fait en étant dit — féliciter, blesser.
Valeur perlocutoire — L’effet produit sur l’auditeur — l’humiliation ressentie, indépendante de l’intention.
Selon l'époque et le point de vue — La notion vient d’Austin (Quand dire, c’est faire, 1962) et de Searle. Elle donne un vocabulaire précis à une intuition très ancienne du théâtre : sur scène, parler est toujours agir, puisque c’est la seule action disponible.
Ce que le mot permet d'écrire — Très rentable dans une copie : la phrase litigieuse est, dans sa lettre, une félicitation ; dans son effet, une humiliation. L’écart entre illocutoire et perlocutoire résume le conflit. Faute à éviter : plaquer le vocabulaire sans l’expliquer en une phrase.
Ironie
Figure par laquelle on fait entendre le contraire ou l’excès de ce que l’on dit, en comptant sur un signal — souvent la seule intonation — pour être compris.
Synonymes
Antiphrase — Mécanisme le plus simple de l’ironie : dire le contraire.
Raillerie — Insiste sur l’intention de moquer, sans exiger l’inversion du sens.
Antonymes
Sincérité — Coïncidence supposée entre ce qu’on dit et ce qu’on pense.
À ne pas confondre
Humour — L’humour ne vise pas l’autre ; l’ironie le prend pour cible ou le prend à témoin.
Sarcasme — L’ironie devenue franchement blessante, et qui ne cherche plus à se dissimuler.
Selon l'époque et le point de vue — De l’eirôneia socratique — feindre l’ignorance pour instruire — à l’ironie romantique, la notion s’est élargie. Reste une constante : elle dépend d’un accord tacite entre locuteurs, et s’effondre dès que cet accord manque.
Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour poser la question centrale sans trancher : la phrase litigieuse était-elle ironique ? Personne ne peut le dire, et c’est le sujet. Faute à éviter : affirmer que H1 a été ironique — le texte ne permet pas de le décider.
Aposiopèse
Interruption brusque d’une phrase laissée inachevée, notée à l’écrit par des points de suspension ou un tiret. Le silence y prend la place d’un mot que l’on ne veut pas, ou ne peut pas, dire.
Synonymes
Réticence — Terme classique pour la même figure, avec l’idée d’un refus volontaire de poursuivre.
Antonymes
Période — Phrase ample et complète, menée jusqu’à sa cadence : tout le contraire de la parole de H2.
À ne pas confondre
Ellipse — L’ellipse supprime un élément grammatical sans rompre la phrase ; l’aposiopèse rompt la phrase.
Suspension — La suspension retarde la fin de la phrase pour ménager un effet ; l’aposiopèse renonce à la finir.
Selon l'époque et le point de vue — Figure repérée par la rhétorique antique pour marquer l’émotion de l’orateur, elle devient au XXe siècle un trait d’écriture à part entière, chez Céline, Beckett ou Sarraute, où elle note le travail de la pensée plutôt que l’émotion.
Ce que le mot permet d'écrire — C’est la figure la plus fréquente de la pièce : nommez-la au moins une fois dans un commentaire, et dites ce qu’elle fait — elle ouvre dans la réplique l’espace où le tropisme devient audible. Faute à éviter : commenter les points de suspension comme un simple signe d’hésitation psychologique.
Stichomythie
Succession rapide de répliques très brèves et de longueur comparable, qui accélère le dialogue et durcit l’affrontement.
Synonymes
Échange serré — Formulation simple quand on ne veut pas du terme technique.
Antonymes
Tirade — Longue réplique continue, où un seul personnage occupe la scène.
À ne pas confondre
Duo lyrique — Même brièveté, mais les répliques s’accordent au lieu de s’opposer.
Selon l'époque et le point de vue — Le terme vient de la tragédie grecque, où les répliques s’échangeaient vers pour vers ; Racine en fait un sommet de tension, et le théâtre moderne la conserve comme signe de la crise.
Ce que le mot permet d'écrire — À réserver aux moments où le dialogue s’accélère vraiment, notamment dans les dernières pages. Formule utile : la stichomythie finale réduit la langue aux deux monosyllabes du titre. Faute à éviter : appeler stichomythie tout dialogue un peu vif.
Huis clos
Dispositif dramatique où des personnages sont enfermés ensemble dans un lieu unique dont ils ne peuvent, ou ne veulent, sortir, jusqu’à ce que la vérité éclate.
Synonymes
Espace clos — Descriptif et neutre, sans la connotation judiciaire du huis clos.
Antonymes
Théâtre à espaces multiples — Dramaturgie qui multiplie lieux et tableaux, comme chez Shakespeare ou Brecht.
À ne pas confondre
Unité de lieu — L’unité de lieu est une règle de composition ; le huis clos est une situation vécue comme enfermement.
Selon l'époque et le point de vue — Le mot appartient d’abord au vocabulaire judiciaire — juger à huis clos, portes fermées. Sartre en fait en 1944 un titre et un modèle dramatique ; le théâtre d’après-guerre s’en empare largement.
