La brièveté concerne la durée de la pièce, le nombre de personnages et l’étendue de son objet. Il faut montrer qu’elle n’est pas une limitation subie mais une contrainte choisie, et se demander ce qu’elle rend possible.
La concentration extrême de la pièce l’appauvrit-elle, ou lui donne-t-elle son pouvoir ?
Le plan en trois parties
Une brièveté qui semble limiter la pièce
- Deux personnages principaux, un lieu, une conversation : le matériau est mince.l’entrée en matière du mouvement 1, où H.1 constate que son ami ne donne plus signe de vie
- Aucune évolution de longue portée n’est possible dans un tel format.les indications de jeu, brèves et rares, laissées au metteur en scène
- Deux sigles suffisent à nommer les personnages : l’économie de moyens va jusqu’à la distribution.l’attribution des répliques à de simples initiales, tout au long de la pièce
Une concentration qui produit l’intensité
- Le temps réel de la conversation coïncide presque avec celui de la représentation, ce qui accroît la tension.la menace de rompre l’entretien, mouvements 7-8
- L’unique objet du litige est examiné jusqu’à l’épuisement, comme sous une loupe.le mouvement 4, où chacun prononce l’inflexion à son tour sans convaincre l’autre
- L’irruption des voisins, courte, produit un contraste maximal.le mouvement 6, où la querelle privée réclame un arbitrage extérieur
Une brièveté qui est la forme même du sujet
- L’objet de la pièce est un instant : il fallait une forme brève pour le rendre sensible.le mouvement 2, où H.2 décrit l’inflexion et le silence qui la suivait
- Ce que Sarraute explore ne dure pas : les mouvements intérieurs sont fugitifs.l’effort pour dire l’infime, mouvement 7
- La fin brusque, qui relance au lieu de conclure, achève de faire de la brièveté un principe.la clôture sans résolution, mouvement 9
Les formes brèves ne sont-elles pas les seules capables de retenir ce qui, dans l’expérience, ne dure pas ?