Le sujet invite à juger un conflit que la pièce laisse ouvert, et la tentation est de conclure trop vite à un renvoi dos à dos. Il faut au contraire examiner les torts de chacun, puis interroger la pertinence même de la catégorie du tort.
Le conflit est-il sans coupable, ou la pièce rend-elle seulement le jugement impossible ?
Le plan en trois parties
Chacun peut être tenu pour fautif
- L’offensé a rompu sans s’expliquer, ce qui est une violence silencieuse.les esquives de H.2 au mouvement 1, avant que le grief ne soit formulé
- Le visiteur disqualifie la souffrance de l’autre et lui refuse toute légitimité.le mouvement 2, où la lettre de la phrase est opposée au ton
- L’un et l’autre en viennent à attaquer ce qui ne se discute pas, la vie même de l’adversaire.le mouvement 5, où les occupations et les satisfactions de l’un sont opposées à celles de l’autre
Mais aucun tort ne peut être établi
- L’offense ne laisse pas de trace : rejouée, elle redevient innocente.la tentative de reproduire le ton, mouvement 4, et la contestation de sa justesse
- Les tiers appelés à juger ne perçoivent rien.le verdict des témoins, mouvement 6 : ils n’ont rien perçu d’anormal dans la phrase
- L’intention fait défaut, et sans intention il n’y a pas de faute au sens ordinaire.le mouvement 2, où H.2 nomme enfin la circonstance et l’énoncé en cause
La pièce déplace la question du tort vers celle de la sensibilité
- Ce qui est en cause n’est pas une faute mais une différence de perception.la description du ton, mouvement 2 : une durée anormale donnée à un mot, puis un blanc
- Juger reviendrait à imposer la norme des voisins, c’est-à-dire à trancher pour le plus grand nombre.le mouvement 6, où les témoins jugent le litige sans objet
- Le dénouement suspend le jugement en relançant le conflit.les adieux répétés qui relancent l’échange au lieu de le clore, mouvements 7-8
Nos conflits les plus tenaces ne sont-ils pas ceux où chacun a raison depuis l’endroit où il se tient ?