Ce que le mot permet d'écrire — Chez Sarraute, l’enfermement n’est pas matériel : la porte n’est pas verrouillée, et pourtant personne ne part. Montrez que le huis clos y est tenu par la parole elle-même, chaque réplique rendant impossible de partir sur celle d’avant.
Crise
Moment où une situation, longtemps stable, se dénoue en un temps très court. Le théâtre classique commence au bord de la crise ; le théâtre moderne la réduit parfois à l’unique matière de la pièce.
Synonymes
Dénouement en acte — Insiste sur le fait que la crise n’annonce pas la fin : elle l’accomplit.
Antonymes
Exposition — Moment d’installation, informatif — précisément ce que Sarraute supprime.
À ne pas confondre
Péripétie — La péripétie est un retournement ponctuel dans une action en cours ; la crise est la phase terminale de cette action.
Coup de théâtre — Il surprend par un fait nouveau ; la crise ne révèle rien qui ne fût déjà là.
Selon l'époque et le point de vue — La théorie classique, chez d’Aubignac ou Corneille, recommande de commencer au plus près de la crise pour tenir l’unité de temps. Sarraute radicalise ce principe : la pièce ne contient rien d’autre.
Ce que le mot permet d'écrire — Bon argument contre l’idée qu’il ne se passe rien : la pièce est tout entière une crise, c’est-à-dire la partie la plus dense de n’importe quelle intrigue. Faute à éviter : employer crise au sens psychologique de crise de nerfs.
Crise du personnage
Mouvement par lequel le théâtre et le roman du XXe siècle privent le personnage de ses attributs traditionnels : nom, état civil, portrait, cohérence psychologique, parfois corps et voix propres.
Synonymes
Dépersonnalisation — Insiste sur l’effacement de l’individu au profit d’une fonction ou d’une voix.
Antonymes
Caractère — Le personnage-type de la comédie classique, défini par une passion dominante.
À ne pas confondre
Type — Le type est une réduction par généralisation, le personnage en crise une réduction par soustraction.
Allégorie — L’allégorie incarne une idée ; H1 et H2 n’incarnent rien, ils parlent.
Selon l'époque et le point de vue — Amorcée par Jarry et Pirandello, poursuivie par Beckett et Ionesco, théorisée par Sarraute dans L’Ère du soupçon : le personnage n’a plus la créance du lecteur, il faut donc chercher ailleurs ce qui fait la vérité d’une œuvre.
Ce que le mot permet d'écrire — Permet d’expliquer les initiales sans tomber dans l’anecdote. Formule utile : en retirant les noms, Sarraute retire aussi les explications toutes faites, et oblige le spectateur à écouter au lieu de juger.
Nouveau théâtre
Ensemble des dramaturgies françaises d’après 1950 qui rompent avec l’intrigue, le personnage et le dialogue vraisemblables : Beckett, Ionesco, Adamov, Genet, et à leur suite Sarraute.
Synonymes
Théâtre de l’absurde — Étiquette commode forgée par la critique anglo-saxonne, contestée par les auteurs eux-mêmes.
Anti-théâtre — Sous-titre donné par Ionesco à La Cantatrice chauve ; polémique et provocateur.
Antonymes
Théâtre de boulevard — Intrigue bien faite, personnages typés, comique de situation : la cible exacte de ces auteurs.
À ne pas confondre
Nouveau Roman — Même génération et mêmes refus, mais un autre genre ; Sarraute appartient aux deux.
Selon l'époque et le point de vue — La Cantatrice chauve (1950) et En attendant Godot (1953) fondent ce théâtre. Sarraute y arrive plus tard et par une autre voie : non pas l’absurde du langage, mais la vérité qu’il dissimule.
Ce que le mot permet d'écrire — Utile pour situer l'œuvre dans une histoire, à condition de marquer l’écart : chez Ionesco, le langage tourne à vide ; chez Sarraute, il est terriblement efficace, puisqu’il blesse. Faute à éviter : ranger Sarraute parmi les auteurs de l’absurde sans nuance.
Lieu commun
Formule toute faite, disponible pour tous, que l’on emploie sans y penser : compliment d’usage, sagesse proverbiale, excuse rituelle.
Synonymes
Cliché — Souligne l’usure de la formule ; plus dépréciatif.
Topos — Terme savant désignant un motif littéraire récurrent, sans jugement de valeur.
Antonymes
Formulation propre — Parole qui cherche son mot au lieu de le prendre au magasin des expressions disponibles.
À ne pas confondre
Proverbe — Le proverbe est une phrase fixe et reconnue comme telle ; le lieu commun se donne pour une parole personnelle.
Selon l'époque et le point de vue — La rhétorique antique appelait lieux les réserves d’arguments où l’orateur puisait. Le mot a glissé vers le péjoratif à mesure que la littérature a valorisé l’originalité ; Flaubert en fait un objet de collection avec son Dictionnaire des idées reçues.
Ce que le mot permet d'écrire — Central ici : le titre même de la pièce est une expression toute faite, et la phrase litigieuse est un compliment de convenance. Montrez que le lieu commun est chez Sarraute le lieu du drame, parce qu’il permet de blesser sans jamais avoir à répondre de ce qu’on a dit.
