La cruauté désigne ici la volonté de faire mal, mais aussi, au sens que le théâtre du XXe siècle a donné au mot, une mise à nu sans complaisance. Il faut jouer des deux acceptions pour éviter une réponse trop rapide.
La dispute portée à la scène implique-t-elle la cruauté, ou peut-elle être autre chose qu’une entreprise de destruction ?
Le plan en trois parties
La dispute scénique est cruelle par nature
- Elle expose deux êtres à nu devant un public qui les regarde s’abîmer.le début du mouvement 1, où la conversation commence déjà engagée, sans décor ni circonstances
- Elle autorise des paroles que la vie sociale interdit.la comparaison des existences, mouvement 5 : chacun caractérise la vie de l’autre
- Elle va jusqu’à la disqualification de l’adversaire comme être humain normal.le mouvement 7, où la plainte de H.2 devient la preuve d’une anomalie
Mais cette cruauté est involontaire, donc d’un autre ordre
- Aucun des deux ne cherche à détruire l’autre : ils cherchent à comprendre.l’objection de H.1, mouvement 2 : il reprend l’énoncé mot à mot et en montre l’innocuité
- L’attention extrême portée à l’autre est aussi une forme d’égard.le passage du mouvement 4 où la relation ancienne est rejouée devant le spectateur
- L’entente reste possible presque jusqu’au bout.la réconciliation tentée puis défaite, mouvement 8
La cruauté véritable est celle de la lucidité
- La pièce arrache le masque de la conversation civile et montre ce qui s’y trame.le mouvement 6, où les répliques se policent dès qu’un tiers écoute
- Elle met le spectateur en cause en lui refusant la position du juge.l’expertise manquée des témoins, mouvement 6
- Elle refuse enfin la consolation d’un dénouement.le mouvement 9, où la pièce se referme sans que le litige soit réglé
Un théâtre qui nous montre ce que nous faisons sans le savoir est-il cruel, ou simplement honnête ?