Réquisitoire
Discours par lequel on accuse et l’on demande une sanction. Au théâtre, séquence où un personnage cesse de dialoguer pour dresser l’acte d’accusation de l’autre.
Synonymes
Acte d’accusation — Insiste sur l’énumération des griefs plutôt que sur l’éloquence.
Antonymes
Plaidoyer — Discours de défense, qui répond au réquisitoire ; les deux alternent dans la pièce.
Éloge — Le genre épidictique inverse — et le compliment litigieux en est une contrefaçon.
À ne pas confondre
Invective — L’invective insulte sans démontrer ; le réquisitoire argumente.
Selon l'époque et le point de vue — Le vocabulaire judiciaire irrigue le théâtre depuis les Euménides d’Eschyle, qui met en scène un tribunal. Le fait que Sarraute ait été avocate donne un relief particulier à la présence obstinée de ce lexique dans sa pièce.
Ce que le mot permet d'écrire — Sert à décrire la torsion du parcours : la querelle privée emprunte les formes de la justice — preuve, reconstitution, témoins, réquisitoire — et cet emprunt échoue. Faute à éviter : parler de procès au sens figuré sans montrer que le texte en reprend réellement la procédure.
Les repères du programme
Ces couples de mots sont les outils qui font les plans : savoir les employer vaut mieux que connaître un auteur de plus.
Dire / faire entendre
Ce qu’un énoncé contient une fois transcrit, contre ce qu’il produit une fois proféré. Les mots appartiennent au premier terme, l’intonation au second.
Ce qu'il débloque — Sert à sortir de l’alternative stérile « H1 a-t-il été méchant ou H2 est-il susceptible ? » en déplaçant la question sur la nature même de la parole.
Exemple — Sur le sujet « en quoi ces propos éclairent-ils votre lecture de la pièce ? » consacré aux non-dits et aux sous-entendus, il fournit la première partie : ce qui blesse n’est jamais ce qui est dit.
Cause / prétexte
La cause avouée d’un conflit et ce dont elle est l’occasion. Une cause minuscule peut être l’affleurement d’un litige immense, ou n’être rien d’autre qu’elle-même.
Ce qu'il débloque — Permet d’articuler les deux lectures possibles de la pièce sans choisir trop vite : l’intonation comme révélateur d’un rapport de domination ancien, ou comme événement suffisant en soi.
Exemple — Sur le sujet citant une agressivité dont la raison est insaisissable, il organise le mouvement central : chercher la raison, c’est déjà refuser que l’agressivité puisse être sans raison.
Querelle / disputatio
Les deux sens du mot dispute : l’emportement qui vise une personne, et la procédure réglée qui examine une question.
Ce qu'il débloque — C’est le repère matriciel du parcours : montrer comment la pièce emprunte la forme de l’une pour servir le fond de l’autre.
Exemple — Sur le sujet « dans quelle mesure la dispute vous paraît-elle profondément théâtrale ? », il fournit le passage de la première à la deuxième partie : la querelle devient spectacle dès qu’elle se donne des règles.
Intime / social
Le face-à-face de deux amis, et l’intervention du tiers qui juge au nom de tout le monde.
Ce qu'il débloque — Sert à analyser l’arrivée des voisins : elle ne fait pas avancer l’enquête, elle révèle que la norme sociale est l’un des personnages de la dispute depuis le début.
Exemple — Sur un sujet portant sur la présence des témoins, il permet de soutenir que le tiers ne tranche pas le conflit mais l’aggrave, en donnant raison d’avance à celui qui parle la langue commune.
Parole / silence
Ce qui est proféré et ce qui, dans le blanc entre deux répliques, fait tout le travail.
Ce qu'il débloque — Permet de commenter la ponctuation comme un fait dramaturgique et non comme un tic d’écriture.
Exemple — Sur un sujet portant sur ce qui se tisse entre les mots, il donne la partie technique : la pièce écrit le silence pour que l’acteur le rende audible.
Conflit / action
Le conflit est l’opposition de deux volontés ; l’action est la suite de faits qui en résulte. On demande ici si le premier peut se passer de la seconde.
Ce qu'il débloque — Réponse aux sujets qui doutent de la théâtralité de la pièce : rappeler qu’Aristote place le conflit au principe de l’action, et que Sarraute conserve le principe en supprimant ses effets visibles.
Exemple — Sur le sujet de la théâtralité de la dispute, il autorise une troisième partie forte : si la pièce tient sans action, c’est que le conflit était bien le cœur du théâtre, et le reste son décor.
Comique / tragique
Rire de la disproportion entre un rien et une rupture définitive, et reconnaître dans cette disproportion une perte irréparable.
Ce qu'il débloque — Empêche les deux lectures unilatérales — la farce sur une brouille de voisins, ou le drame métaphysique de l’incommunicabilité.
Exemple — Sur un sujet portant sur le registre de la pièce, il fournit le dépassement : le rire est ici le seul moyen de supporter qu’une amitié de trente ans meure d’une inflexion de voix.
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